lundi, 21 décembre 2020

Comment l'épidémie redessine le monde Les Echos Dominique Moisi 20 12 2020

Le Covid-19 agit sur notre santé, mais c'est aussi un accélérateur de l'Histoire de première ampleur. Si l'épidémie est venue de Chine, elle a également mis au premier plan l'Asie dans sa capacité à endiguer ce nouveau fléau. Elle a à la fois meurtri l'Europe tout en donnant un coup d'accélérateur à l'intégration des 27 pays de l'Union comme jamais auparavant.

(Olivier Matthys/AFP) Par Dominique Moïsi Publié le 20 déc. 2020 à 12:36

Quel premier bilan géopolitique peut-on tirer de l'année 2020 ? Sur un plan symbolique, la délocalisation du Forum économique mondial de Davos à Singapour en janvier 2021 apparaît comme un parfait résumé de l'impact du Covid-19 sur les nouveaux équilibres du monde. Le Forum s'est délocalisé à deux reprises dans son histoire. La première fois, en janvier 2002, ce fut au lendemain des attentats du 11 Septembre. Il fallait faire preuve de compassion à l'égard de New York. Mais Davos à Wall Street, n'était-ce pas aussi la célébration du capitalisme occidental, à la veille de sa remise en question ? Confiance en l'Asie

En janvier, se délocalisant à Singapour cette fois, le Forum envoie un message fort de confiance en l'Asie qui va au-delà de la cité-Etat à la réussite éclatante, dirigée pendant longtemps par un philosophe-roi, Lee Kuan Yew. De fait, à travers Singapour, c'est toute l'Asie qui se trouve ainsi désignée comme source d'espoir, sinon comme refuge du capitalisme et de la mondialisation. A l'heure du Covid-19, la Suisse, tout comme l'Europe et même le monde occidental dans son ensemble, est tout simplement devenue trop dangereuse pour les organisateurs du Forum. Les participants - on peut penser qu'ils seront moins nombreux cette année - vont ainsi échanger un monde trop froid dehors et trop chaud dedans (Davos), pour un environnement trop froid dedans, du fait de la climatisation, et trop chaud et humide dehors (Singapour).

En cette fin d'année 2020, cette délocalisation de Davos ne fait que confirmer l'hypothèse géopolitique faite au début de la pandémie. Le Covid-19 apparaît bien comme un accélérateur de l'Histoire de première ampleur. Et cette accélération pourrait être vertigineuse si le vaccin ne donnait pas les résultats espérés ou, tout simplement, si la « vie presque normale » ne reprenait pas son cours dans des « délais raisonnables », c'est-à-dire à l'automne 2021. Tous ceux qui voulaient minimiser l'importance de l'épidémie, parlaient d'elle comme d'une petite grippe, et dénonçaient les restrictions de libertés imposées comme excessivement protectrices et liberticides, se sont tout simplement lourdement trompés. Certains jours aux Etats-Unis, le bilan quotidien des décès dus au Covid-19 dépasse largement ceux du 11 Septembre 2001 ou de Pearl Harbor en décembre 1941 .

L'épidémie est bien un événement considérable, même sur le plan géopolitique, mais ses enseignements multiples sont contradictoires. Digue ultime

Sans le Covid-19, Trump aurait-il été défait par Biden, fermant ainsi (au moins pour quatre ans) une parenthèse dangereuse pour la démocratie ? Il est légitime de se poser la question. Le virus - en faisant la démonstration des limites des populismes au pouvoir - a pu être une forme de digue ultime pour la démocratie. Mais n'a-t-il pas aussi constitué un révélateur des faiblesses du modèle démocratique ? Pour les Chinois, l'épidémie a apporté la preuve décisive de la supériorité des modèles autoritaires centralisés sur un modèle démocratique décadent, inadapté aux réalités nouvelles du monde.

On retrouve cette contradiction sur la question de la mondialisation. Le virus n'est-il pas en lui-même, après le terrorisme bien sûr, l'expression de la face noire de la mondialisation ? Il est global et ne connaît pas de frontières. Au moment même où il démontrait toute la vacuité des tentations protectionnistes, le Covid-19 ne faisait que renforcer les tendances au nationalisme et au repli sur soi. Il est clair que l'on ne peut se sauver seul, mais la tentation en est grande et spontanée. En Europe, le début de l'épidémie s'est traduit par une montée d'égoïsmes nationaux dont la première victime fut l'Italie. Sa solitude initiale laissera-t-elle des traces dans la psyché des Italiens et dans leur rapport à l'Europe ? A l'inverse, avec le temps, l'épidémie a poussé les pays de l'Union, tout particulièrement l'Allemagne, à dépasser leurs réticences culturelles à l'égard de l'endettement . C'est le deuxième paradoxe du Covid-19. Du fait de l'épidémie, il y a peut-être un peu moins d'Europe dans le monde, et plus d'Asie. Mais il y a plus d'Europe en Europe même, plus de solidarité, plus d'intégration.

Menace invisible mais bien réelle, l'épidémie a contraint les Européens au dépassement. La futilité du Brexit

A l'inverse de cette intégration croissante, un double processus de désintégration s'est accéléré du fait de la pandémie. Au niveau économique, les inégalités de richesse - et plus profondément encore des conditions de vie face à l'épidémie - se sont aggravées en dépit des efforts accomplis par les Etats. L'explosion de la pauvreté constitue la plus grave menace à la stabilité du monde .

Cette aggravation des disparités économiques et sociales a pour équivalent sur le plan intellectuel et politique une polarisation des esprits. Tout se passe comme si les divergences de vues sur la pandémie confortaient les fossés existant déjà, à l'intérieur des pays tout autant qu'entre pays.

L'année 2020 restera pour le monde ce qu'a été l'année 1997 pour la Grande-Bretagne : une « annus horribilis », pour des raisons sanitaires tout autant qu'économiques. Pour compléter ce catalogue de doute et d'incertitude, il conviendrait d'ajouter le « triomphe de la futilité » avec le Brexit , qu'il se conclut avec ou sans accord. En pleine épidémie de Covid-19, la revendication britannique de souveraineté apparaît plus que jamais « hors sujet ». Comment lui consacrer tant d'énergie, alors même que les priorités de la Grande-Bretagne et de l'Union Européenne sont d'une tout autre nature ?

