jeudi, 26 avril 2018

Jusqu'où ira la révolte contre le numérique Jean-Marc Vittori / Editorialiste Les Echos 26/03/2018

Les ravages provoqués par la révolution numérique deviennent de plus en plus visibles. Et de moins en moins supportables. Quelle forme pourrait prendre une révolte ? Les exemples de la mondialisation et de l'automobile.

La révolte gronde. Avec des griefs qui s'accumulent chaque jour, elle déborde largement la SNCF ou même les réformes Macron. En réalité, elle est mondiale. Et s'attaque au plus puissant moteur de l'économie en ce XXIe siècle : la révolution numérique. Usage politique des données Facebook , accident mortel provoqué par une Volvo Uber , taxation européenne des géants numériques ... Les innombrables réactions provoquées par ces faits montrent que la fermentation progresse. La meilleure preuve en est sans doute l'émotion suscitée aujourd'hui par le scandale Facebook. Car l'information elle-même n'est pas neuve : deux enquêteurs de l'hebdomadaire suisse « Das Magazin » avaient tout raconté dans un article saisissant publié en janvier 2017, juste après l'élection de Donald Trump. Le numérique n'est déjà plus ce qu'il était. Antan, c'était la promesse d'un monde meilleur, d'un immense progrès, d'une magnifique liberté. La connaissance et l'éducation allaient devenir accessibles à tous, gratuitement ou presque. Le consommateur verrait l'éventail des choix s'ouvrir à l'infini. Le producteur pourrait s'organiser comme bon lui semble. Nous serions mieux informés, mieux organisés, mieux soignés. Tout ceci reste vrai, ou au moins possible. Mais le retour de bâton s'annonce terrible. Car la circulation et le traitement d'informations, à une échelle et une vitesse jamais vues dans l'histoire, n'a pas que des effets positifs. Au fur et à mesure que cette révolution avance, nous découvrons non seulement les progrès qu'elle peut apporter, mais aussi les dégâts qu'elle peut provoquer. Bien au-delà de ce qu'avaient anticipé les meilleurs auteurs de science-fiction. « Big brother is watching you », avait imaginé George Orwell il y a soixante-dix ans. Aujourd'hui, Big Brother ne se contente pas de vous regarder. Il influe sur vos achats et vos votes. Il échappe à la loi (fiscale, par exemple). Demain, il pourrait choisir de vous tuer (en jugeant par exemple qu'il vaut mieux que ce soit votre voiture qui aille dans le ravin plutôt que le car scolaire en face, ou que vous n'avez plus l'âge de recevoir des soins médicaux coûteux). Au forum de Davos, où l'on se passionne depuis longtemps pour les technologies de l'information, l'industrie du numérique était comparée cette année à celle du... tabac. Le ressentiment est d'autant plus fort que les techniques numériques couvrent un champ très vaste. Ce sont des « general purpose technologies », qui ont un impact sur l'ensemble de la société, du plus intime au plus global. Nos données personnelles sont manipulées pour nous convaincre d'acheter, voire de voter. C'est notre identité qui est en jeu. Des algorithmes font des choix tellement opaques qu'ils éveillent fatalement des soupçons de discrimination. C'est la justice qui est menacée. La concurrence est bousculée par l'émergence de nouveaux acteurs. Les uns profitent de la loi de Metcalfe (l'utilité d'un réseau est proportionnelle au carré du nombre d'utilisateurs) pour aller vers des monopoles. Les autres n'ont pas les mêmes règles à respecter, en matière, par exemple, de droit du travail ou de cotisations sociales. C'est l'équité qui est en cause. Les géants numériques ont conçu leur architecture afin de minimiser légalement leurs impôts. C'est l'Etat qui est fragilisé. L'automatisation va s'étendre en faisant disparaître des dizaines de millions d'emplois . C'est le contrat social qui risque d'être emporté. Interdire l'iPhone Reste à savoir quelle forme peut prendre le rejet du numérique. Des entreprises pourraient dégringoler de leur piédestal, voire disparaître dans la tourmente. Il n'est pas certain, par exemple, que Facebook fasse à l'avenir 500 milliards de dollars de profits (ce que signifiait pourtant en théorie sa capitalisation boursière). Il est tentant de faire le parallèle avec le rejet de la mondialisation , qui prospère depuis plus de vingt ans. Après tout, les deux mouvements exercent des effets du même genre, par exemple sur l'emploi, à tel point que les économistes ont souvent du mal à faire la part de ce qui relève de l'un et ce qui relève de l'autre. Mais politiquement, c'est très différent. Un candidat peut gagner une élection en promettant de fermer les frontières. Il aura du mal à le faire en s'engageant à interdire les iPhone. Au fond, l'industrie numérique pourrait ressembler un peu à l'industrie automobile. Son essor a d'abord été un formidable levier de progrès et de liberté. Mais on a découvert peu à peu ses effets négatifs. Plus d'un million d'hommes, de femmes et d'enfants meurent chaque année sur les routes. La vie de dizaines de millions d'autres est abrégée par les particules émises par les voitures. Le climat de la planète est affecté par la concentration croissante de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Si les constructeurs automobiles ont beaucoup travaillé sur la sécurité de leurs véhicules, ils n'ont pas toujours été en mesure de lutter eux-mêmes contre les dégâts provoqués par leurs produits. Ce sont les pouvoirs publics qui ont imposé la ceinture de sécurité, fixé des limitations de vitesse, créé des normes d'émission de gaz à effet de serre, limité l'accès aux centres-villes.

Mais la révolution numérique va beaucoup plus loin que la révolution automobile. Elle sera donc beaucoup plus difficile à maîtriser. Gare aux balles perdues. Jean-Marc Vittori

vendredi, 9 février 2018

La Robotisation est-elle morale Chronique de Robert Skidelski les Echos 11 Janvier 2018

La nouvelle vague d'automatisation annoncée et ses conséquences suscitent de multiples rapports sur son impact en termes d'emploi et sur la façon de s'y préparer. Mais rien sur la façon de penser un monde que l'on semble vouloir réduire à une compétition entre l'homme et la machine.

Apaiser les craintes liées à l'avènement des robots est devenu une préoccupation majeure dans l'apologétique des entreprises. Le bon sens considère - de manière tout à fait légitime - que plus les emplois seront automatisés, moins les êtres humains auront de tâches à effectuer. C'est ce qu'illustre parfaitement la voiture autonome. Si les automobiles n'ont plus besoin d'un pilote, qu'arrivera-t-il aux chauffeurs, conducteurs de taxi et autres transporteurs ?

Selon la théorie économique, ces craintes n'ont pas lieu d'être. Equiper les travailleurs de machines augmente en effet leur production pour chaque heure de travail. Ils bénéficient alors d'un choix avantageux : travailler moins pour le même salaire qu'auparavant, ou travailler le même nombre d'heures et percevoir un salaire plus élevé. Par ailleurs, avec la diminution du prix des biens existants, les consommateurs ont davantage d'argent à dépenser pour les mêmes biens, ou pour des biens différents. Dans un cas comme dans l'autre, il n'y a aucune raison de craindre une perte nette d'emplois humains - ni quoi que ce soit d'autre qu'une amélioration perpétuelle du niveau de vie. Temps de travail

C'est confirmé par l'histoire. Depuis environ 200 ans, la productivité augmente de façon régulière, notamment en Occident. Les populations occidentales ont fait le choix de bénéficier à la fois de plus de loisirs et de salaires plus élevés. Au sein des pays riches, le nombre d'heures de travail a diminué de moitié depuis 1870, tandis que le revenu par habitant a été multiplié par cinq.

Combien d'emplois humains sont réellement « menacés » par les robots ? Selon un précieux rappor t du McKinsey Global Institute, environ 50 % du temps consacré à des activités de travail humain dans l'économie mondiale pourrait aujourd'hui en théorie faire l'objet d'une automatisation, bien que les tendances actuelles évoquent un pourcentage maximum de 30 % d'ici à 2030, en fonction de la vitesse d'adoption des nouvelles technologies. D'ici à 2030, le MGI estime que 400 à 800 millions d'individus auront besoin de trouver de nouveaux emplois, dont certains n'existent pas à ce jour. À lire aussi

Le robot est-il l'avenir de l'homme ? Aux Etats-Unis, la robotisation menace de plus en plus les emplois peu qualifiés

Ce rythme de déplacement des emplois ne s'inscrit pas réellement en divergence avec les périodes précédentes. Si l'automatisation est aujourd'hui à ce point effrayante, c'est notamment parce que l'avenir était autrefois plus difficile à prédire : nous ne disposions pas des données qui fondent les prévisions alarmistes d'aujourd'hui. L'humain inutile

Raison plus profonde encore, les perspectives actuelles d'automatisation annoncent un futur dans lequel les machines pourront plausiblement remplacer les êtres humains dans de nombreuses sphères du travail que nous pensions autrefois être les seuls à pouvoir assurer. Si cela se réalise, il est difficile d'entrevoir un point d'équilibre sans que la race humaine devienne elle-même inutile.

Le rapport du MGI exclut un dénouement aussi malheureux. Sur le long terme, l'économie est capable de s'adapter et d'offrir un emploi satisfaisant à quiconque souhaite l'exercer.

Or, cette argumentation présente de sérieuses lacunes.

Quelle sera, par exemple, la durée et l'ampleur de cette transition depuis une économie humaine vers une économie automatisée ? A cet égard, le passé est sans doute un repère moins fiable que nous le pensons, puisque le moindre rythme du changement technologique permettait autrefois au remplacement des emplois de suivre la cadence du déplacement des emplois. Aujourd'hui, ce déplacement est voué à s'opérer beaucoup plus rapidement. Emplois détruits

Ceci soulève un dilemme pour les décideurs politiques. Plus les nouvelles technologies sont introduites rapidement, plus les emplois sont détruits en grand nombre, mais plus les avantages promis se concrétisent sans tarder. Le rapport du MGI déconseille par ailleurs les démarches d'atténuation de l'ampleur et du rythme de l'automatisation, qui feraient « obstacle aux contributions que ces technologies apportent en termes de dynamisme des entreprises et de croissance économique ».

Le rapport souligne également la nécessité de « lier les salaires à la hausse de productivité, afin que la prospérité soit partagée par tous ». Mais il néglige ici le fait que les récents gains de productivité n'ont bénéficié de manière écrasante qu'à une petite minorité. Le rapport ne prête ainsi qu'une faible attention à la question de savoir comment le choix promis par les économistes, entre le travail et les loisirs, pourra être effectif pour tous. Automatisation irréversible

Enfin, le rapport énonce en filigrane que l'automatisation n'est pas seulement souhaitable, mais également irréversible. Une fois que nous apprenons à effectuer une tâche donnée plus efficacement (et à moindre coût), il n'est plus possible de se remettre à l'effectuer moins efficacement. Reste alors la question de savoir comment les humains peuvent s'adapter aux conséquences d'une plus haute exigence d'efficacité.

C'est déroutant sur le plan philosophique, puisqu'il y a là un amalgame entre faire les choses plus efficacement et faire les choses mieux. L'argument technique se confond avec l'argument moral. Il est donc à la fois possible et nécessaire de poser la question suivante : le monde que nous promettent les apôtres de la technologie est-il un monde souhaitable ?

Un monde dans lequel nous serions condamnés à faire la course avec les machines pour produire des quantités croissantes de biens de consommation en vaut-il la peine ? Si nous ne pouvons plus espérer contrôler ce monde, quelle est la valeur de l'être humain ? Laissées de côté par le rapport McKinsey, ces questions ne doivent pas l'être dans le débat public.

Robert Skidelsky est professeur émérite d'économie politique à l'université de Warwick. Cet article est publié en collaboration avec Project Syndicate 2018. Robert Skidelsky

samedi, 13 janvier 2018

L'inquiétant déséquilibre de l'Allemagne - Edouard Tétreau - Les Echos 10 janvier 2018

L'inquiétant déséquilibre de l'Allemagne Impasse politique d'un côté, miracle économique de l'autre : l'Allemagne se trouve dans une situation inédite, qui pourrait avoir des conséquences graves sur l'avenir de l'Europe.

Nous déroulons le tapis rouge pour le président Macron, parce qu'il est le porte-drapeau de l'Europe. Les Anglais nous ont beaucoup déçus depuis le Brexit et l'Allemagne de Mme Merkel, elle est boiteuse ! » Ce week-end, j'essayais de prendre la température de l'accueil que réserverait la Chine au président français. Les attentes et l'enthousiasme étaient très élevés. Comme si la France était enfin de retour, après une longue absence. Le jugement le plus surprenant vint de ce dirigeant économique chinois, passé par les structures d'élite du Parti et de l'Etat, fin connaisseur de l'Europe - et de la langue française.