Enfin, il faut saluer avec distance et réserve, mais aussi - soyons bons joueurs - avec objectivité, le « triomphe » de la diplomatie transactionnelle de Donald Trump au Moyen-Orient et au Maghreb. La normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël se fait certes au détriment du Front Polisario et des Palestiniens, mais les cartes ont pour la première fois bougé sur l'échiquier.

Hasard du calendrier, en cette année 2020, on célébrait le 250e anniversaire de la naissance de Beethoven. L'énergie de sa musique nous a confortés au moment où la multiplication des interrogations introduisait le doute en nous.

C'est qu'avec le temps le Covid-19 est devenu comme la métaphore, sinon le résumé, d'un monde que l'on ne comprend pas plus que la maladie elle-même.

Dominique Moisi est conseiller spécial à l'Institut Montaigne.

jeudi, 15 octobre 2020

Mois ,les hommes je aimes! (Le figaro 14 10 2020)

Moi, les hommes, je les aime ! La sexologue et essayiste* répond aux livres d’Alice Coffin et de Pauline Harmange, qui font l’apologie de la détestation des hommes. Forte de son expérience de thérapeute, elle éclaire la complexité des relations entre les sexes. Hargot, Thérèse

Oui, tous. Je veux le clamer haut et fort. Moi, les hommes, je les aime ! Je ne vous parle pas de certains hommes, de mon père, mes quatre frères, mes amis, mes deux fils, ni de l’amour de ma vie. D’ailleurs, je ne suis pas de celles qui auraient eu une enfance merveilleuse peuplée d’hommes admirables, ce qui justifierait, peut-être, une telle déclaration en pleine guerre des sexes. J’avouerais même avoir été profondément déçue par eux, et l’être encore souvent aujourd’hui. Et pourtant, je veux déclarer publiquement mon amour pour les hommes, les hommes en général. J’aime la gent masculine, j’aime le masculin. Les hommes me sont indispensables, je ne souhaite en aucun cas me passer de leur présence, de leur regard, de leur amour, de leur corps. Ni de leurs livres, leurs films, leurs musiques.

Les hommes nous donnent beaucoup de raisons de les aimer.

Prenons par exemple ce que l’on nomme souvent l’« égoïsme masculin » qui s’évalue désormais au travers d’une notion sociologique imposée par les féministes : « la charge mentale », ce « poids psychologique » que représente l’ensemble des tâches domestiques et éducatives, reposant principalement sur les femmes. J’aime les hommes parce qu’ils sont capables de dire « J’ai pas envie », et de ne pas le faire. D’abord, c’est vrai, ça m’a révoltée. « Moi non plus, j’ai pas envie de faire les machines, les repas, les courses. On s’en fiche de nos envies, tu entends ça ? On doit le faire, c’est tout. Et il faut bien que quelqu’un s’y colle ! », ai-je pu si souvent crier. Jusqu’au jour où j’ai compris la raison de mon énervement : ils s’autorisent ce que je ne m’étais jamais autorisé à faire, m’écouter, vivre mes envies. Quitte à dépérir intérieurement, quitte à m’épuiser littéralement. Imaginer ce que les autres attendaient de moi, imaginer ce qui leur ferait plaisir, imaginer ce qu’il serait bien moralement de faire et m’y conformer, pour tout ça, j’excellais. Dans les faits, j’attendais toujours un « merci », un « tu es formidable » et de mes enfants, un « tu es une super maman ». Je me pensais généreuse, dans le don de moi-même, « femme-courage », « femme-dévouée », « femme-aimante », alors que j’étais totalement centrée sur ma quête de reconnaissance, mon besoin de validation : « Dites-le que je suis quelqu’un d’aimable ! », parce que dans le fond, la seule à en douter, c’était moi. « Si tu changes, si tu t’investis davantage dans les tâches ménagères, si tu me remercies et si tu reconnais tout ce que je fais pour nous, alors moi j’irai mieux », penser cela était mon erreur.

Vivre avec un homme à l’état d’esprit différent du mien m’a permis de comprendre que le changement, c’est à moi de l’opérer. C’est à moi d’arrêter de culpabiliser, à moi de lâcher-prise, à moi d’accepter l’imperfection, à moi de me rassurer quant au fait que je suis aimable. En vérité, la « charge mentale », c’est une création de l’esprit dont souffrent les femmes « control freak », angoissées par l’idée de mal-faire, ne supportant pas que les choses soient faites autrement qu’elles les avaient pensées, empêtrées dans leur besoin de réassurance narcissique empêchant, de ce fait, à l’homme de s’investir à part égale dans le foyer. e n’est pas une création d’un patriarcat, le problème n’est pas chez les hommes, il est à résoudre chez les femmes.

Prenons, pour autre exemple, le rapport des hommes à la sexualité, qu’il est devenu commun d’appréhender, quant à lui, au travers des « violences sexuelles ». Je passe mes journées à écouter la vie sexuelle des Français dans le cadre de mes consultations et, depuis mon poste d’observation, mon amour pour les hommes ne cesse de grandir. Ce que l’on dit d’eux est faux. Premièrement, les garçons sont aussi nombreux que les filles à avoir été victimes d’agressions sexuelles alors qu’ils étaient mineurs, sans compter l’exposition massive bien qu’illégale de la quasi-totalité des garçons à la pornographie, souvent dès l’enfance, et qui conduit aux mêmes conséquences psychologiques, relationnelles et sexuelles désastreuses. Les corps, les cœurs, les imaginaires des hommes sont aussi blessés, voire certainement plus encore que ceux des femmes.

Deuxièmement, la sexualité masculine est considérablement plus psychologique que nos mères et nos éducatrices n’ont cessé de nous le faire croire : « Les garçons ne pensent qu’à ça, eux ! », « Ils ont besoin de ça, eux ». Ce sont des femmes qui perpétuent des idées fausses sur la sexualité masculine et des stéréotypes sexistes qui bloquent l’évolution de la sexualité au sein des couples. Leur besoin de tendresse, de sensualité, d’amour est aussi important que celui des femmes. Troisièmement, les hommes souffrent d’être sans cesse sollicités sexuellement par la publicité pour provoquer l’acte d’achat nécessaire à la société de consommation. Biberonnés à la culture porno, ils sont parfois rendus esclaves de leurs pulsions sexuelles. C’est un fait. Un fait qui n’excuse en rien leurs comportements irrespectueux. Seulement, les hommes ne sont pas des « porcs », certains le deviennent.

Je pourrais vous parler de mauvaise foi, de paresse, de médiocrité, d’humour vulgaire, d’orgueil, de volonté de puissance, de violence… Les hommes sont des êtres fondamentalement imparfaits, c’est indéniable. Et voilà pourquoi ils sont infiniment aimables. Ceux qui se targuent d’embrasser la cause féministe, ce sont des hypocrites. Moi, les hommes imparfaits, je les aime ! C’est leur humanité que j’aime car elle me permet d’accueillir la mienne. Sur ce terrain-là, nous sommes parfaitement égaux.

Le problème fondamental des féministes postmodernes est de penser que les hommes sont responsables de la souffrance des femmes et de leur situation au sein de la société. Chacun de leurs défauts ou graves manquements au respect des femmes est alors monté en épingle pour prouver leur culpabilité. Elles se pensent victimes d’une domination masculine et agissent en fonction de cette grille de lecture manichéenne, infantile. Dire « Les hommes tuent les femmes. Sans relâche. Ils les violent. Sans cesse. Ils les agressent, les harcèlent, les enferment, les exploitent » et placarder dans la ville « Papa a tué maman » est à la fois une généralisation mensongère et une stratégie perdante.

Le féminisme revanchard, vengeur et justicier nous condamne à percevoir dangereusement les relations entre les hommes et les femmes, à être en perpétuelle alerte. Et la peur, justement, provoque l’agressivité. Ce pseudo-féminisme ne produit rien d’autre qu’une surenchère de violence. La vengeance ne résout rien, jamais. C’est pourquoi la justice existe.

C’est à chacune et à chacun que revient la responsabilité de son bonheur. Les femmes ne s’aiment pas assez, voilà pourquoi elles éprouvent tant de ressentiments envers les hommes. Le changement, c’est d’abord en soi-même qu’il faut l’opérer pour l’incarner. « Nous ne pourrons pas corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur, que nous n’ayons d’abord corrigé en nous », disait Etty Hillesum : les hommes nous suivront. Car être adulte, c’est quitter sa posture de petite fille, celle de dépendante affective, de victime, de donneuse de leçon, de rebelle. Nul besoin de rabaisser l’autre pour trouver sa juste place, il suffit d’avoir confiance en soi. Être adulte, c’est admettre la différence et y voir une opportunité de croissance. L’acceptation de l’altérité, c’est elle qui permettra à l’amour d’exister et la guerre des sexes de cesser, enfin.

  • Auteur de plusieurs ouvrages, Thérèse Hargot a notamment publié « Qu’est-ce qui pourrait sauver l’amour » (Albin Michel, 2020, 208 p., 17,90 €).

THÉRÈSE HARGOT

lundi, 18 mai 2020

Plan Marshall/plan Europe 2020

A la fin de la deuxième guerre mondiale, le plan Marshall déployé par les Etats Unis pour aider l'Europe à se relever ne s'est pas posé la question de savoir qui avait été "vertueux" ou pas. Pour l'Europe 2020, peut être serait-il bon de s'en souvenir....

mercredi, 22 avril 2020

« Méfions-nous du doux despote qui veut nous protéger de la mort à tout prix » le Figaro 21 04 2020 débats

« Méfions-nous du doux despote qui veut nous protéger de la mort à tout prix » Mitchell, Joshua (Laure Mandeville)

LE FIGARO. - Vous soupesez les risques, dans un récent article, de la distanciation sociale, et vous vous demandez si la démocratie survivra à une pratique qui touche désormais plus de 3 milliards d’individus. Que craignez-vous ?

Joshua MITCHELL.-Nous avons aujourd’hui une notion très parcellaire de ce qu’est la démocratie. Nous disons qu’une nation est démocratique si le vote est conduit de manière équitable et juste, et si les gens sont représentés. Mais le vote et la représentation, aussi importants soient-ils, ne sont pas suffisants pour assurer la bonne santé de la démocratie. Il doit y avoir un esprit de la démocratie, qui ne peut être développé et maintenu que si les citoyens, dans leurs vies quotidiennes, travaillent chaque jour à construire un monde avec leurs compatriotes. La « distanciation sociale » est de ce point de vue le grand ennemi de l’esprit de la démocratie. Je comprends le besoin immédiat de « distanciation sociale », pour empêcher le coronavirus de se propager, mais n’oublions pas que la « distanciation sociale » est un virus politique qui tue l’esprit de la démocratie.

La perspective de la mort, écrivez-vous, pourrait nous mener à nous retirer en notre propre monde, et à nous appuyer, par le télétravail, les réseaux sociaux et l’isolement, sur le « despotisme doux » de l’État, que Tocqueville redoutait. Devons-nous relire Tocqueville pour comprendre les défis du Coronavirus ?

J’ai étudié et écrit sur l’œuvre d’Alexis de Tocqueville toute ma vie professionnelle - c’est-à-dire à peu près quarante ans. C’est l’un des esprits les plus clairvoyants du XIXe siècle. Pour comprendre la sorte de tyrannie que nous devons craindre pour le futur, lisez ce qu’il a écrit en 1840, dans De la démocratie en Amérique. Sa prédiction était incroyablement prophétique. Il avait compris qu’avec l’effondrement de l’âge aristocratique, les rôles sociaux qui nous étaient assignés et nos obligations par rapport aux autres, allaient disparaître, et qu’il y aurait de moins en moins de liens susceptibles de nous relier les uns aux autres. Il avait deviné que nous serions hantés par la solitude et que nous rechercherions le soutien du seul pouvoir visible, l’État, pour nos besoins. En Europe, les citoyens tournent notamment leurs regards vers l’Union européenne, qui leur promet la sécurité économique et aussi l’autosatisfaction de « la fin de l’Histoire ». C’est « le despotisme sous un autre nom » (pour paraphraser Tocqueville), il ne soumet pas et ne démoralise pas en portant atteinte à notre corps ; il s’en prend directement à notre âme - en promettant la sécurité physique et en encourageant le divertissement incessant pour nous distraire de l’ennui et de l’anxiété. Mais cet État, ou ce super-État, fait autre chose, que Tocqueville n’avait pas anticipé : il nous soulage de la dette irremboursable que tant d’Occidentaux ressentent à cause de leur histoire nationale. Il leur dit, venez à moi, renoncez à vos nations, et en échange, je vous donnerai la paix de l’esprit. En achetant cette paix que le christianisme aurait pu offrir à travers la notion de pardon, mais qu’il ne peut fournir aujourd’hui (parce qu’il n’est plus en vogue), les citoyens renoncent à leur chance de construire un monde national ensemble et regardent vers le haut, au lieu de regarder vers leur voisin.