L'Allemagne serait boiteuse. Comme souvent en Chine, les mots sont à plusieurs sens. Ici, l'Allemagne est « boiteuse », d'abord parce que Mme Merkel est un « lame duck » : un canard boiteux politique, qui aura du mal à aller au bout de son quatrième mandat. Son leadership a fait s'effondrer le socle électoral des partis de gouvernement CDU, CSU et SPD. La grande coalition - « GroKo » en allemand - crée une vacance du pouvoir exécutif de plus de six mois, et fatigue tout le monde. Sauf les partis extrêmes, Die Linke à gauche (9 % des votes), et à l'extrême droite, Alternative für Deutschland, désormais le troisième parti allemand, avec 92 sièges au Bundestag. Pour se représenter son offre politique, il faut imaginer un FN version « hardcore » : mort à l'euro ; les musulmans, « nein Danke » ; et même possibilité de tirer à vue sur les migrants cherchant à entrer en Allemagne (proposition de Frauke Petry, porte-parole de l'AfD, en 2016)...

Deux jambes très inégales

L'Allemagne est aussi boiteuse, parce qu'elle marche sur deux jambes très inégales. A la jambe de bois politique de l'Allemagne claudiquante, incapable de former un gouvernement, est associée une jambe économique hypertrophiée, gonflée à l'hélium du génie industriel allemand - et d'un euro sous-évalué par rapport à la puissance de cette économie. Tous les indicateurs économiques allemands sont au vert : le taux de chômage est au plus bas (5,5 %) ; la balance des paiements n'a jamais été aussi élevée (252 milliards d'euros !) ; les finances publiques sont en excédent de 42 milliards d'euros ; la croissance ne cesse d'être révisée à la hausse (2,6 % attendus l'an prochain).

Ces prouesses allemandes ont même réussi à éclipser certaines réalités moins glorieuses : les truquages de l'industrie automobile, Volkswagen en tête, pour les mesures d'émission de CO2 ; la pollution de l'air et des poumons des habitants de l'Allemagne, générée par le choix unilatéral de rouvrir les centrales à charbon ; la fragilité et l'opacité d'un système bancaire vacillant, à l'image de Deutsche Bank, frôlant la faillite l'an dernier.

Cauchemar social

Or ce déséquilibre - jambe de bois politique, hyperpuissance économique - va s'aggraver dans les années à venir, au fur et à mesure que la population s'appauvrira, et se sentira menacée. Tel est déjà le cas, paradoxal. Le miracle économique allemand de l'après-réunification est un cauchemar social : entre 2004 et 2015, le nombre de travailleurs vivant en dessous du seuil de pauvreté en Allemagne a plus que doublé, passant de 1,9 million à 4,1 millions de personnes, selon une étude de la fondation Hans Boeckler. C'est le premier carburant de l'AfD et de Die Linke, des partis aux électorats très proches : chômeurs, population d'Allemagne de l'Est, classes moyennes descendantes.

Le second carburant, c'est la peur de l'autre et la haine de l'étranger. Dans une étude qui fera date, mandatée par le ministère fédéral de la Famille, et concentrée sur la région de Basse-Saxe (Brême, Hanovre…), trois experts ont déterminé que, entre 2015 et 2016, « 92,1 % » de la hausse de la criminalité dans cette région (+10,6 %) était attribuable… aux réfugiés ! Préconisation des experts : intégrer ces réfugiés le plus vite possible, sinon c'est une bombe à retardement. Exactement le contraire de ce que semble réclamer une part croissante de l'électorat allemand.

Malgré une élite pro-européenne sincère et déterminée, l'Allemagne résistera-t-elle à la tentation du repli sur soi, et d'une entente avec les pays les plus autoritaires d'Europe centrale ? Viktor Orban, dirigeant d'une Hongrie de plus en plus totalitaire, était l'invité d'honneur de la conférence annuelle de la CSU le mois dernier. L'hypothèse d'une arrivée au pouvoir des partis extrêmes n'est plus farfelue - à l'instar de l'Autriche de M. Kurz, coalisant la droite avec l'extrême droite pour gouverner, après trois « grandes coalitions ».

Est-ce la version XXIe siècle de la République de Weimar ? La comparaison a ses limites, tant la richesse de l'Allemagne de 2017 n'a rien à voir avec sa ruine des années 1920. Néanmoins, il faudrait être aveugle ou de mauvaise foi pour ne pas voir que, un siècle après la fin de la Première Guerre mondiale, la question allemande fait son retour. Celle d'un pays dont la puissance économique déborde, et dont l'identité politique reste mal assise.

Depuis près de soixante-dix ans, la réponse française à cette question allemande a été univoque : trouver les voies et les moyens d'une union toujours plus étroite, de la Ceca à l'Union européenne en passant par le si souvent célébré couple franco-allemand. Emmanuel Macron était le seul candidat à s'inscrire dans cette dynamique lors de la campagne présidentielle de 2017. Reste à savoir s'il disposera à Berlin, à partir de mars prochain, d'un interlocuteur partageant cette volonté.

Accélérer et intensifier l'union entre nos deux pays ? Oui. Mais tout en se préparant au pire, si la France était la seule à porter ce projet.

Edouard Tétreau est associé gérant de Mediafim

dimanche, 7 janvier 2018

Voeux 2018

2017 année de tout les changements ; que nous réserve 2018 ?

En Europe, Asie, Amérique, Moyen Orient les changements politiques, économiques, sociaux, climatiques, militaires ont été au rendez vous.

Aux USA, l'élection d'un milliardaire incontrôlable, égocentrique fait que l'Amérique pose plus de questions au reste du monde qu'elle ne donne de réponse aux grands défis de notre planète.

En Asie, la réélection à vie du Président chinois va permettre à l'empire du milieu de continuer sa politique économique sans trop se soucier des réactions de ses concurrents. La Corée du Nord sera par contre une épine dans leur pied avec tous les risques possibles.

En Europe, le Brexit, les élections françaises et allemandes, la question espagnole et les migrants auront rebattus les cartes : fin d'une époque, opportunités, chaos ?

Quant au Moyen Orient il est devenu une zone d'instabilité entre la guerre au Yémen, la lute Quatar/ Etats Arabes, la situation au Liban, en Syrie et toujours la question Israël/Palestine. Autant de « conflits » dont personne aujourd'hui ne peut prédire l'issue. Daech aura été militairement et territorialement vaincu mais ses idées et ses ambitions perdurent.

La Turquie aura aussi révélé sont nouveau visage de « dictature » et la Russie malgré la politique de sanctions aura affirmé sa présence sur différentes zones internationales comme le Moyen Orient, l'Afrique et peut-être même les USA...

Enfin l'Afrique aura vu des changements politiques importants , Zimbabwe par exemple et la prise de conscience de plus en plus importante par le reste du monde de sa monté en puissance et de la nécessité de participer à son développement si l'on veut éviter une nouvelle crise migratoire.

Au vue de tous ces bouleversements et changements, que peut on souhaiter pour 2018 ?

Des solutions seront elles trouvées sur l'émigration, les extrêmes climatiques, les attentats, la pauvreté qui reste toujours un vrai problème tant en occident que dans le reste du monde, la main mise d'internet sur la finance mais aussi la vie quotidienne, les zones de conflits etc.... ?

Quelque soit le continent, nous sommes sûrement amenés à voir de grands changements pour ne pas dire bouleversements; avant de revenir sur tout ces sujets, soyons optimistes et bienvenue à 2018 !

dimanche, 10 décembre 2017

Merci Johnny!

Nous avions un point en commun, nous sommes nés tous les deux un 15 juin.

Cette journée du 9 décembre 2017 restera sans aucun doute dans l'histoire de notre cher pays, la France. Cet hommage populaire a été à la fois une fête et un grand recueillement.

Par votre personnalité, votre vie, vos chansons, votre amour, vous avez réussi à réunir le peuple de France, des puissants et des faibles, des enfants aux plus âgés, des riches et des pauvres, des célébrités et des inconnus.

Aucun d'entre nous ne revivra avant longtemps, une telle journée, car aucun d'entre nous n'aura la chance de connaître de nouveau un tel héro !

Cette communion fraternelle qui a eu lieu ce 9 décembre est aussi dû à votre religion ; quelle autre endroit qu'une église catholique permettrait de réunir autant de personnes différentes autour de la mémoire d'un homme : catholiques, juifs, musulmans, athées, agnostiques? Votre « miracle »...

Autour de votre cercueil, il a été possible de prier, méditer, chanter, se recueillir, applaudir...

Dans notre pays qui a de plus en plus une conception de la laïcité « dévoyée » quel bel exemple de fraternité, quel beau rappel de notre histoire !

Merci Johnny « Que je t'aime, que je t'aime » !

jeudi, 22 juin 2017

Bonne chance Monsieur le Président !

Vous avez été élu, avec 20.754.000 voix sur un total de 47 millions d'électeurs mais le réel gagnant fut le partie de l'abstention, des votes blancs et nuls avec 16 millions de voix, « gagnant » que l'on retrouve dans les élections législatives avec 57,36% de non votants et 2,95% de vote blancs.

Vous entrez dans une ère inconnue où une majorité de français rejette la classe politique, où la nation est divisée et où certains mots comme Liberté, Égalité, Fraternité, Nation, Langue, Drapeau, Travail sont niés, dévalorisés ou ont perdu leur vrai sens. Vous allez avoir à conduire des réformes indispensables, que vous avez annoncé à l'avance, mais certaines seront contradictoires en fonction des catégories sociales visées . D’autres trouveront un écho défavorable dans les rues. Cela aura valeur de test pour savoir si vous êtes enclin au discours ou à la fermeté pour mener votre politique.

Vous et votre gouvernement vont devoir s'attaquer au chômage, à l'insécurité, au communautarisme, à la précarité, au développement économique, social et technique, à l'éducation, à la reconstruction de l'Europe – où vous avez fait naître de grands espoirs et bravo - , aux défis de la mondialisation, à la révolution technologique et aussi à « réinventer » la vie démocratique…. Le gouvernement unioniste que votre premier ministre et vous même avez nommé, faisant fi des courants politiques dont ses membres sont issus, aura fort à faire pour contenter les attentes des français, après les politiques incertaines menées par vos prédécesseurs.

L’assemblée nationale, jeune et rafraîchie, devra aussi se forger à vitesse rapide une expérience législative, et ne pas être juste une assemblée de « béni-oui-oui » élus parce que juste représentatifs de votre nom.

L'avenir proche nous dira comment vous aller arriver à réaliser tous ces objectifs qui forcement vont soulever des oppositions. Vous avez le pouvoir mais peu de temps pour « le mettre en marche » et avoir des résultats qui permettront de « réconcilier » un majorité de français avec leur pays.

Espérons que vous réussirez et bonne chance Monsieur le Président!

jeudi, 20 avril 2017

Débats sur l'intégration des Turcs en Allemagne les Echos 20 04 17

En tant que citoyen germano-turc, Cengiza choisi son camp très tôt lors du référendum gagné dimanche par le président turc, Recep Tayyip Erdogan. Conscient de l’enjeu, il a créé un groupe Whats app avec des amis qui partagent son destin, celui d’enfants de « Gastarbeiter », ces immigrés venus travailler en Allemagne dans les années 1980. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est le tour qu’a pris la discussion. Lorsque l’ingénieur a dit qu’il rendrait son passeport turc si le « oui » au changement de Constitution l’emportait, un de ses amis, favorable au renforcement des pouvoirs du président turc, lui a répondu : « Alors tu es aussi un terroriste. » « L’ambiance entre Turcs n’a jamais été aussi mauvaise », regrette-t-il. Mais le résultat du référendum en Allemagne, où 63% des électeurs turcs ont voté pour le « oui » (contre 51,4% en Turquie), ne suscite pas seulement des tensions au sein de la communauté turque. Il a déclenché un débat sur l’intégration de près de3millions de personnes d’origine turque qui vivent outre-Rhin. « Le score d’Erdogan montre à quel point il est difficile d’intégrer des migrants juge le quotidien « Frankfurter Allgemeine Zeitung ».. Après la victoire du « oui » au référendum turc chez les électeurs d’Allemagne, la double nationalité est discutée outre-Rhin.

Pour les commentateurs, c’est un peu comme si les immigrés turcs avaient, dans leur majorité, opté pour un régime autoritaire en Turquie alorsqu’ils profitent des avantages de la démocratie en Allemagne, dont une presse libre. « Chacun pouvait savoir que ce référendum était un choix entre la démocratie et le despotisme », juge la « FAZ ».

De quoi raviver un débat sensible à cinq mois des élections. Les résultats du scrutin outre-Rhin « renforcent le scepticisme existant à l’égard des exemptions permettant la double nationalité », juge Günter Krings, secrétaired’Etat chrétien-démocrate (CDU). En décembre,les délégués du parti conservateur avaient adopté une motion prévoyant de revenir sur ce dispositif cher aux sociaux-démocrates (SPD) contre l’avis de leur présidente, Angela Merkel. Serhat Karakayali se garde de tirer des leçons en matière d’intégration. « Bien sûr, certains Turcs qui se sentent comme des citoyens de deuxième classe ici ont voulu donner une claque à l’Allemagne en votant pour la réforme constitutionnelle »,estime ce spécialiste des questions migratoires à l ’université Humboldt de Berlin. Recep Tayyip Erdogan a d’ailleurs utilisé cet argument. « Mais la participation de près de 50%(contre 80% en Turquie) ne permet pas de tirer de conclusions sur la minorité turque », juge le chercheur.