Vous craignez la disparition des interactions directes, mais les réseaux sociaux ne nous fournissent-ils pas temporairement des possibilités d’interactions salutaires en ce temps d’isolement forcé ?

Les amis des réseaux sociaux sont des suppléments à l’amitié authentique, pas des substituts. Pour comprendre ce qu’ils peuvent faire ou ne pas faire, pensez à la relation entre un repas et des vitamines. Les vitamines peuvent compléter un repas, mais elles ne peuvent s’y substituer. Aujourd’hui, alors que nous vivons toujours dans le souvenir des interactions de la vraie vie dans nos esprits et nos cœurs, les réseaux sociaux apparaissent comme une vraie chance. Mais si nous continuons sur ce chemin de la distanciation trop longtemps, nous tomberons malades. L’homme se renforce avec des compléments, mais meurt s’il en fait des substituts. Les réseaux sociaux - c’est-à-dire la vie vécue de manière digitale, ne peut se substituer à la vie qui se vit sur le sol, dans le monde humain que nous construisons ensemble en temps réel.

L’un des aspects menaçants du gentil despote dont vous parlez est sa propension à utiliser l’intelligence artificielle pour surveiller ses citoyens au nom du combat contre la pandémie. En Asie, les gens semblent prêts à accepter l’abandon de leur vie privée à cette fin. La puissance montante de l’État de surveillance pourrait-elle être une conséquence durable de la crise ?

C’est une question difficile, non pas parce que la réponse est difficile à trouver, mais parce que la réponse que je vais y donner est difficile à accepter. Je ne peux parler de manière informée de ce qui se passe en Asie. Mes observations ont plutôt trait à l’Europe et au monde anglo-saxon. Ce qui est remarquable est la rapidité avec laquelle notre attention a été reportée sur la pandémie du coronavirus et à quel point nous avons volontairement abandonné toutes nos libertés, afin d’empêcher la mort d’entrer dans nos maisons. On nous dit que le virus met plusieurs semaines à incuber, qu’il est mortel, et que pour cette raison nous devons transformer notre monde, et user de toutes les ressources technologiques, y compris la surveillance de l’intelligence artificielle, pour nous protéger. Mais imaginez le scénario suivant : nous découvrons qu’il existe un virus qui prend 70 ans à incuber, et qui est 100 % mortel. Transformerions-nous complètement notre monde pour tenir la mort à distance ? Vous avez peut-être anticipé où je veux en venir. Chaque être humain qui a vécu a contracté ce virus. C’est notre « destin de mortel ». Nous acceptons cette mortalité. Nous ne devons pas la braver inutilement, nous devons chérir la vie qui est un don, mais ce n’est pas la valeur suprême. Si c’était le cas, nous ferions ce que nous sommes en train de faire face au Covid-19, et plus, pour garder la mort hors de nos maisons. Or il y a d’autres choses, auxquelles nous avons la chance de contribuer, parfois de belle manière, même si nous avons tous contracté « le virus de 70 ans ». Nous venons au monde et nous périssons, mais nous passons quelque chose à nos enfants, en sus de la malédiction du virus de 70 ans. Sinon, il n’y aurait ni civilisation, ni enfants. C’est ce qui me préoccupe. Nous sommes si effrayés par la mort aujourd’hui, que nous sommes prêts à tout, oui à tout, pour l’écarter. Même à renoncer à la civilisation que des centaines de générations qui sont venues avant nous - et qui avaient toutes contracté le virus de 70 ans, avaient construite, alors même qu’elles savaient qu’elles allaient mourir. Peut-être la meilleure réflexion du XXe siècle sur ce thème peut-elle être trouvée dans les dernières pages du Meilleur des mondes, le roman d’Aldous Huxley écrit en 1931. La conversation se déroule entre le contrôleur du monde, Mustapha Mond, et John Savage, un outsider qui rejette la société globale administrée que Mustapha Mond contrôle. Mond lui explique en termes clairs que s’il veut la liberté, l’amitié, l’amour et des enfants, il devra aussi vivre avec la douleur et la mort. Laissez-moi répéter ce que je vous ai dit, car je ne veux pas être mal compris. Je ne propose pas que nous acceptions la mort par le coronavirus et que nous agissions imprudemment face à ce danger. Je propose plutôt que dans tout ce que nous ferons, demain, et dans le futur plus lointain, nous agissions sans oublier que nous avons déjà contracté le virus de 70 ans. Je suppose, sans pouvoir le prouver, que cela nous permettra de penser plus clairement à la mort que nous ne pourrons éviter en nous mettant en quarantaine, et de mieux vivre dans l’intérim.

N’est-il pas trop tôt pour s’inquiéter de l’émergence d’un État trop envahissant ? En Europe, nous en sommes plutôt à critiquer la faiblesse et le manque de vision des gouvernements qui avaient sacrifié les responsabilités stratégiques qui relèvent des États au nom du commerce. Les États ne devraient-ils pas récupérer les pouvoirs et responsabilités qu’ils avaient abandonnés à un marché devenu fou ?

Quand Tocqueville écrivait en 1840, la plus grande entité qu’il puisse envisager était l’État-nation. Mais aujourd’hui, beaucoup de personnes, sur la gauche du spectre politique rêvent d’un État supranational, qu’il s’agisse de l’Union européenne ou de quelque chose de plus large encore, peu discernable à l’horizon, qui pourrait gérer et coordonner les vies de tous les habitants de la planète. Je pense que si Tocqueville était de retour, il dirait sans se contredire, que l’homme a besoin d’une maison, et que la plus grande maison que nous puissions avoir est l’État-nation. Il ajouterait immédiatement que l’État doit développer des arrangements fédéraux, afin que les citoyens puissent construire leur monde au plan local. Si les citoyens reçoivent une part de la gestion de la « cité », même modeste, ils aimeront leur nation de manière saine. Depuis 1989, nous avons trop renoncé à l’État-nation, dans l’espoir qu’un super-État nous sauverait. Cela signifie que les muscles des États-nations sont terriblement atrophiés. Or la catastrophe actuelle nous montre que nos États, pas l’Union européenne, sont en première ligne pour tenter désespérément de faire face. Le problème, comme vous le notez, est bien plus large que la pandémie actuelle. Les grandes corporations aiment le globalisme, qui affaiblit le seul mécanisme capable de contenir leur pouvoir, c’est-à-dire l’État. Adam Smith, dont le grand classique, La Richesse des nations, est souvent présenté comme la justification du capitalisme global, avait écrit sur ce sujet, même si peu de gens connaissent ce passage de son ouvrage. Sans État, pas de capitalisme, expliquait-il. L’État doit accomplir un certain nombre de missions, pour que le capitalisme fonctionne correctement. Il est temps que nous nous souvenions de cette leçon.

Dans un article récent, qui devrait provoquer la polémique, le penseur catholique américain Rusty Reno critique le « sentimentalisme » qui place la vie au centre de tout. Il estime qu’il y a des choses plus précieuses que la vie physique, comme l’honneur ou la justice, et se dit horrifié que les prêtres ne puissent visiter les malades et consoler ceux qui pleurent leurs morts pendant le coronavirus. Pour lui, il y a un aspect diabolique dans cette attitude qui, en voulant sauver des vies à n’importe quel prix, finit par nous priver de notre courage. Si on peut comprendre son point de vue, n’y a-t-il pas aussi de la noblesse à vouloir faire des anciens et des personnes fragiles une priorité ?

Je connais Rusty Reno et j’ai un immense respect pour lui. Ce qu’il a écrit devait être dit, et personne ne l’a fait avant lui. La vie n’est pas la valeur suprême. Si elle ne l’est pas, cela signifie qu’il n’y a pas de choix moraux faciles. Nos parents ont besoin de nous. Allons-nous les laisser mourir seuls, surtout s’ils veulent recevoir les derniers sacrements ? Les prêtres prononcent des vœux. Leurs vœux présupposent que la mort éternelle doit être crainte beaucoup plus que la mort humaine. Ont-ils reculé face à la mort, pendant les guerres et les épidémies, pendant les 1 800 ans qui ont suivi l’installation du christianisme comme religion de l’Empire romain par Constantin ? Je ne suggère pas que cette considération soit la seule que l’Église doive prendre en compte. Mais je pense qu’elle doit l’avoir en tête. Sinon, elle cesse d’être l’Église.

L’approche de Reno, bien que ses motivations soient morales et non économiques, fait écho au dilemme que Donald Trump met sur la table, quand il suggère que nous devrions retourner au travail, même si cela signifie un grand nombre de morts. Le fil commun est que la vie n’est pas la valeur ultime. Mais cela est difficile à avaler, surtout dans des sociétés qui sont habituées à l’idée de la jeunesse éternelle, voire de la quasi-immortalité (avec le rêve technologique de l’homme agrandi).

Rusty Reno pense en termes moraux. Le débat économique croise l’argument moral, mais ce n’est pas la même chose. L’argumentation économique du président est influencée par un chercheur nommé Richard Epstein, qui a été l’un des pionniers du mouvement « Droit et économie ». Il a étudié à l’université de Chicago, enseigne aujourd’hui à la faculté de droit de l’université de New York, et a écrit récemment un article publié par la Hoover Institution. La Maison-Blanche a été très influencée par ce texte. L’argument central en est que les gens meurent tout le temps de tas de causes, et que pour peser de manière appropriée les décisions d’une quarantaine globale pour cause de coronavirus, vous devez prendre en compte le nombre de vies additionnelles que vous allez perdre par suicide, réallocation des ressources hospitalières, ou en raison de la pauvreté que l’effondrement de l’économie mondiale pourrait générer… Quand vous faites ce calcul, vous réalisez que « sauver des vies » ne peut simplement signifier que nous ne prêtons attention qu’au coronavirus.

À quoi ressemblera le monde quand nous nous réveillerons de ce cauchemar ?

Les crises semblent toujours révéler un futur qui pourrait aller bien si nous changeons nos manières de faire, ou au contraire, qui pourrait tourner très mal, si nous persistons dans les pathologies dont nous souffrons déjà. Le fait d’être un philosophe politique fait que j’ai passé ma vie à lire les grands auteurs qui nous ont alertés sur la séduction douce de la tyrannie et la difficulté de défendre la liberté. Quand le monde déclare que cette crise est médicale et ignore les implications de la « distanciation sociale », j’ai peur que cette crise ne devienne le prétexte à l’érosion toujours plus grande du monde humain dont nous avons tant besoin - celui des voisins, des amis, des amours, des associations informelles, et de nos nations - au prétexte de repousser la mort. Mon espoir toutefois est que nous émergions de cette crise, avides d’un monde pleinement humain, avec la conscience que pour y vivre et le transmettre à nos enfants, nous nous résignerons à vivre avec la vérité, qui est que nous avons déjà contracté le virus de 70 ans, dont aucune quarantaine ne nous sauvera.■

  • A notamment publié : « Tocqueville in Arabia », Chicago University Press, 2013

lundi, 20 avril 2020

Coronavirus (suite)

Une chose aujourd’hui est sûre, c’est que personne ne sait vraiment où l’on en est.

Que ce soit la Chine qui essaie de réécrire l’histoire, de plus en plus soupçonnée de « mensonges » et en prise avec une nouvelle vague, les USA et les « sorties tweet » de son Président malgré l’augmentation exponentielle du nombre de morts, les européens qui auront réussi à se mettre d’accord sur un plan financier mais qui n’emploient pas les mêmes mots : « guerre », « crise sanitaire », « test d’humanité » et sont encore sur des approches différentes concernant le traitement de cette pandémie (Suède par exemple) et/ou sur le déconfinement, l’Afrique qui risque également d’être fortement touchée....., ce qui est sûr c’est qu’une grande humilité et prudence sont nécessaires.

Où allons nous, quel traitement, quel vaccin, quelles conséquences économique, sociales, humaines… ? Personne n’a la réponse exacte.

La prudence est de mise, le réalisme aussi car n’oublions pas que le cancer, la variole et même la syphilis entrainent plus de morts par an que le covid à ce jour.