Thibaut Madelin@ThibautMadelin — Correspondant à Berlin

vendredi, 24 février 2017

Affaire Fillon : 13 juristes dénoncent un "coup d'État institutionnel" Les spécialistes du droit relèvent sur Atlantico.fr des infractions aux Codes pénal et institutionnel dans l'affaire d'emploi fictif qui accable le candidat de la droite.

" Les termes de coup d'État institutionnel définissent parfaitement les manœuvres employées à l'encontre de François Fillon », assènent les 13 juristes signataires d'un appel publié samedi sur le site Atlantico, faisant écho aux propos du candidat de la droite et du centre début février. Selon ces spécialistes du droit, François Fillon, « jugé dangereux, car il avait déjà recueilli la confiance de plusieurs millions de ses compatriotes lors de primaires irréprochables », a été victime d'un « acharnement » de la gauche « pour tenter de l'empêcher, à tout prix, de concourir à l'élection présidentielle ». Une affaire judiciaire qui viole la loi

En cause : l'affaire d'emploi fictif impliquant la femme du candidat, Penelope Fillon. « Pour tenter de le discréditer il fallait lui imputer à délit des faits qui ne tombent manifestement pas sous le coup de la loi », dénoncent les juristes. Dans leur tribune, qui a pour but de faire annuler les procédures judiciaires visant François Fillon, ils soutiennent tout d'abord que « l'allégation d'un détournement de fonds publics est contraire aux termes du Code pénal ». Le texte qui définit ce délit ne concerne pas les parlementaires, notent-ils, avant d'ajouter que les sommes versées dans le cadre de cette affaire ne peuvent être qualifiées de fonds publics.

Dans un second temps, les juristes avancent que l'action judiciaire en cours viole le Code constitutionnel. « L'indépendance dont dispose le parlementaire, y compris dans la gestion de ses crédits destinés à rémunérer ses collaborateurs, n'est pas un simple caprice », arguent-ils. « C'est le préalable nécessaire à l'une de ses missions constitutionnelles qu'est le contrôle de l'exécutif. Pour préserver le principe de séparation des pouvoirs, les assemblées disposent, comme elles l'entendent, de leurs crédits de fonctionnement. » En somme, François Fillon disposait à sa guise des fonds parlementaires, et l'en blâmer serait contraire à la loi. Procédure illégale et « machination » collective

Coup de grâce : les signataires de l'appel dénoncent une procédure illégale. « En admettant qu'il y ait eu violation du règlement d'une assemblée parlementaire, une enquête n'aurait pu être menée que par le bureau de l'assemblée en cause », relèvent-ils, avant de citer l'exemple du Parlement européen qui a engagé des poursuites dans ce cadre contre Marine Le Pen. Or, l'enquête concernant le candidat a été ouverte par le Parquet national financier. « Il saute aux yeux que les faits allégués contre le candidat n'entrent pas dans les chefs de compétence de cette institution », expliquent-ils.

Sans citer le mot, les juristes pointent du doigt un complot entre le gouvernement et les journalistes, dont le but serait d'évincer François Fillon. « Dans leur acharnement, ceux qui ont ourdi cette machination ont pourtant négligé ou sous-estimé un risque : celui d'une action engagée contre l'État » dans le cadre d'une faute lourde, lâchent-ils. La faute en question : une « violation du secret de l'enquête ou de l'instruction » et « le rôle actif ou passif du parquet dans cette violation ». Ils concluent : « Ce n'est pas une poignée de substituts militants trop zélés qui feront obstacle aux millions de Français qui ont déjà choisi démocratiquement François Fillon comme candidat de la droite et du centre. »

19/02/2017

mardi, 17 janvier 2017

Voeux 2017

Le nouveau Secrétaire Général des Nations Unies veut faire de 2017 l'année de la Paix.

Nous ne pouvons tous que le souhaiter, mais n'est ce pas une utopie?

Dans quel endroit du monde la paix existe-t-elle encore aujourd'hui ? Guerre des armes, guerre économique, guerre écologique, guerre sociale, guerre de la drogue, esclavage des enfants …. Le tableau est tellement noir qu'il est préférable d'arrêter.

Les médias participent volontairement ou involontairement à ce tableau car pas une seule heure ne se passe sans un accident, un attentat, un homicide, un désastre écologique ….

Et pourtant il est de notre devoir de vouloir, de construire cette paix ; ces événements destructeurs entraînent une perte de nos valeurs et de nos âmes et nous risquons tous de disparaître dans ce tourbillon de guerres.

L'ONU sera t-elle à la hauteur après son «inertie/hypocrisie» dans le massacre d'Alep ? L'Europe sera t-elle à la hauteur pour redonner à ses peuples une raison d'espérer et de se projeter dans l'avenir, sera t-elle à la hauteur pour trouver une solution à la crise des migrants ? Une paix sera t-elle possible au Moyen Orient, au Soudan et au Yemen ? Quelle seront les relations USA, Chine, Russie, Inde, Europe? L'Afrique, l'Amérique Centrale et du Sud trouveront-ils un modèle économique leur permettant un développement durable et social?

Autant de questions qui aujourd'hui restent sans réponse mais qui ne peuvent que nous faire dire que la Paix est indispensable ! Le Pape François le rappelait également le 1er Janvier, lors de la journée mondiale de la paix : « Le combat est toujours actuel pour la paix (qui) se construit en disant non, avec les faits à la haine et à la violence , et oui à la fraternité et à la réconciliation ».

Est ce que l'homme d'état et l'homme de religion seront entendus, est ce que la « 3ème guerre mondiale par morceau » verra une fin rapide ?




Très bonne, heureuse et joyeuse année 2017 avec un maximum de Paix !

mercredi, 21 décembre 2016

À quand la séparation entre la métaphysique et l’État ? Jacques Julliard Le Figaro 5 décembre 2016

Débats

À quand la séparation entre la métaphysique et l’État ? Les rapports entre la gauche et les catholiques ont toujours été complexes, explique l’historien et essayiste*, mais il existait une tradition, de Lamennais à Maritain, ouverte sur les valeurs républicaines. Aujourd’hui, poursuit-il, les catholiques sociaux, à force d’être sociaux, ont fini par négliger d’être catholiques. Jacques Julliard

LA SEMAINE SANGLANTE

Sarkozy, Juppé, Hollande au tapis. Bayrou en fâcheuse posture. Marine Le Pen subitement entravée dans son ascension. Qui eût cru Fillon capable de déchaîner en si peu de temps pareil tsunami ? Personne, pas même lui sans doute. Mais il arrive que l’Histoire ne prévienne pas. Pas même ceux qu’elle a chargés d’exécuter ses arrêts.

Pendant ce temps-là, la gauche n’a besoin de personne pour se mettre en charpie. Le PS balkanisé, émietté jusqu’à plus soif. Des écolos atomisés par leur rivalité. Un PCF humilié, ridiculisé par Mélenchon.

Sa gauche l’a tué

Que la droite française dans son ensemble — je n’en exclus pas ici le Front national — ne s’imagine pas qu’elle vient d’avoir la peau de François Hollande. Le mérite, si l’on peut dire, en revient tout entier à la gauche d’opposition, des frondeurs à Jean-Luc Mélenchon, de Force ouvrière à la CGT. Il n’y a pas d’exemple dans l’histoire de la République qu’un pouvoir de gauche se soit heurté à une opposition aussi acharnée, aussi systématique, aussi aveugle de la part de son extrême gauche. C’est dans son incapacité à dominer son propre camp que gît depuis le début l’impuissance de François Hollande. Cette victoire de l’extrême gauche sur son ennemi principal, la social-démocratie, c’est la gauche tout entière qui va en payer le prix pendant de nombreuses années. François Hollande, par son sens de l’intérêt général, mérite le respect. On ne peut en dire autant de ceux qui viennent de l’abattre.

Décomposition et recomposition

À travers ce processus de décomposition, on voit poindre une recomposition de l’espace politique français sur des bases que l’on a déjà connues dans le passé. À l’extrême droite, un parti populiste et antieuropéen. À droite, un parti libéral et conservateur. À gauche, un parti social-démocrate. À l’extrême gauche, une nébuleuse libertaire, révolutionnaire, écologiste, individualiste, sans programme défini. La France n’est pas tripartite, mais quadripartite, parce que la gauche est durablement coupée en deux.

Fin du signe indien

La prétendue malédiction qui empêcherait tout premier ministre de franchir la marche suprême qui conduit à l’Élysée est une invention de journalistes. Pompidou l’a fait. Fillon peut l’envisager. Valls y aspire. Un deuxième tour Fillon-Valls lors de la présidentielle ne manquerait ni de clarté ni d’allure. Il faudrait pour cela que toute la gauche soutienne dès le premier tour le candidat de la social-démocratie, le seul qui puisse espérer se qualifier. Cela ne se peut pas, parce que, dans son inconscient, ou dans son cerveau reptilien, l’extrême gauche déteste la social-démocratie beaucoup plus que le Front national. Le plus probable est donc que toute la gauche ira au deuxième tour voter Fillon, pour barrer la route à Marine Le Pen. Ce serait comme une revanche posthume du président sortant, car le programme commun implicite à cette coalition serait, à peu de chose près, celui qu’a défendu au pouvoir François Hollande. Je ne donne pas un an pour qu’il retrouve une partie de la popularité qui lui aura manqué tout au long de son quinquennat. La Gauche et les Catholiques

Le cadavre de la catholicité bouge encore. Aux réactions stupéfaites, outrées de la gauche bobo à l’annonce des résultats de la primaire à droite, on a bien compris que ces signes de survie étaient perçus comme un manque d’éducation, une faute de goût, une offense inacceptable à l’esprit du temps. Il est demandé aujourd’hui aux cathos, s’ils souffrent, de souffrir en silence. D’autant plus que les manifestations bruyantes de la survie se passent sur la partie droite du champ de bataille. Depuis la Libération, et surtout depuis la guerre d’Algérie, on s’était habitué à ne voir en pleine lumière que la frange gauche, minoritaire, du catholicisme français. Ce qui s’est passé avec la Manif pour tous, et plus récemment avec le vote Fillon, correspond donc sans conteste à un rebroussement de la courbe. Certes, Hervé Le Bras a raison : dans le succès de Fillon, le vote catholique proprement dit n’a pas été aussi déterminant qu’on l’a dit. Mais sa réapparition fut spectaculaire. Ce n’est donc pas à une modification profonde de l’organisme, mais à un changement dans ses parties visibles que l’on a à faire. Ce n’est pas Jésus qui revient, comme l’a titré stupidement Libération, mais peut-être bien Louis Veuillot, voire Léon Bloy, ou plus encore peut-être Frédéric Le Play, apôtre d’une sorte de réformisme traditionaliste.

La guerre entre l’Église et la gauche date de plus de deux siècles. Elle remonte à la Révolution française. Elle a connu deux temps forts. Le premier, dès 1790, avec la Constitution civile du clergé, qui alignait les structures religieuses sur la nouvelle carte administrative de la France, donnant un traitement aux ecclésiastiques en compensation de la nationalisation des biens du clergé. Ce n’était pas du tout un projet anticlérical, encore moins antireligieux, mais un règlement d’administration publique d’esprit gallican. « Mes préfets, mes évêques », dira plus tard Napoléon.

À l’autre bout de la période, la séparation de l’Église et de l’État (1905) couronne un siècle de luttes intenses. L’Église du XIXe siècle a connu les papes les plus réactionnaires. Et en dépit de grandes figures - Lacordaire, Ozanam -, le clergé français a été, dans sa majorité, le plus ignare, le plus obscurantiste des temps modernes. Le trio Jésus, Marie, Joseph se substitue au mystère de la Trinité, et Mgr de Quélen, archevêque de Paris, est resté célèbre pour avoir affirmé « Non seulement Jésus-Christ était fils de Dieu par son père, mais il était d’excellente famille du côté de sa mère »… Quant aux papes, à l’exclusion de Léon XIII à la fin du XIXe siècle, ils sont antilibéraux, antidémocrates, et Grégoire XVI appelle un « délire » l’idée de la liberté de conscience… Le clash avec les républicains positivistes et férus de progrès de la fin du XIXe siècle était inévitable, et la séparation était la conclusion logique d’un véritable conflit philosophique autant que politique.

Mais grâce à la sagesse d’hommes comme Briand et Clemenceau, ainsi que de certains catholiques libéraux, c’est l’apaisement qui était au bout du combat, et même un lent rapprochement, ponctué par trois guerres. Le grand holocauste de la Première Guerre mondiale et la fraternité des tranchées rendent franchement dérisoires les luttes entre bigots et bouffeurs de curés de la Belle Époque. Lors de la Seconde Guerre mondiale, malgré l’appui donné par une grande partie de la hiérarchie catholique au régime de Pétain, la participation des catholiques à la Résistance, du capitaine de vaisseau d’Estienne d’Orves, fusillé par les Allemands, à Georges Bidault, successeur de Jean Moulin à la tête du Conseil national de la Résistance, ouvre la voie à une réconciliation totale : le Mouvement républicain populaire (MRP), d’inspiration démocrate-chrétienne, participe aux gouvernements tripartites de la Libération, aux côtés des socialistes et des communistes.