Le déconfinement est un pari mondial et d’abord européen en ce qui nous concerne, espérons que les Etast seront à la hauteur et les citoyens suffisamment responsables!

A suivre…..

dimanche, 5 avril 2020

Coronavirus

Nos yeux, nos oreilles, nos pensées n’ont aujourd’hui qu’un seul sujet, ce virus qui parcourt le monde au rythme de notre époque « internet », des contaminés et des morts quotidiens de manière rapide et incontrôlée.

Personne ne sait quand ce rythme effréné s’arrêtera mais il est certain que cela arrivera.

Alors se poseront les vraies questions auquel nous devrons bien répondre :

Pourquoi, que changer, comment, à quelle vitesse/rythme, dans quel but… ?

Le monde entier est affecté que ce soit l’économie, la finance, la santé, l’agriculture, le climat et tous les éléments vitaux, tout ce qui nous fait vivre aujourd’hui ensemble sur la planète terre.

Ce n’est pas la première fois que notre globe terrestre subit de telles catastrophes : la disparition des dinosaures, les épidémies au Moyen âge ou au début du XXème siècle, les tsunamis et feux de forêts récents etc. Mais c’est sans doute la première fois que 7 milliards d’habitants sont confrontés dans le même espace temps à un tel évènement d’une telle amplitude dans un monde si sûr de lui : capable d’explorer Mars mais « démuni » devant un virus.

Toutes les activités humaines sont affectées, des plus petites aux plus grandes, des plus anodines aux plus grands chantiers. L’ensemble des relations internationales sont concernées, les liens diplomatiques distendus, les politiques intérieurs menées au jour le jour par des gouvernants submergés par la vague de peur populaire et la crainte d’un soubresaut anarchiste.

Toute la chaîne d’approvisionnement mondiale devra être revue, l’usine du monde ne doit plus être aussi prégnante sur le commerce mondial, au même titre d’avoir été un incubateur de virus mutants et mortels et cela pour la seconde fois en une décennie ( Sars-cov 1 en 2011 et Sars-cov 2 en 2019).

Sans aucune doute l’Humain devra être la priorité et reprendre la première place. Homo sapiens ne pourra plus vivre dans une société où seul le profit est la clé de ses activités. Il devra réinventer un nouveau monde davantage centré sur une économie écologique, climatique sanitaire et culturelle. Une prise en compte des inégalités mondiales est aussi nécessaire lorsque le bilan sera fait dans les pays dit riches et les pays pauvres.

Il est encore trop tôt pour savoir où nous allons, quand et comment nous sortirons de cette crise, mais ce qui est sûr c’est que si des changements radicaux ne sont pas mis en place par les gouvernants et les peuples eux-mêmes, nous risquons de nouvelles pandémies et catastrophes de plus en plus graves et dévastatrices en vies humaines. Plein d’autres questions devront aussi être soulevées au fur et à mesure que nous sortirons de cet état.

Mais n’oublions jamais que la nature est plus forte que l’homme et qu’elle reprendra toujours sa place ou aura le dernier mot !

A suivre….

dimanche, 19 janvier 2020

Paris chaotique, Paris anarchique

Paris chaotique, Paris anarchique, bravo Mesdames et Messieurs les élus pour ce que vous avez fait ou laissez faire pour cette ville.

Que ce soit la propreté, la circulation, les transports, les manifestations, le logement, les écoles, le vivre ensemble, les clivages, les travaux, les nids de poule, l’endettement...tout cela en grande partie au nom d’une idéologie/démagogie écologique imposée sans concertation et au nom de vos propres intérêts.

Paris 100% vélos, parfait mais commencez à vous l’appliquer à vous-même et abandonnez vos voitures de fonction et chauffeurs.

De ville musée, Paris est devenu un Disneyland, capitale du stress, de la saleté, de la pollution due aux embouteillages, chaotique, anarchique !

Il y a peu de chance que les élections changent quelque chose à cette situation car aucun candidat n’a l’envie, le désir et/ou la possibilité de changer les choses. Tous sont enfermés soit dans leur idéologie soit dans leur faiblesse et divisions.

Les bonnes paroles sont là, mais elle ne valent que pour ceux qui les prononcent.

dimanche, 16 juin 2019

Réflexions parisiennes

Moi, Emmanuel Macron, Président de la République, en ce jour de cérémonie, je dois remonter les Champs-Élysées debout dans ma voiture décapotable. Mon aide de camp me prévient qu’il faut que je m’accroche. En effet depuis quelques temps la plus belle avenue du monde est devenu un champ de bataille et les pavés manquent de plus en plus, donc avec des trous et ou des bosses à droite et à gauche. Il essaye de me rassurer en me disant que j’ai la chance d’avoir une voiture avec une bonne suspension mais que pour les sabots des chevaux et les gendarmes qui m’accompagnent à moto c’est encore plus dangereux.

Lui suggérant de passer peut-être par un autre chemin, il me répond que ce serait pire puisque Paris est devenu un chantier, où les artères sont rétrécies, les rues plutôt faites pour les pistes cyclables, autobus, trottinettes et de moins en moins pour les voitures (et les piétons), que les « nids de poules » sont encore plus nombreux que sur les Champs-Élysées et que évidemment vu les embouteillages, je n’arriverai jamais à l’heure. Paris est aussi devenue la capitale de la "coulée verte" avec toutes ces belles palissades de travaux couleurs vertes qui « fleurissent » un peu partout.



M’étonnant d’une telle situation qui crée davantage de pollution, de perte de temps et qui engendre une surconsommation d’essence alors que les français me reprochent son coût excessif, il me répond que c’est le nouveau monde écologique et que j’ai encore beaucoup de chance d’avoir l’autorisation de circuler dans Paris puisque celle-ci deviendra bientôt une sorte de « Disneyland » piétonnier et à roulettes où se déplacer en voiture pour travailler deviendra impossible.

Lorsque je lui demande si le peuple de Paris est d'accord avec cette politique et comment une telle attitude est-elle possible suite au mouvement des « gilets jaunes » qui réclament une démocratie directe, il me répond que le problème n'est pas là puisque il a élu des personnes qui une fois en place n'ont de compte à rendre à personne, sauf une fois tous les 6 ans et que la ville de Paris n'en a que faire car elle se dépeuple, devenue beaucoup trop chère (la plus chère du monde depuis quelques mois...), invivable et que les  sièges sociaux des grandes entreprises désertent. L’avenir de la capitale ce sont les « bobos », riches étrangers ou expatriés, SDF, immigrés, touristes de masse dans des cars qui ont du mal à circuler et toute personne votant dans le bon sens. Le peuple de Paris et de la banlieue n'a qu'a s'entasser dans des transports en commun dont on connaît la performance et le confort.