Enfin, durant la guerre d’Algérie, les catholiques de gauche ont été la conscience morale d’un pays dont Péguy eût dit qu’il était en état de péché mortel. Mon vieil ami Ahmed Taleb Ibrahimi, fils du fondateur des oulémas algériens, et figure de proue de l’insurrection, qui fut ministre de l’Éducation de Boumediene, me confiait récemment : « Bien plus que Sartre, bien avant les porteurs de valise, ce sont les catholiques français, les François Mauriac, les Robert Barrat et la minorité de l’Unef qui ont été nos principaux appuis dans la lutte contre le colonialisme. Pourquoi les Français l’ont-ils oublié ? » On me pardonnera ce trop long rappel historique, mais il était nécessaire pour comprendre l’étrangeté de la période actuelle.

Sur la lancée de la Libération, les catholiques ont pris une place croissante dans la société de l’après-guerre. Ce sont les belles années de l’action catholique -Jeunesse agricole catholique (JAC), Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) —, l’affirmation de la CFTC, devenue majoritairement la CFDT en 1964, comme principale force de proposition dans le milieu salarié, et la place prépondérante des catholiques — mais aussi des protestants et des juifs — dans l’idéologie modernisatrice de la société représentée par le Plan : en marge de la société politique, la planification à la française est l’une des principales composantes du réformisme gaulliste. Ajoutez à cela que dans les années Mitterrand, les catholiques de gauche sont une composante à part entière du Parti socialiste, l’un des agents principaux de sa rénovation : la part prise par Jacques Delors dans les milieux dirigeants socialistes, sans parler de leur rôle dans la deuxième gauche de Michel Rocard. On peut dire que dans les années 1970 et 1980, les cathos de gauche jouent, aux côtés du gaullisme social et des hauts fonctionnaires du Plan, un rôle prépondérant dans le succès des Trente Glorieuses et que le socialisme réformiste ne se conçoit pas sans leur présence militante et leur contribution intellectuelle.

De cette fécondité passée, que reste-t-il aujourd’hui ? Rien ou presque rien. Quelques personnalités au sein du Parti socialiste, tels Jean-Pierre Mignard, de Témoignage chrétien ou Dominique Potier député socialiste, animateur d’Esprit civique, d’inspiration personnaliste. C’est à peu près tout. Comme si après un siècle de rapprochement, la gauche et le catholicisme procédaient à un divorce par consentement mutuel, la première, au moins, sous les espèces de l’intelligentsia bobo, retournant à l’anticléricalisme vieux caleçon de la fin du XIXe siècle, le second se repliant sur ses valeurs traditionnelles, au risque de sortir du siècle présent.

Jamais Jean Jaurès ou François Mitterrand, tous deux admirateurs du génie du christianisme et convaincus que, sous une forme ou sous une autre, l’homme est un animal religieux, ne se seraient accommodés d’une telle paupérisation intellectuelle du socialisme français. Jamais non plus les figures emblématiques d’un catholicisme ouvert sur le peuple et les valeurs républicaines, Félicité de Lamennais, Marc Sangnier, Emmanuel Mounier ou encore le père Henri de Lubac ne se seraient résignés à un repli intégriste qui fait bon marché de ce que Jacques Maritain appelait Humanisme intégral (1936).

Les raisons de ce divorce ? Du côté de la gauche socialiste, je viens de le suggérer, un dessèchement politicien sans précédent, une forme de cécité délibérée à l’égard de tout ce qui s’apparenterait à un mouvement spirituel. Du côté des catholiques, le concours de plusieurs causes. D’abord les humiliations constantes que la gauche leur inflige : dérision, manque de considération. On aurait très bien pu faire passer la loi sur le mariage pour tous sans traiter ses opposants par le mépris, parfois par la matraque. La nouvelle visibilité des catholiques de droite ressemble à une sortie en masse des catacombes où l’on a voulu les confiner. Ensuite, le tarissement de la foi religieuse chez de nombreux catholiques sociaux, qui, à force d’être sociaux, ont fini par négliger d’être catholiques. Enfin, le surgissement de l’intime comme contenu politique. En légiférant sur la famille, la sexualité, la biologie, la vie et la mort, les risques d’affrontement de l’État avec le catholicisme, mais aussi d’ailleurs avec l’islam et le judaïsme, se multiplient, et prennent un tour politique. À quand, comme le souhaitait Péguy, après la séparation de l’Église et de l’État, le tour de la séparation entre la métaphysique et l’État ?

D’où la situation paradoxale d’aujourd’hui : d’un côté, une hiérarchie catholique qui a paru, dans sa Lettre du mois d’octobre, s’accommoder d’une forme de communautarisme qui, dans les fourgons de l’islam, lui permettrait de retrouver dans la société française une visibilité perdue. La gauche diversitaire l’en a chaudement félicitée et un intellectuel catholique de droite comme Pierre Manent paraît partager ce point de vue. De l’autre, une fraction conservatrice soucieuse de retrouver les valeurs anciennes, en profitant de l’air du temps. Somme toute, il n’y a pas que les élites politiques qui ont des problèmes avec leur base. Un peu de laïcité vraie ne ferait pas de mal dans tout cela.

jeudi, 3 novembre 2016

Henri de Castries: "Notre modèle social résulte d'un pacte faustien" Le Figaro 2/11/16

LE FIGARO (Gaëtan De Capèle) - Vous intervenez davantage dans le débat public. Est-ce parce que vous en avez plus la liberté, comme président de l’Institut Montaigne et n’étant plus le PDG d’Axa, ou parce que l’échéance politique de 2017 vous paraît d’autant plus cruciale que la France va mal ?

HENRI DE CASTRIES. - Le débat public actuel me semble aujourd’hui souvent trop étriqué. Nous sommes encore, avec 1 % de la population de la planète, la cinquième puissance économique mondiale. Ce n’est pas rien ! Comment parler de son avenir, sans être conscient des craquements et des bouleversements qui sont aujourd’hui à l’œuvre et se conjuguent pour créer un monde nouveau. Nos compatriotes sous-estiment ces changements. La prochaine élection présidentielle est primordiale et il faut que des think-tanks, comme l’Institut Montaigne, aident à éclairer le débat.

De quels craquements parlez-vous ?

D’abord, le changement climatique, car le négliger serait une terrible erreur. Il suffit de contempler les ruines de cités antiques qui ont connu la splendeur et sont aujourd’hui au milieu du désert pour s’en convaincre. La désertification en est un autre. Ces deux phénomènes participent à un troisième phénomène vieux comme le monde, celui des migrations. Souvenons-nous d’Attila sous les remparts de Paris… Mais la dynamique démographique crée aujourd’hui une zone de tension principale entre l’Europe et l’Afrique, cette dernière étant la seule zone à connaître encore une très forte progression de sa population, les autres pays émergents ayant tendance à se normaliser - sauf peut-être dans l’esprit de Donald Trump qui fantasme la migration mexicaine… L’Afrique saura-t-elle créer assez d’emplois pour fixer sa population ?

Ces migrations ne résultent-elles pas d’une pauvreté que la mondialisation n’est pas parvenue à endiguer, voire a accentuée ?

Il faut avoir le courage d’aller à rebours du discours malthusien des altermondialistes. La pauvreté n’a cessé de reculer depuis quarante ans et pas seulement en Chine. Est-ce pour autant que le développement est juste, soutenable et universel ? Non. Mais on vit tout de même infiniment mieux qu’avant. Personne ne peut nier que les échanges créent de la croissance. Cela vaut aussi pour l’Europe, même si dans le même temps, la précarité y a progressé. Je n’y vois pas la conséquence de la mondialisation, mais plutôt le résultat d’une mauvaise approche de celle-ci, et d’une erreur dans les solutions appliquées dans certains pays, dont le nôtre.

Pauvres Européens dont les responsables politiques nationaux et communautaires n’entendent pas les priorités ! L’Europe est espérée comme un espace de prospérité et de sécurité. Une part croissante de notre sécurité, aussi bien à nos frontières qu’à l’intérieur de nos pays, doit être mise en commun. Pour la prospérité, la voie est double, à la fois européenne et nationale. La France serait bien inspirée de tirer les enseignements des politiques de compétitivité qui ont fonctionné ailleurs : attractivité de la fiscalité frappant les investissements productifs et du système de charges sociales pour les talents - des cadres et ingénieurs aux comités exécutifs des entreprises. Nous les voulons sur notre sol car ils permettent la croissance de long terme de la France !

Vos convictions libérales n’ont-elles pas été ébranlées par le Brexit ? Même les Britanniques ne veulent plus de libre-échange !

Je ne crois pas que les Britanniques aient refusé le libre-échange. Ils ont plutôt voté contre une forme de construction européenne, administrative et contraignante, à laquelle ils n’ont au fond jamais adhéré. C’est d’abord la libre circulation des personnes qui les inquiète, sur fond de confusion inquiétante entre migrants européens et non européens… Le Brexit est une mauvaise nouvelle, d’abord pour le Royaume-Uni lui-même. Les prix commencent à monter. Le regard extérieur considère déjà que le pays va s’affaiblir. Et je ne suis pas sûr qu’il n’évolue pas non plus à l’intérieur du Royaume-Uni et plus particulièrement au sein du Parti conservateur qui, me semble-t-il, n’a pas donné à Theresa May le mandat politique d’accomplir le virage de politique économique qu’elle envisage.

Je reste un Européen convaincu et un fervent partisan du libre-échange, parce que c’est l’échange qui a toujours fait le rayonnement, la force d’attraction de Bagdad et Byzance hier, de New York et Londres aujourd’hui. La diversité apporte aussi un supplément de richesse, et d’opportunités. Elle fonde davantage la puissance que je ne sais quelle homogénéité ethnique ou nationale.

Le débat sur l’identité, central dans la campagne présidentielle en France, n’aurait donc pas de sens ?

Notre société ne manque pas tant d’identité que d’un discours politique qui saurait donner du sens à notre histoire collective. Expliquer d’où on vient, où l’on va, donner une vision de la communauté nationale, c’est cela la noblesse de la politique. Les valeurs qui fondent nos démocraties, et notamment celle de la liberté individuelle seulement tempérée et limitée par le respect de celle des autres, restent valables. Mais parce que le monde a changé, nous ne pouvons plus nous contenter des mêmes recettes.

En quoi le système français doit-il changer ?

Il faut d’abord réformer l’État, qui n’a pas changé dans son organisation, ni même dans son décor ou ses rites, depuis… très longtemps ! Il reste imprégné d’un vieux fond « louis-quatorzo-bonapartiste » ! Ce n’est plus adapté au monde d’aujourd’hui, infiniment granulaire, où l’innovation est diffuse. Nous n’avons que très partiellement répondu à ce défi par la décentralisation. Le rôle de l’État, c’est de créer un cadre fiscal et légal stable, un humus favorable à l’initiative. Pas de prélever un maximum au point de confisquer dans des proportions paralysantes la richesse créée.

On vous répondra que le taux de prélèvement en France est la contrepartie d’une plus grande protection sociale…

C’est faux. Les protections qui sont promises aux Français aujourd’hui sont celles qu’offrait la muraille de Chine une fois l’artillerie inventée ! Il faut avoir une vision réaliste du développement économique, qui est la condition de la stabilité sociale et qui suppose à la fois des moyens financiers et des moyens humains, c’est-à-dire du travail qualifié. Or qu’a-t-on fait, sinon pas cessé d’augmenter les prélèvements obligatoires ? L’alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail a eu l’effet d’une pulvérisation de Roundup sur une plate-bande de rosiers ! Résultat : nous souffrons d’un grave déficit d’investissement, vers les mauvais secteurs, et nous surchargeons le travail qualifié.

Quand l’État sauve Alstom Belfort, il n’est pas dans son rôle ?

Il est dans le monde d’avant, nostalgique des usines qui fument et si sensible à certains symboles qu’il signe des chèques de 500 millions d’euros. Imaginez ce que de jeunes entrepreneurs feraient avec 500 millions ! Bien sûr, il ne faut pas minimiser l’inquiétude des familles concernées et l’importance de l’accompagnement social de ce type de réorganisation, mais cet épisode tel qu’il a été géré par l’État est un contresens majeur. L’État n’a pas les compétences, ni les moyens pour sélectionner les investissements des entreprises.

L’achat de TGV à Alstom est peut-être une caricature. Mais prenons un exemple plus réussi : le sauvetage de PSA. Il ne fallait pas le faire ?

L’État a dû faire cette opération parce que nous n’avons en France ni capitalistes, ni fonds de pension. Les dernières manœuvres parlementaires autour du PLF 2017 sont lamentables et elles ne vont pas arranger les choses. Dire qu’on nous a tympanisés ces dernières semaines avec la promotion de la Place de Paris qui bénéficierait du Brexit… C’est une farce ! En matière fiscale, cette majorité parlementaire, qui entretient depuis quatre ans le sentiment que le créateur de richesse et les grandes entreprises sont des ennemis, est incohérente, inconséquente, incorrigible.

Et à droite, les programmes développés dans le cadre de la primaire vous séduisent-ils ? L’un d’eux au moins ?

La présidence de l’Institut Montaigne m’oblige à une certaine réserve. L’état du pays nécessite des réformes et une transformation profondes, comparables à celles de 1958, le gradualisme ou les demi-mesures ne réglant rien. La primaire est cependant un exercice intéressant, qui permet de décanter les propositions. Et il est faux de dire - ce que confirment les travaux de l’Institut Montaigne - que tous les programmes se valent. Par exemple sur les 35 heures. Se contenter de dire qu’il faut travailler plus, c’est un truisme, notamment dans la fonction publique. La question, c’est comment. En échange de nouveaux avantages ? Certainement pas. Il faut aussi que le patronat s’interroge sur sa responsabilité dans l’augmentation des salaires, qui est plus rapide que celle de la productivité depuis 2009. Il ne peut pas à la fois se plaindre de l’érosion de notre compétitivité et laisser ce ratio se dégrader !

Que faites-vous de notre modèle social ?

Il résulte d’un pacte faustien, parce que financé par la dette. Et aujourd’hui le diable est à notre porte. Posons-nous les bonnes questions. Pourquoi avons-nous le chômage de masse et de longue durée le plus élevé des pays comparables au nôtre ? C’est la preuve que nous devons réinventer ce modèle. Et c’est d’autant plus urgent que 60 % des effectifs en moyenne, selon les secteurs, n’auront pas les qualifications pour exercer un emploi dans dix ans. Nous devons non pas repeindre, mais reconstruire le modèle, non pas réformer, mais transformer, non pas rafistoler le lien social, mais le réinventer.

L’éducation nationale est elle aussi à reconstruire ? Est-ce seulement possible face à sa réticence à évoluer ?

Le système éducatif est aujourd’hui plein de gens formidables. La réforme est donc possible à condition que l’on sorte des débats idéologiques que l’on aime tant en France et que l’on se pose les bonnes questions sur les savoirs que notre école doit enseigner - le langage, la République, la vie en ­société - et sur ceux qui sont dépassés. Je crois qu’il est d’ores et déjà aussi important de savoir coder qu’écrire. Le succès de l’École 42 de Xavier Niel devrait nous inspirer, aussi bien pour les élèves que pour leurs enseignants. Notre système éducatif souffre de ce que nous n’investissons pas sur le primaire, alors que c’est là que tout se joue pour empêcher que 20 % d’une classe d’âge arrivent au collège sans maîtriser les acquis fondamentaux. Il faut prendre enfin au sérieux la formation initiale et continue des enseignants. Et puis utiliser tout le potentiel du numérique comme outil dans la salle de classe. Parallèlement, il faut que notre pays se soucie réellement de ses universités, qui n’ont pas vraiment été une priorité politique ni financière ces cinq dernières années. Elles ont besoin d’une vraie autonomie qui permette leur liberté pédagogique, le choix de leur modèle économique comme de leur gouvernance. Halte au Gosplan universitaire !

Le recours au référendum est-il le bon moyen de procéder aux réformes difficiles que vous souhaitez ?

Le référendum est un processus césarien qui se retourne deux fois sur trois contre son initiateur. C’est l’élection présidentielle qui crée la dynamique. Vouloir, par le référendum, relégitimer le programme sur lequel on a été élu est un acte de faiblesse. La clef, pour notre démocratie comme pour une entreprise, c’est le leadership. La France est un pays phénoménal, infiniment créatif, qui est comme un cheval de compétition se débarrassant de son cavalier quand celui-ci n’est pas à la hauteur. Nous avons donc besoin de leaders forts, qui développent une vraie vision du monde et une vraie stratégie d’avenir, et qui seront d’une fermeté sans faille dans l’exécution de celle-ci. Bien sûr, il faut écouter les protestations, mais en ayant conscience de ce qu’elles représentent d’intérêts particuliers. Mais il faut savoir tenir un cap. C’est une dignité et une vertu que de mener des réformes.

vendredi, 16 septembre 2016

Paris Voies sur berges (Challengesoir édito)

Challengesoir L'ÉDITO Piétonnisation des voies sur berges: l’enfer voulu par Hidalgo Par PHILIPPE MANIERE Le 16.09.2016 à 15h59

Dans la vision démiurgique de la maire de Paris, les souffrances des automobilistes pris au piège de sa radicalité sont un bien en soi.



Le projet de piétonnisation des voies sur berge, une chasse ouverte à la voiture PATRICK KOVARIK / AFP Dans quelques jours seulement, le sort des voies sur berges parisiennes sera scellé. Anne Hidalgo entend faire voter ce jour-là par le Conseil de Paris leur fermeture de la Concorde à la Bastille, sur plus de 3 km – la fermeture définitive, en tout cas au moins pour les six mois d’expérimentation que lui a autorisés le Préfet de police. Pour la première fois cette année, et au prétexte d’une ridicule exposition qui a pris le relais du traditionnel Paris–Plage, cette artère très fréquentée est d’ailleurs demeurée fermée à la circulation malgré la reprise du trafic de la fin de l’été. Embouteillages dantesques sur les quais hauts et sur les grandes artères parallèles (comme le Boulevard Saint-Germain), trajets beaucoup plus longs en particulier pour les banlieusards rentrant chez eux: du moins cette novation permet-elle aux automobilistes de connaître un avant-goût de l’enfer auquel les destine la maire de Paris.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit, un enfer. Non pas seulement au sens trivial d’un temps particulièrement long et douloureux, mais aussi –et c’est cela le plus intéressant– au sens de la punition méritée. A lire leurs déclarations démiurgiques, on sent en effet que, pour Anne Hidalgo et ses amis, la souffrance des automobilistes pris à leur piège n’est pas seulement le prix à payer pour un plus grand bien, mais un bien en soi. Il faut, dans la logique des Verts qui semblent avoir pris le contrôle du Conseil de Paris (et même, se dit–on parfois, du cerveau de celle qui le préside), que l’automobiliste galère pour que le monde soit meilleur. Il faut qu’il en bave si l’on veut qu’il prenne pleine conscience de sa mauvaiseté. Il faut, en fait, qu’il cesse d’être lui–même, qu’il disparaisse.

Naturellement, on ne nous parle pas de disparition mais, plus pudiquement, d’ "évaporation" de trafic: en théorie (et des cas étrangers sont convoqués en soutien), l’épouvantable situation que l’on connaît aujourd’hui aurait vocation à s’améliorer car, bientôt dissuadés par les affres où on les plonge, un bon cinquième de ceux qui utilisent aujourd’hui cet axe jetteront l’éponge. Peut-être même certains, devenus fous, se mettront–ils à chanter et à courir nu–pieds une fleur à la main? Ce serait admirable. Les autres continueront à souffrir mais, comme ce sont des automobilistes, c’est tant mieux.

Mépris du peuple et de la vérité quant aux statistiques

Il y a, dans la vision à la fois punitive et irénique d’Anne Hidalgo, quelque chose de proprement effrayant. D’abord parce qu’elle manifeste le plus grand mépris du peuple, apparemment fait à ses yeux pour se couler dans les comportements normés qu’elle a conçus pour lui dans sa grande sagesse. Intellectuellement, on est quelque part entre la catharsis version Torquemada et la fameuse "vertu" tant vantée par Saint-Just (pour les ennemis de laquelle il réclamait si volontiers la mort).

On nous objectera qu'Anne Hidalgo a été démocratiquement élue et qu’elle est donc légitime à appliquer son programme. Certes, mais dans les limites que reconnaît tout vrai démocrate: pas d’abus de majorité! Or, dans cette affaire (comme en général), la mairie de Paris sert en fait les intérêts et même les passions de l’Est de la ville (où sont ses électeurs), au détriment des intérêts et des préférences des autres Parisiens (d’ailleurs presque aussi nombreux). Les préférences des Orientaux sont parfaitement respectables.

Celles des Occidentaux n’en ont pas moins de valeur! Or, beaucoup de Parisiens ont, pour des raisons de famille, professionnelles ou tout simplement de structure de leur habitat (le sud du XVI ème arrondissement a bien des caractéristiques très différentes du IV ème ou du XI ème) beaucoup de difficultés à ne pas se servir de leur voiture. Faut–il les compter pour rien juste parce qu’ils ne sont pas des militants du Vélib?

Mais la mairie de Paris n’a pas seulement le mépris du peuple (en tout cas d’une partie du peuple, celui qui ne voit pas les choses comme elle…)., elle a aussi le mépris de la vérité. Depuis la fermeture des voies sur berge "rive gauche", de l’autre côté du fleuve, entre le musée d’Orsay et la Tour Eiffel, intervenue dès 2013, des changements très considérables ont eu lieu, dont la plupart sont occultés.

Certes, l’été (en novembre ou en février, c’est beaucoup moins probant…), de très nombreux promeneurs profitent des charmes de quais interdits aux voitures –ce dont Anne Hidalgo se rengorge. Mais, contrairement à ce qu’indiquent les statistiques officielles (qui font ressortir artificiellement une quasi-stabilité de la fluidité grâce à des mesures effectuées… à minuit aussi bien qu’aux heures de pointe), des encombrements considérables sont apparus toute l’année sur des axes qui en étaient jusqu’alors absolument exempts.

Cela est particulièrement vrai là où les voies hautes croisent de larges artères (Invalides, Alma…): l’absurdité du rétablissement de croisements à niveau là où existaient des tunnels se paie d’un prix très lourd.

Une politique radicale menée par une poignée d’idéalistes

Et pas seulement pour les automobilistes! Si Anne Hidalgo prenait le bus, elle constaterait qu’ils n’ont pas d’ailes si bien que eux–aussi restent bloqués dans les bouchons qu’elle a organisés à dessein (et l’on parle ici de lignes très fréquentées: 63, 80, 92 ou 94, par exemple). L’idée qu’on peut nuire aux automobilistes tout en préservant les bus (dont les couloirs ne sont absolument pas respectés) est une idiotie.

Plus généralement, les transports en commun parisiens ne cessent de se dégrader, si bien que proposer aux automobilistes de les adopter est de moins en moins sérieux. Les fréquences indiquées aux arrêts de bus ressortissent à la galéjade. Et il faut ne jamais prendre le RER ou le métro pour ignorer que les rames sont désormais bondées presque en permanence, y compris tard dans la soirée (essayez par exemple la 8 à 20h…)

Ce qui est spécialement navrant dans la crispation anti–bagnole de la Ville de Paris, c’est que l’idéologie a dicté une politique radicale là où des accommodements raisonnables, et même souhaitables –nul ne peut nier que la circulation a des inconvénients considérables, pour la santé des Parisiens comme pour l’agrément de leur ville– étaient accessibles.

Fermer les voies sur berges tout l’été et tous les week–ends, n’en conserver le reste du temps que les tunnels sous les carrefours, instituer un péage à l’entrée de Paris (comme l’ont fait Stockholm, Londres, Singapour et New–York), généraliser et protéger les voies de bus et accroître les fréquences de passage afin de favoriser un basculement progressif grâce à une offre attractive, pourquoi pas?

Mais, non, c’est la voie de l’ostentation et de la purge qui a été choisie. Et c’est ainsi que, sauf miracle auquel on n’ose plus croire, des centaines de milliers d’automobilistes à qui on explique à tort qu’ils ont d’autres choix vont désormais souffrir, s’user la santé et perdre du temps familial ou de repos pour qu’une poignée d’idéalistes sûrs de faire le bien dorment, eux, sur leurs deux oreilles.

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samedi, 30 juillet 2016

«Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel»

Cette phrase, prononcée régulièrement par des milliards d'habitants, paraît aujourd'hui iconoclaste pour ne pas dire irréaliste, incongrue.



Lorsque l'on considère la situation mondiale ou particulière en Asie, en Afrique, sur le continent américain, au Moyen Orient, en Europe, sans parler de la France, l'on peut se poser la question de quelle « volonté ».

Sans doute depuis le début de l'existence du monde, la barbarie et les guerres ont toujours existé; à l'époque de l'Ancien Testament, de l'Egypte, au Moyen Age, au XXème siècle...mais les médias modernes n'existaient pas et la Terre n'avait pas 7,3 milliards d'habitants.

Les progrès scientifiques et techniques n'ont jamais été aussi importants mais pour conduire où et à quoi? L'on nous parle maintenant de «transhumanisme», d'intelligence artificielle mais pour quoi faire? Quelle future humanité voulons nous? L'on pourrait penser que ces «progrès» éradiqueraient les famines, la pauvreté, les conflits, permettraient de «surmonter» les catastrophes naturelles, or il n'en est rien….. au contraire!

A l'heure d'internet et de la révolution numérique, quel modèle voulons nous pour vivre sur la terre ?