En tant que contribuable et habitant de Paris quelques questions:

-Comment une seule personne peut elle imposer à des millions de citoyens des transformations aussi radicales? Beau sujet d'un grand débat démocratique. Aucun successeur n'osera et ne pourra revenir sur de telles travaux et donc "Notre Drame de Paris" restera comme la "Baronne Haussmann" mais avec quelles conséquences pour l’avenir de cette capitale? - Avec près de 6 milliards d’endettement, comment ces travaux sont-ils financés et que « contrôle » la Cour des Comptes - La raison écologique n’est qu’un prétexte puisque le but est de supprimer toute voiture aussi bien thermique qu’électrique ; de toute façon Paris sera « engorgée » et y circuler deviendra de plus en plus un casse tête pour les millions d’habitants de l’Ile de France.

A suivre ….

samedi, 4 mai 2019

Les vraies causes de la sécession de la France périphérique: Pierre Vermeren - Le Figaro 30 avril 2019

Stenay, ville témoin d’un drame invisible

Pour que l’on comprenne bien l’ampleur de la dévastation économique et sociale dont on parle, à l’échelle d’un micro-territoire existant (…), sur une à deux générations, et au regard de la longue durée, illustrons-la par un cas précis. (…) Prenons l’exemple d’une petite ville de l’Est dont je suis originaire, Stenay, dans la Meuse, où ma famille paternelle a vécu pendant plusieurs générations.

Contrairement à la vallée sidérurgique située en Moselle décrite par Nicolas Mathieu, la vallée de la Meuse, à cet endroit - bien qu’elle se trouve aussi en Lorraine frontalière -, a été bien moins industrialisée, n’étant située ni sur les bassins houillers ni à proximité des mines de fer. Cette zone rurale a été très marquée par les trois guerres franco-allemandes, proximité de Sedan et Verdun faisant foi, et a bénéficié à ce titre de diverses rentes historiques : la frontière, pourvoyeuse d’échanges - la région est remplie de longs tunnels aujourd’hui obturés ; l’agriculture et la forêt, principales activités productives héritées ; l’armée, vieille ville de garnison frontalière oblige ; et l’industrie, un héritage lié à l’environnement lorrain et ardennais. Ajoutons le bâtiment, chaque guerre ayant, du fait des destructions civiles et des équipements militaires, contribué à développer ce secteur, attirant artisans et entrepreneurs italiens. Lorsque la création de l’Europe est annoncée et réalisée dans les années 1950, un grand optimisme règne dans la région : la fin des guerres et bientôt de la frontière présage des lendemains radieux, la Belgique et le Luxembourg, plus riches, étant des promesses positives. Et les quatre hauts fourneaux de Longwy recrutent alors à des dizaines de kilomètres.

Pourtant, dès les années 1970, la région entre par étapes dans le tsunami qui accable la France périphérique. Certes, les régions touristiques du sud et de l’ouest du pays, voire la périphérie des métropoles, présentent aussi leurs propres problèmes. Mais le tsunami dont on parle se montre particulièrement cruel dans notre ville rurale témoin, sans que la destruction des activités ne fasse jamais l’objet d’aucune médiatisation régionale ni nationale.

C’est un processus silencieux, continu, implacable, de destruction des activités qui conduit, en gros, la commune à perdre tous ses points forts, tandis que toutes les villes alentour, petites et moyennes (Verdun, Sedan, Charleville, Rethel, Longwy) sont touchées par la même vague. En quelques années, le canton, qui compte outre son chef-lieu dix-huit villages, perd la majorité de ses 6 000 emplois : 1 000 emplois militaires par le départ progressif de l’armée ; environ 1 500 emplois agricoles et sylvicoles estimés ; 800 emplois industriels des deux usines sur 1 000 (non comptés 84 emplois en cours de destruction à l’hiver 2019 dans la dernière grande usine, une papeterie, passée en vingt-cinq ans de 500 à 120 emplois) ; 500 emplois dans la fermeture de l’abattoir et des grandes entreprises de BTP ; et, par voie de conséquence, rétraction des emplois publics, artisanaux et commerciaux (estimés à 200 emplois pour le seul commerce). Cela représente une destruction nette de 4 000 emplois en quarante d’années, que ne compense que marginalement la création d’emplois administratifs et de services à la personne, du fait de l’effondrement démographique induit. Dans cette région verte du Nord-Est, l’emploi touristique saisonnier reste modeste.

Les conséquences sont nombreuses et hautement prévisibles. Une transformation progressive du jeu électoral, qui, en fin de période dans cette région centriste, tend à se radicaliser politiquement - évolution conforme en tout point au vote national ; un effondrement démographique, la population du chef-lieu de canton passant de 4 000 habitants au début des années 1970 à 2 600 aujourd’hui, et le canton chutant de 8 500 habitants à 6 100. Cela ramène la commune, comme un très grand nombre de communes rurales et de petites villes françaises, au niveau du début du XIXe siècle. deux choix funestes

Cohabitent chez nos décideurs deux logiques économiques, financières et idéologiques qui ont conduit à la situation présente de la France périphérique et, plus globalement, de l’économie française. La première, c’est la maximisation du profit à court terme et la reconversion des capitaux dans des activités plus spéculatives ou plus rentables. La recherche d’une forte rentabilité associée au coût élevé du travail en France, l’un des plus élevés du monde, entraîne la destruction massive d’emplois productifs (agricoles, miniers et industriels) et de services jugés inutiles ou substituables. Dans de nombreux secteurs, la mécanisation-automatisation ne constitue pas un progrès (de productivité, de rapidité ou d’efficacité), mais permet de substituer des coûts fixes et bas (des caisses automatiques par exemple) au coût élevé et croissant de la main-d’œuvre ouvrière ou employée (caissiers et caissières), du fait des cotisations. On songe à la grande distribution ou à la banque. Le « progrès » est ici considéré comme une fin en soi, non pour les services qu’il rend (puisqu’il élimine l’humain).