Depuis toujours quelques hommes ont «façonné» l'histoire de l'humanité: Moise, les Pharaons, le Christ, Bouddha, Mahomet, Alexandre le Grand, Gengis Khan, Napoléon, mais aussi Néron, Staline, Hitler et bien d' autres...Toutefois la vitesse de ce «façonnement» restait encore à « l'échelle » humaine.

Aujourd'hui ce n'est plus le cas; l'homme politique, le penseur, le travailleur, le scientifique vit à un rythme qui le dépasse lui même et qu'il subit plus qu'il ne le contrôle. Les dictatures n'ont pas disparues, ni la corruption, ni la pauvreté. Pour qui roulent les dirigeants politiques actuels? Plus pour eux même que pour un bien global ?

Or à la différence d'autrefois, les êtres humains sont plus nombreux, plus instruits, plus déterminés à vivre comme ils l'entendent et à profiter d'un bonheur qu'ils recherchent sans vraiment savoir lequel?

Lorsque l'on sait, d'après la dernière étude du « Boston Consulting Group » que les foyers millionnaires (au moins un million de dollars de patrimoine) concentrent 47% de ces richesses, une part plus faible en Europe (31% des richesses) et maximale en Amérique du Nord (63%) et que 62 personnes possèdent désormais autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, on peut se poser la question de « l'avenir » des relations humaines.

Les médias nous montrent en permanence des scènes dramatiques: guerres, catastrophes naturelles, migrants, pauvreté, esclavage, attentats ...on s'habitue « presque » à l'horreur qui devient une réalité quotidienne. Il est vrai que l'homme peut s'adapter à toutes les situations...



Mais si l'histoire nous apprend que les civilisations se sont développées par les conflits c'est aussi par des conflits qu'elles ont disparues. Dans sa fuite en avant vers on ne sait où, le précipice est peut être bien plus tôt que prévu pour l’humanité…. ? A moins que l’humain dans un ultime sursaut se résout à profondément changer pour son propre bien.

Espérons que l'homme ne sera pas assez fou pour tenter que « sa volonté soit faite au ciel comme sur la terre » ; aura t-il le sursaut nécessaire, qu'il soit croyant ou non et en gardant l'espérance, pour être responsable de sa vie et de celles des autres et de se conformer à des valeurs universelles que sont l'amour, la paix, le respect, la justice ?

dimanche, 3 juillet 2016

Brexit - Europe

Jamais tout à fait IN et maintenant OUT, le Royaume «dés »Uni, connait une des ses pires crises de l'après guerre. De son côté l'Europe fait aussi face à une nouvelle crise qu'elle n'a pas vu ou voulu voir venir et qu'elle va devoir gérer et surmonter.

La situation anglaise est paradoxale : une pétition de plus de 3 millions de voix demandant un nouveau référendum, des politiciens ayant fait campagne sur de faux arguments et une population qui se réveille avec un coup de massue et dont certains commencent à douter de leur choix. Non préparés à un tel vote, personne au Royaume Uni n'a anticipé les conséquences d'un tel changement majeur. Le Premier Ministre a joué avec le feu et s'est brûlé, mais pire que cela, il a incendié la maison britannique. Il est fort à parier que les prévisions des différents économistes ou organismes internationaux se révèlent exactes et donc que les prochaines années seront dures pour le peuple anglais.

L'Europe, elle, est obligée de redescendre sur terre, elle dont beaucoup de « dirigeants » étaient un peu « hors sol » et réalise qu'elle n'est plus en phase avec les aspirations des peuples qui la composent : Trop de règles, de normes, d'austérité, de technocratie, de contraintes, de directives et pas assez de vision, d'avenir, d'espoir, de sécurité et de projets communs. Elle est devenue une technocratie/bureaucratie qui s'auto-entretient et dont la pléthore de fonctionnaires à Bruxelles n'est que le reflet. Certaines réunions/discussions laissent un sentiment «surréaliste» et complètement en décalage avec les préoccupations des européens.

A sa décharge, les gouvernants des nations qui la composent n'ont pas été capables ces dernières années de lui influer un vrai projet politique, économique et aujourd'hui sécuritaire. Une vraie vision stratégique et collective lui manque et les égoïstes individuels ont bien souvent pris le pas sur le reste. N'oublions pas que toute technostructure a horreur du vide. Le manque de vision dans la crise migratoire en est un exemple ; comment se fait il qu'aucun dirigeant européen , suite à la situation au Moyen-orient , n'ait vu venir le chaos ?

Europe réveille toi si tu veux que les populistes de tout genre ne prennent le pouvoir et regarde en face la situation mondiale. Que pèse chacun de nos pays face à la Chine, l'Inde, les Brics et les États Unis?

L'euro deuxième monnaie internationale nous a permis de surmonter bien des crises et surtout de libérer les échanges entre nous.

L'espace Schengen, aujourd'hui en faillite, a permis à des millions de nationaux de voyager et de se connaître. Il doit être repensé en fonction des faillites passées mais surtout en fonction de la mondialisation à venir.

La paix a permis un développement économique sans précédent même si aujourd'hui il est contesté par certains. Le marché unique doit être approfondi, la politique agricole commune revue mais en aucun cas supprimée.

L'élargissement a été trop rapide et mal préparé et aujourd'hui il faut réinventer une Europe à 27 mais qu'à 27 et abandonner tout autre élargissement tant que les bases ne sont pas refondées.

Il est nécessaire que Bruxelles soit au service des nations et non un «législateur» sans fin et à tout va. Mais pour cela elle a besoin de directions claires des gouvernements et du Conseil. L'intégration économique, financière, fiscale doit être accélérée car certaines distorsions sont préjudiciables au projet européen.




Il est aussi sans doute urgent de prendre son temps pour la sortie des anglais et de garder son sang froid, quelque soit la durée des négociations; mais il reste prioritaire et urgent pour l'Europe de reconstruire un projet, de retrouver un leadership dans la concert mondial et de redonner espoir aux peuples qui la compose.

Emploi, recherche, sécurité, stabilité financière, compétitivité et développement économique sont quelques unes des priorités auxquelles les gouvernants et Bruxelles doivent s'atteler. L'Europe doit redéfinir ses compétences, réaffirmer ses valeurs, se reconnecter avec les peuples.

Ce n'est qu'en retrouvant ces priorités et en laissant aux nations ce qui est de leur ressort que l'Europe continuera à avancer et jouer un rôle auprès des autres nations; c'est à ces conditions que la «vieille Europe» deviendra la nouvelle Europe!

vendredi, 15 avril 2016

De la difficulté d'exprimer son opinion en politique étrangère,Dominique Moïsi Les Echos 11/04/2016

Qu'il s'agisse des réfugiés, de la Syrie ou de l'Irak, toute vérité n'est pas bonne à dire. Tout dépend du pays dans lequel elle s'exprime. Une chose est certaine : en ces temps troublés, la censure et l'autocensure se portent bien.

de Dominique Moïsi

S'indigner du comportement de l'autre est un moyen classique de se dédouaner soi-même. Il y a une semaine exactement, alors que les premiers retours de migrants des îles grecques vers la Turquie venaient d'avoir lieu, je recevais un appel d'un média des pays du Golfe. La jeune journaliste que j'avais en ligne parlait un français parfait (elle était marocaine) et souhaitait avoir « à chaud » une réaction européenne. « L'Europe ne trahissait-elle pas ses valeurs en se comportant de la sorte à l'égard des réfugiés ? », me demandait mon interlocutrice. Je venais de voir les dernières informations. La plupart des retours concernaient des hommes du Pakistan et du Bangladesh qui n'entraient pas dans la définition des réfugiés. Il s'agissait, à l'inverse, de migrants économiques. J'accompagnais ces nuances d'une remarque ironique. Ce n'était pas aux pays du Golfe de donner des leçons de morale aux Européens sur ce sujet. Combien de réfugiés avaient-ils acceptés eux-mêmes sur leur territoire ? Mon interlocutrice devenait nerveuse. Pour la rassurer, je lui dis que, dans l'entretien que nous allions faire, j'allais m'abstenir de toute remarque désobligeante à l'égard de la politique d'ouverture aux réfugiés des pays du Golfe. Elle sembla rassurée. Mais, cinq minutes plus tard, elle me rappela. Finalement, sa chaîne n'allait pas utiliser mes commentaires, « non conformes à la ligne éditoriale » qu'elle souhaitait adopter. Mes nuances étaient de trop. Ils voulaient « une indignation européenne, simple et claire ».

Il est rare de rencontrer tant de candeur et de sincérité, surtout de la part d'un média diffusant à partir de pays non démocratiques. Mais y a-t-il une différence si fondamentale sur ce point entre systèmes démocratiques et régimes autoritaires ? J'ai déjà été confronté à ce diktat de la « ligne éditoriale » dans des pays parfaitement démocratiques, y compris le mien. En 2003, au lendemain de la guerre en Irak, que j'avais soutenue, étant persuadé (à tort) que le régime de Saddam Hussein possédait des armes de destruction massives, mais avec laquelle je prenais de plus en plus mes distances, j'avais été contacté par un des plus grands journaux américains.

Les éditeurs souhaitaient avoir dans l'urgence une réflexion d'un Français qui « avait fait preuve de compréhension à l'égard de la politique de George W. Bush », pour leur supplément du week-end. Je ne manquais pas de leur préciser que ma position avait évolué depuis la prise de Bagdad, mais ils ne semblèrent pas prêter attention à mon avertissement. J'écrivis l'article demandé dans les délais requis. Il s'ensuivit un grand silence. Inquiet, je me permettais de les appeler. Ils étaient à l'évidence embarrassés. Soudain, ma contribution n'était plus devenue urgente. Ils ne savaient plus quand et si elle allait paraître. Je ne remplissais pas, ou plutôt je ne remplissais plus le créneau pour lequel j'avais été choisi. Après une nuit d'écriture ininterrompue pour respecter leurs délais, je ne m'avouais pas vaincu. Je leur disais que « cet incident » allait me fournir un sujet de chronique idéal, pour mon commentaire régulier dans le « Financial Times ». Il ne fut pas nécessaire d'aller plus loin : bien sûr, il s'agissait d'un malentendu, mon commentaire allait paraître comme prévu dans le supplément à venir du week-end. Pour être publié, en dépit du fait que j'allais à l'encontre de la ligne éditoriale que s'était fixée le journal, j'avais dû avoir recours à une forme de chantage démocratique : « Vous pouvez me censurer, mais souhaitez-vous vraiment que j'expose votre comportement dans un journal lu dans le monde entier et qui jouit d'un prestige exceptionnel ? »

Plus récemment, en France, je me trouvais également confronté à cette question de la ligne éditoriale avec un grand journal régional pour lequel j'ai le plus grand respect et dont je partage les valeurs et le plus souvent les choix. Cette fois-ci, le sujet délicat était celui de la guerre en Syrie. Fallait-il soutenir les rebelles et aller jusqu'à fournir des armes aux plus modérés d'entre eux ? Je le pensais, mais telle n'était visiblement pas la ligne éditoriale de la direction du journal. Là encore, je dus batailler pour faire passer un point de vue que je présentais, ce fut le contenu du compromis atteint, comme strictement personnel et n'engageant donc pas le journal.

Il est parfaitement légitime qu'un journal, ou plus globalement un média, ait une ligne éditoriale qui se traduise par un angle d'approche particulier de tel ou tel sujet. Le problème est de savoir jusqu'où peut aller cette logique ? Le désir de cohérence, la volonté de présenter de la manière la plus convaincante les thèses que l'on défend, parce qu'on les croit justes, sont une chose. Mais il existe aussi d'autres critères comme celui de la diversité des points de vue, points de vue régionaux, tout autant qu'idéologiques. Il est bon de savoir ce que pense l'autre, l'autre proche comme l'autre lointain.

Et, sur ce plan, il existe, ou en tout cas il devrait exister, des différences claires entre sociétés démocratiques et non démocratiques. L'épisode, un peu comique en dépit du caractère tragique de son sujet, que j'ai vécu avec un média du Golfe avait certes quelque chose de rafraîchissant, du fait de l'absolue candeur de mon interlocutrice. Mais il était aussi le révélateur d'une évolution intéressante dans les relations entre l'Europe et les pays du Golfe. Des pays sur la défensive et qui sont trop heureux de dénoncer la faille qu'ils peuvent trouver dans le comportement des pays européens.

C'est précisément pour cela qu'il ne faut pas confondre ligne éditoriale, censure et autocensure. Au bout du compte il existe sur ce plan une différence structurelle entre sociétés démocratiques et régimes autoritaires. Comme nous le rappelle la non-délivrance de visas aux journalistes du « Monde » et de Canal+ par le gouvernement algérien.

Dominique Moïsi

Dominique Moïsi, professeur au King's College, est conseiller spécial à l'Ifri.

vendredi, 26 février 2016

Crise Migratoire : Comment en est on arrivé là, où allons nous ?

Afghanistan, Irak, Lybie, Tunisie, Egypte, Syrie, Somalie, depuis bientôt 30 ans le Moyen Orient est en proie à une instabilité dont les occidentaux sont en grande partie responsables. « Responsables mais pas coupables », cela a permis pendant toutes ces années de fermer les yeux sur les conséquences éventuelles de ces guerres, conflits, révolutions... Chaque camp s'est affronté par politique interposée chacun défendant ses propres intérêts avec pour conséquence entre autre plus de 5 milllions de déplacés et réfugiés.

Ne nous faisons pas croire qu'aucun politique de haut rang dans les pays « occidentaux », Russie comprise, n'ont envisagé les conséquences de ces différents conflits ; mais ils n'on rien fait pour les prévenir et aujourd'hui l'on assiste à une « déferlante » de population qui fuit la guerre, les massacres, la famine etc..

L'Europe est en première ligne mais n'est pas la plus responsable de cette tragédie. L'hypocrisie vis à vis de la Turquie, des pays du Golf, le jeu ambigue de Moscou sont autant de faits ayant permis que la situation empire et aujourd'hui qu'elle soit devenue ingérable.

L'on se retrouve devant des flux que plus personne ne contôle et ne gère et qui fait la richesse des mafias locales, plusieurs milliards d'€.

L'Europe, en pleine «cacophonie», suite à cet afflux non maitrisé et «prévu», voit une montée des nationalismes, les USA donnent des leçons mais sont bien loin des pays conernés, Moscou et la Turtquie défendent leurs propres intérêts et règlent leurs comptes soit entre eux soit avec l'Europe et les USA. Des guerres par procuration se développent.

Au milieu de tout cela des millions de réfugiés, qui après avoir « fait pleurer dans les chaumières » deviennent la cible des extrêmistes mais surtout maintenant ne sont plus les bienvenus car aucun gouvernement ne sait que faire. Schengen explose, la Convention de Genève sur les réfugies paraît bien peu à la hauteur des enjeux, l'ONU est impuissante et surtout aucun pays n'est prêt à accueillir de façon «digne» un tel afflux de personnes.

Le tempo n'est pas le même pour les politiques qui discutent et pour les populations qui souffrent. La trève signée entre les USA et la Russie pourra-t-elle durer et conduire à un début de solution ? Quels pays, quels gouvernements, quels gouvernants seront capables d'arrêter ces massacres, ces flux, ces guerres ? Aujourd'hui, malheureusment il semble que personne n'en a ni la volonté ni la capacité. Personne ne sait où nous allons.

jeudi, 11 février 2016

blog: Jaron Lanier: l'Internet ruine la classe moyenne octobre 2013 (le Monde)

Il fait partie de ces gens inclassables, qui gravitent dans l’univers de la high tech, aux confluences de l’informatique, la physique et les neurosciences. Un pionnier de la Silicon Valley mais ses dreadlocks le rangent plutôt parmi les techno-utopistes de Berkeley, et d’ailleurs c’est là qu’il réside, dans une maison-atelier assez grande pour entreposer sa collection d’instruments de musique traditionnelle (instruments à vent, cithares asiatiques), l’une des plus vastes du monde. Il est aussi compositeur, mais c’est une autre histoire qu’il n’a pas l’intention de raconter aujourd’hui.

En 2010, le magazine Time l’a rangé dans les 100 personnalités les plus influentes du monde. Le New Yorker lui a consacré un long portrait : Jaron Lanier « le visionnaire ». Il est régulièrement invité à Davos (« Je me suis trouvé dans l’ascenseur entre Newt Gingrich et Hamid Karzai »). Mi-septembre, il était à New York (où nous l'avons rencontré) pour donner une conférence aux Nations Unies sur l’avenir des économies. Suivie d’une autre sur celui des bibliothèques. Tout le monde veut avoir son avis sur l’avenir. Il est vrai que c’est le titre de son dernier livre : « Who owns the future ?» (Simon&Schuster). Qui possède -aujourd’hui- le monde de demain ?

Il y a une trentaine d’années, Jaron Lanier a été l’un des pionniers de la réalité virtuelle –la création d’univers numériques dans lesquels de vrais humains peuvent se mouvoir et échanger. C’est même lui qui a inventé le terme: « virtual reality ». Il a inventé le jeu video Moondust, développé des prototypes, dont le premier simulateur chirurgical. Il a vendu des start-up à Google, Oracle, Adobe, Pfizer. Fait fortune grâce au Kinect, une caméra en 3D qui a vendu à plus de 18 millions d’exemplaires. Depuis 2006, il est chercheur à Microsoft Research.

Jaron Lanier a participé aux débats à San Francisco qui ont abouti à la création de l'Electronic Frontier Foudation (EFF), l'organisation qui mène la lutte contre les programmes d'espionnage de la NSA. Mais il n'a pas donné suite: ce n'est pas le combat qui lui parait le plus important. Pour lui, l'important n'est pas "qui a accès à l'information" mais "ce que l'on fait avec ces données". Comme il l'explique dans son livre (et dans l'interview ci-dessous), les micro-détails collectées sur chacun grâce à l'Internet sont en train de devenir un puissant moyen de manipulation.

Jaron Lanier, 53 ans, a grandi au Nouveau-Mexique, où ses parents, des artistes new yorkais avaient décidé qu’ils seraient plus en sécurité que sur la côte est (sa mère, rescapée de camp de concentration, avait émigré de Vienne à l’âge de 15 ans. Elle est morte dans un accident de voiture alors qu’il n’avait que dix ans). Il a écrit deux livres. L’un (“You’re not a gadget”) est une critique des réseaux sociaux qu’il qualifie « d’agences d’espionnage privatisées » n’ayant plus aucun intérêt à protéger la vie privée des utilisateurs. Dans “Who owns the future” (non traduit), il décrit un phénomène qu’il n’avait pas anticipé: la concentration des richesses dans un univers qui était censé aplanir les inégalités. L’économie, dit-il, repose de plus en plus sur l’information et celle-ci n’étant pas suffisamment monétisée, la richesse collective se dilue. Bref, le tout-gratuit est en train de détruire la classe moyenne et l’économie de marché.

Interview (en partie publiée dans Le Monde du 22 octobre)

Q: En quoi l’internet détruit-il la classe moyenne ? JL: L’automatisation commence à détruire l’emploi, comme si la vieille peur du 19ème siècle devenait réalité. A l’époque, il y avait cette inquiétude énorme que l’emploi des gens ordinaires était menacé par le progrès des machines. Quand les voitures ont remplacé les chevaux, les gens pensaient que cela devenait tellement facile de conduire qu’il n’y aurait plus de raison de payer pour le transport. Tous ceux qui travaillaient avec les chevaux allaient perdre leur emploi. Mais les syndicats étaient puissants. Ils ont imposé qu’il est normal de payer quelqu’un même si le travail est moins pénible et qu’il est plus facile de conduire un taxi que de s’occuper de chevaux. Avec l’Internet, les choses deviennent tellement faciles que les gens rejettent cet arrangement payant. C’est une erreur. Cela a commencé avec Google, qui a dit : on vous donne un moteur de recherche gratuit. En contrepartie, votre musique, vos photos, vos articles vont aussi être gratuits. L’idée est que ça s’équilibre : vous avez moins de revenus mais vous avez accès à des services gratuits. Le problème est que ce n’est pas équilibré. Bientôt, les consommateurs vont accéder aux produits grâce aux imprimantes 3D. Graduellement toutes les choses physiques deviennent contrôlées par les logiciels et tout devient gratuit.

Q : Mais certains s’enrichissent. JL: L’idée au début de l’Internet était que l’on donnerait du pouvoir à tout le monde parce que tout le monde aurait accès à l’information. En fait, Google et tous ceux qui collectent les informations au sujet des autres parce qu’ils offrent ces services gratuits, deviennent de plus en plus puissants. Plus leurs ordinateurs sont gros, plus ils sont puissants. Même si vous regardez la même information que Google, Google en retire beaucoup plus de pouvoir que vous. L’autre remarque à faire, c’est que dès que quelqu’un prétend avoir une technologie qui peut remplacer les gens, c’est faux. Exemple : la traduction automatique. Vous pouvez prendre un document en anglais, l’entrer dans un ordinateur et le ressortir en français. Cela ne va pas être du très bon français mais quelque chose va ressortir.

Q : Et c’est gratuit. Quel est le problème ? JL : Les compagnies qui font de la traduction automatique collectent des millions et des millions d’exemples de documents qui ont été traduits par des vraies personnes. Ils repèrent des morceaux de phrases qui sont semblables à ceux de votre document et ils traduisent un peu à la fois et assemblent le patchwork. Cela ressemble à un cerveau électronique gigantesque mais en fait, il s’agit du travail de tonnes de gens qui ne sont pas payés et ne savent même pas qu’ils sont utilisés. Pour chaque nouvelle technologie qui prétend remplacer l’humain, il y a en fait des gens derrière le rideau. Ce que je dis, c’est qu’il y a une solution : il faut garder trace des gens qui fournissent un vrai travail et avoir une option qui leur permette d’être indemnisés. L’automatisation dépend systématiquement de ce que nous appelons « big data » ou informations produites par un nombre élevé de gens. Ces données ne viennent pas des anges ou de phénomènes surnaturels. Elles viennent des gens. Si on les payait pour ces données, on pourrait soutenir l’emploi.

Q : Quelles sont ces données qui ont tant de valeur ? JL : Les compagnies qui possèdent les gros ordinateurs créent des modèles pour chacun d’entre nous. Google a un modèle de vous. Pareil pour la NSA (agence de la sécurité nationale), Facebook, et même certaines organisations criminelles. Elles collectent des données sur vous et les utilisent pour faire des projections. L’idée, c’est de modifier le comportement.

Q : Comment ça, manipuler ? JL : Les manipulations sont très petites. Cela peut être trouver le moyen de vous faire accepter un prêt qui n’est peut être pas aussi intéressant qu’un autre. Comment vous inciter à faire tel ou tel achat. C’est un système froid, basé seulement sur les statistiques. Il travaille très lentement, comme les intérêts composés. Sur la durée, cela fait beaucoup d’argent. C’est comme cela que Google est devenu si riche : les gens qui paient Google peuvent obtenir un tout petit peu de modification du modèle de comportement. C’est un système géant de modification comportementale. Il faut comprendre que c’est différent du modèle traditionnel de publicité. La publicité a toujours été une forme de rhétorique, de persuasion, de style. Ici, il n’est pas question de style. C’est placé au bon moment. C’est purement pavlovien. Il n’y a aucune créativité. C’est une forme de manipulation sans esthétique mais c’est très graduel et très fiable, parce que c’est juste des statistiques. Il s’agit aussi du type d’informations vous recevez. Si vous allez en ligne, vous ne voyez plus les mêmes informations que quelqu’un d’autre. Les informations sont organisées spécifiquement pour vous par ces algorithmes. C’est un monde où tout est ouvert et en même temps la plupart de ce que les gens voient est manipulé. Ce qui n’est possible que parce que les gens qui manipulent ont des ordinateurs plus puissants que les gens ordinaires.

Q: Qui a les plus gros ordinateurs ? JL: Personne ne le sait. Ils sont conservés dans des cités gigantesques d’ordinateurs. Ils sont généralement placés dans des endroits isolés près de rivières qui permettent de refroidir les systèmes . Peut-être c’est Google, peut-être la NSA. Personne ne sait. En Europe, la plupart sont en Scandinavie.

Le problème n’est pas qui a accès à l’information mais ce qu’ils font de l’information. Si vous avez des ordinateurs beaucoup plus puissants, cela ne peut pas créer une société équitable. Au lieu d’essayer de plaider pour la transparence et le respect de la vie privée, nous devrions nous préoccuper de ce qui est fait avec les données accumulées. Nous vivons à une époque où il y a deux tendances contradictoires. D’un côté, tout le monde dit : n’est-ce pas formidable cette décentralisation du pouvoir, grâce à Twitter etc. De l’autre côté, la richesse est de plus en plus centralisée. Comment est-il possible que le pouvoir soit décentralisé et la richesse de plus en plus centralisée ? En fait le pouvoir qui est décentralisé est un faux. Quand vous tweetez, vous donnez de vraies informations aux gros ordinateurs qui traquent vos mouvements

Q : Comment monnayer nos tweets ? JL : Je préconise un système universel de micro-paiements. Tout le monde toucherait une rémunération –fût-elle mimine- pour l’information qui n’existerait pas s’ils n’existaient pas. Cette idée circulait déjà dans les années 1960, avant même que l’internet soit inventé. C’est juste un retour aux origines. Si on arrivait à savoir combien les compagnies sont prêtes à payer pour avoir des informations, cela serait utile. Les gens pensent que le montant serait infime. Mais si on regarde en détail, c’est faux. Les données concernant l’homme de la rue ont beaucoup de valeur. Le potentiel est là pour soutenir une nouvelle classe moyenne. Chaque donnée individuelle aurait une valeur différente. Certaines seraient plus cotées parce qu’elles sortent de l’ordinaire.

Q : Vous êtes devenu anti-technologies ? JL: Pas du tout ! J’ai aidé à mettre en place ce truc que je critique maintenant ! Mais il faut regarder les résultats dans le monde réel. J’avais pensé que pendant l’âge de l’Internet on verrait une augmentation fantastique de richesse et d’options. A la place, on voit une concentration intense des richesses. Et c’est un phénomène mondial. Si c’est cela la tendance, si la technologie concentre les richesses, la technologie va devenir l’ennemie de la démocratie, peu importe le nombre de tweets. Je refuse de faire l’autosatisfaction quand je vois tous ces gens ordinaires qui perdent pied alors que leur situation ne devrait faire que s’améliorer grâce aux progrès technologiques

mercredi, 27 janvier 2016

Voeux 2016

Plus que quelques jours pour présenter ses vœux. Mais en ce début d'année 2016 que peut-on souhaiter? La paix, la fin de la pauvreté, l'arrêt des attentats, la reprise économique, la diminution du chômage, la régulation de l'immigration, une économie plus écologique, le respect de la personne humaine, une Europe forte....? Malheureusement l'on sait que tout cela restera un souhait et un doux rêve! Les seuls vœux que l'on puisse se faire, c'est que chacun, dans sa situation et son environnement, trouve un "bonheur" par rapport à ses souhaits, en considérant le principe de réalité qui s'impose à nous de par notre société actuelle mais qu'il devient urgent de changer. Très bonne année 2016!

dimanche, 6 décembre 2015

Alain Finkelkraut: Nous vivons la fin de la fin de l'Histoire , Le figaro 21/11/15j

Alain Finkielkraut : « Nous vivons la fin de la fin de l’Histoire » Vincent Tremolet de Villers



LE FIGARO. - Dix mois après les attentats des 7, 8 et 9 janvier, Paris et sa banlieue ont été le théâtre de scènes de guerre. Cent trente personnes sont mortes. On compte des centaines de blessés. Le pays est traumatisé. Le mot « guerre » est sur toutes les lèvres. Quel sentiment prime chez vous : le chagrin, l’inquiétude ou la colère ?

Alain FINKIELKRAUT. - Ce qui domine en moi, c’est l’accablement et même le désespoir. Comme le rappelait dans ces colonnes Jean-Pierre Le Goff, la disparition des grandes idéologies avait pu laisser croire à l’avènement d’un monde unifié et pacifié sous la triple modalité de l’économie de marché, d’Internet et des droits de l’homme. Cette illusion se dissipe brutalement : nous vivons la fin de la fin de l’Histoire. L’Histoire fait son retour dans un pays et sur un continent qui se croyaient définitivement hors d’atteinte. Et cette Histoire n’est pas belle à voir. Ce n’est pas la réalisation triomphale de l’esprit décrite par Hegel. Ce n’est pas le grand récit palpitant de l’émancipation universelle. Ce n’est pas le progrès de l’humanité jusqu’à son accomplissement final. Ce n’est pas, entre guerre d’Espagne et 2e DB, la geste héroïque rêvée par Régis Debray et tant d’autres. Bref, ce n’est pas Madame H. (2), c’est l’Histoire avec une grande hache, qui, au titre de « croisés », d’« impies » ou d’« idolâtres », peut nous faucher n’importe où, à tout moment, quels que soient notre âge, notre sexe, notre profession ou notre appartenance. Les spectateurs du Bataclan et les clients de La Bonne Bière, de La Belle Équipe, du Carillon et du Petit Cambodge ne portaient pas d’uniforme. Ils ne militaient pour aucune cause, ils ne remplissaient aucun mandat. Ils buvaient un coup, ils partageaient un repas, ils écoutaient un concert : ils ont pourtant été tués. Nous avons beau vivre en démocratie, le totalitarisme de l’Histoire est désormais notre lot. Totalitarisme, en effet, car, loin d’accoucher de la liberté, la violence qui se déchaîne est une calamité sans échappatoire, un fléau auquel personne n’est libre de se soustraire. Envolée comme promesse, l’Histoire ressurgit comme destin et nous dépouille pour longtemps de notre droit à l’insouciance. Pour résumer le bonheur parfait, les Juifs d’Europe centrale disaient : « Wie Gott in Frankreich. » Selon Saul Bellow, cette expression signifie que « Dieu serait parfaitement heureux en France parce qu’il ne serait pas dérangé par les prières, rites, bénédictions et demandes d’interprétation de délicates questions diététiques. Environné d’incroyants, Lui aussi pourrait se détendre le soir venu tout comme des milliers de Parisiens dans leur café préféré. Peu de choses sont plus agréables, plus civilisées qu’une terrasse tranquille au crépuscule. » Paris était « la ville sainte de la laïcité », mais les massacres du 13 novembre ont fait le malheur de Dieu.

Une rhétorique antiterroriste rythme les discours de nos gouvernants et de nos politiques. Notre ennemi, c’est le terrorisme ?

Nous avons voulu, avec l’Union européenne, instaurer le règne de la paix perpétuelle. Notre grand rêve helvétique se fracasse aujourd’hui sur la réalité de l’islamisme. De la haine qu’il nous voue, cet ennemi n’a jamais fait mystère. Il joue cartes sur table et pourtant nous avons longtemps refusé de l’identifier. Lâcheté ? Non, mémoire. Du Juif, c’est-à-dire, selon l’expression de Jankélévitch, de l’Autre indiscernable, de l’Autre imperceptiblement Autre, Hitler avait fait l’ennemi, et même l’ennemi absolu. Pour ne pas récidiver, le parti intellectuel composé aujourd’hui d’universitaires, de journalistes et de personnalités du show-biz en appelle, quand surgit l’ennemi, au respect de l’Autre. Dans l’Europe posthitlérienne, l’antiracisme tient lieu de vision du monde et on expie le fait d’avoir pris l’Autre pour l’ennemi en prenant l’ennemi pour l’Autre. Ce contresens fatal a survécu au 11 janvier. Survivra-t-il au traumatisme du 13 novembre ? C’est toute la question.

Avant le 13 novembre, le débat intellectuel était très tendu. L’unité nationale est-elle possible chez les intellectuels ?

Les semaines qui ont précédé le carnage ont été occupées par une campagne de presse assourdissante contre les « néoréacs ». Les éditorialistes dressaient des listes. Des historiens, des sociologues, des philosophes, des « humoristes » même s’inquiétaient des risques de contamination et préconisaient la plus extrême vigilance. Ma tête était mise à prix pour ce crime : nommer l’ennemi au lieu de dénoncer les humiliations infligées à l’Autre et de faire le procès du Même (c’est-à-dire de l’identité nationale). Contre cette pensée « nauséabonde » et « putride », L’Obs a battu le rappel des nouveaux intellos de gauche et promis sur une pastille jaune (oui, jaune !) en couverture « 0 % de Finkielkraut, Zemmour et les autres », et Alain Badiou, sur le site de ce journal où soufflait naguère l’esprit d’Albert Camus, a expliqué le plus sérieusement du monde qu’il ne pouvait se rendre à mon émission « Répliques » (où je l’avais invité pour le mois de janvier prochain) du fait du « devenir central » dans ma pensée « du concept néonazi d’État ethnique ». Le fils d’un rescapé d’Auschwitz nazifié alors qu’il puise son inspiration dans l’œuvre de Péguy et non dans celle de Barrès ou de Vacher de Lapouge ! Cette impudence témoigne de la férocité de l’idéologie aujourd’hui en France. Démentie par les faits, elle se jette sauvagement sur celui qui les rapporte. On préfère anéantir le messager plutôt que d’entendre un message qui oblige à voir la réalité et à penser autrement.

Voir la réalité, n’est-ce pas résister à la tentation de l’amalgame ?

Par la multiplication des attentats, l’État islamique veut provoquer des lynchages, des attaques de mosquées, des agressions contre les femmes voilées et déclencher ainsi une guerre civile. Ce serait donc tomber dans le piège mortel qu’il nous tend que d’incriminer l’ensemble des musulmans de France. Nombre d’entre eux se sentent pris en otages par les barbares. L’islamisme n’est pas tout l’islam, loin s’en faut. Mais ce n’est pas non plus un phénomène marginal ni une création de l’Occident. Nous n’avons pas, par nos politiques néocoloniales, nos guerres impérialistes et nos pratiques discriminatoires, enfanté ce monstre. Nous ne payons pas pour nos crimes. L’obligation du djihad, rappelle Bernard Lewis, se fonde sur l’universalité de la révélation musulmane : « Cette obligation n’a de limite ni dans le temps ni dans l’espace. Elle doit durer jusqu’à ce que le monde entier ait rallié la foi musulmane ou se soit soumis à l’autorité de l’État islamique. Jusqu’à ce moment, le monde est partagé en deux : la maison de l’islam et la maison de la guerre. Entre les deux existe un état de guerre moralement nécessaire, juridiquement et religieusement obligatoire jusqu’au triomphe final et inévitable de l’islam sur l’incroyance. » Bref, le djihad n’est pas un retour de bâton, c’est un projet de conquête. L’Occident doit se défaire de la croyance mégalomaniaque que, pour le meilleur et pour le pire, c’est toujours lui qui mène le bal. Il faut en finir avec l’ethnocentrisme de la mauvaise conscience. Les islamistes ne sont pas des corollaires, ce sont des sujets historiques à part entière. Aujourd’hui l’État islamique a une adresse. Le califat n’est plus un rêve mais un lieu. On peut donc et on doit répondre par la guerre à la terreur qu’il répand. Daech constitue une menace pour le monde entier. Mais ce n’est pas en bombardant Raqqa qu’on réglera le problème posé par la sécession culturelle à Molenbeek et dans de nombreuses cités françaises ou par la montée de l’intégrisme religieux jusque chez les chauffeurs de bus de la RATP.

Sommes-nous prêts pour cette longue lutte ?

Lutter contre l’islamisme, c’est se donner les moyens de reprendre les territoires perdus de la nation en reconstruisant l’école républicaine abêtie, abîmée et même saccagée par un demi-siècle de réformes démagogiques et en maîtrisant les flux migratoires, car plus il y a d’immigrés venus du monde arabo-musulman, plus la communauté nationale se fragmente et plus se développe la propagande radicale. Mais est-il encore temps ?

Dans votre dernier ouvrage, La Seule Exactitude (Stock), vous méditez sur le sursaut du 11 janvier, les espérances et les déceptions que cette marche a pu faire naître. S’agit-il désormais d’histoire ancienne ?

L’esprit du 11 janvier était un leurre. Mon seul et fragile espoir est que le 13 novembre nous ait enfin ouvert les yeux.

(1) « La Seule Exactitude » (Stock). 20 €.

(2) Titre du dernier ouvrage de Régis Debray consacré à la disparition de l’Histoire.

dimanche, 15 novembre 2015

Nous sommes en guerre!

Nous sommes en guerre sur le terrain au Proche Orient contre daech ; mais nous sommes aussi en guerre sur le sol de la République contre daech et ses relais locaux. Depuis des années, une minorité salafiste extrémiste infiltre certaines mosquées et quartiers. Le gouvernement, les RG, l'administration nationale et territoriale, l'armée, la police , TOUT LE MONDE le sait !

Va-t-on continuer à « faire l'ange » et brandir les Droits de l'Homme et autres principes fondamentaux de l' histoire de notre pays alors qu'aujourd'hui le principal droit pour un citoyen est de vivre et vivre en paix !

N'oublions pas que nous sommes en 2015, à l'ère d'internet et que nos ennemis utilisent les armes de notre temps alors que nous en sommes encore à pérorer sur les grands principes de l'humanité.

Peut-on encore accepter certains prêches ou conférences, peut-on encore accepter certains quartiers où la police ne se rend pas, peut-on encore accepter de vider les prisons?

L'union nationale n'est pas la faiblesse nationale ; la lutte contre la barbarie et les extrémistes doit parfois utiliser les mêmes armes que celles utilisées par nos ennemis. Les attaques par drônes, malgré les dommages collatéraux qui posent question permettent d'éviter à nos soldats de perdre la vie . Les attentats d'hier n'ont touché que des innocents et n'oublions pas aussi leur famille.

Mais arrêtons de nous voiler la face derrière la laïcité, le vivre ensemble, l'islamophobie. Une réalité est certaine : daech veut anéantir l'occident, décadent pour lui et utilise toutes les armes en sa possession, sans aucun scrupule, retenue, modération. Peut-être devrions nous changer de méthode et de type de réponse ? Peut-être la communauté musulmane modérée devrait elle-même s'impliquer en fonction de ses possibilités dans cette lutte ?

Il faut en même temps que l'Europe, concernée par cette guerre mette en place rapidement une riposte commune mais aussi et surtout une politique commune au Proche-Orient. En politique internationale le principe de réalité est parfois nécessaire.

Enfin il devient indispensable que nos gouvernants se penchent, non pas de façon partisane et avec une posture politique sur les ghettos et communautés qu'ils ont laissé se constituer depuis des décennies, sans travail et sans avenir, vivier de ces « combattants » qui ne reconnaissent ni foi, ni loi, ni leur famille, ni leur pays et sont totalement manipulés.

L'Europe "a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre".

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