La deuxième logique, c’est l’abandon conscient, programmé et assumé du secteur productif par les investisseurs et par les pouvoirs publics. L’idéologie de la fin du travail frappe tant l’agriculture (1,5 million d’emplois agricoles perdus en quarante ans) que l’industrie (2,5 millions d’emplois industriels disparus en quarante ans pour passer sous la barre des 3 millions), des chiffres aggravés par la chute de la pêche, des mines et du bâtiment. La France est devenue le champion du tertiaire européen avec 76 % des emplois dans ce secteur (88 % pour les femmes), soit 5 % de plus que la moyenne européenne. En retour, elle est une des économies les moins industrielles et les moins agricoles tant en emplois qu’en production (en termes relatifs s’entend). Or le travail ainsi libéré est difficilement transférable. DES métiers nobles qu’on a déqualifiés

On ne transforme pas un manœuvre ou un ouvrier spécialisé en cadre commercial. Mais c’est le fruit d’une véritable idéologie, illustrée par la baisse rapide du niveau scientifique des élèves français, la réduction de l’appétence pour les sciences et la technologie, et la promotion des études tertiaires (sciences politiques, commerciales, managériales), qui entraîne des pénuries de professeurs de sciences, de techniciens ou d’emplois industriels (1,5 million d’emplois qualifiés devraient manquer à la France en 2030). (…)

Il n’y a plus de place réservée à l’usine ou à la ferme, comme ce fut le cas jusqu’aux années 1970. (…) La France continue en outre de privilégier les formations intellectuelles au détriment des filières manuelles et techniques. Bien des enseignants, parents ou universitaires constatent que les formations « intellectuelles » sont peuplées d’insatisfaits. (…) Presque tous les parents désirent le baccalauréat pour leurs enfants, et le système LMD (licence-master-doctorat) s’est imposé aux formations académiques et techniques. Or, combien d’artisans et de patrons se désolent de recevoir des apprentis et des stagiaires inaptes, car sélectionnés sur la base de leurs faibles ou très faibles capacités ? Ce gâchis humain humiliant les persuade souvent de renoncer à préparer la reprise de leur activité. (…)

Pour en arriver là, il a fallu déqualifier de nombreux métiers ouvriers et artisanaux, qu’il aurait été autrefois inenvisageable de confier à des néophytes, et engager des processus de standardisation, de mécanisation et de simplification massifs. C’est particulièrement visible dans les métiers de la restauration ou du bâtiment, où l’on a liquidé les savoir-faire liés aux techniques et matériaux traditionnels. Cette dérive a plongé des secteurs artisanaux entiers dans le chômage, tout en accélérant la déqualification des métiers d’artisans et d’ouvriers du bâtiment.

Celle-ci a été portée à un si haut niveau que la langue française n’est plus exigible sur un chantier du bâtiment (pourtant très dangereux et a priori très technique), ce qui fait immanquablement penser au travail des bêtes de somme. L’absence de la clause linguistique traduit une sorte d’animalisation du travail ouvrier réduit à sa seule force brute. Ces jeunes du périurbain fragilisés

En Angleterre, où les statistiques ethnico-religieuses sont légales, on a pu montrer que les ouvriers natifs ayant quitté les grandes agglomérations saturées (faute d’emplois et de logements décents) et étant retournés dans leurs régions d’origine, leurs enfants, notamment les garçons, ont des taux d’accès à l’université et aux filières d’excellence très inférieurs aux enfants d’immigrés des villes, surtout chez les filles, plus sensibilisées à la question scolaire. De là résultent diverses attitudes politiques et sociales. Pour les représentants des classes moyennes et populaires, parfois qualifiés de « petits Blancs », qui sont exclus des bonnes filières scolaires, et par la suite des emplois rémunérateurs des métropoles, l’immigration internationale et la société ouverte sont perçues comme des menaces : dans ces catégories déclassées, le vote aux extrêmes se cumule avec un rejet massif de l’immigration. Ce qui favorise le vote populiste à droite. une jeunesse des métropoles aux valeurs inverses

À l’inverse, pour les enfants déclassés issus des classes moyennes et de la bourgeoisie des métropoles, le positionnement « révolutionnaire » traduit un autre mal-être social, et d’autres difficultés d’insertion. Là se recrutent les bloqueurs des universités ou les black blocs, et les plus déterminés fréquentent les ZAD ou les forums d’activistes d’extrême gauche. Vis-à-vis de l’immigration et de la société ouverte, chez eux s’observe le comportement inverse de celui des « petits Blancs » de la France périphérique. Cette fraction de la jeunesse française est en effet favorable à l’immigration, ce dont atteste leur positionnement politique, ici populiste de gauche. Les immigrés ou enfants d’immigrés sont les seuls prolétaires qu’ils sont amenés à fréquenter, ceux de la France périphérique leur étant inconnus. En outre, la situation sociale relativement privilégiée de leurs parents, par rapport aux milieux immigrés, tend à les culpabiliser socialement. Enfin, les postes offerts par la gestion de l’immigration sont un des rares secteurs d’emploi dynamique qui leur soit accessible (par le biais d’associations, d’ONG du secteur de l’aide sociale aux migrants, ou par la voie des études de sciences sociales dans ces domaines). tragique alternative

Les classes populaires sont dès lors face à une drôle d’alternative. Ou bien elles acceptent de travailler pour de bas salaires, qui, selon toute évidence, ne permettent pas de vivre décemment ni d’élever une famille avec les standards du XXIe siècle français. C’est dans les rangs de ceux qui ont fait ce choix que se recrutent les « gilets jaunes ». En effet, le salaire médian en France (1 762 euros en 2017), qui correspond au plafond touché par la première moitié des salariés, n’autorise que la précarité, non seulement dans les grandes villes, mais même dans cette France périphérique où la voiture est nécessaire (en France, 70 % des salariés se rendent au travail en voiture, contre 4 % à vélo). Le complément de salaire lié aux revenus sociaux est indispensable, même en l’absence d’accident de la vie. Or cela nuit à la valorisation du travail et à l’estime que se porte le travailleur.

Ou bien ces classes populaires renoncent à l’emploi, surtout s’il est rare et précaire, et elles basculent dans le système économique socialisé. Celui-ci est parfaitement rodé et accepté puisque la France distribue les plus généreuses prestations sociales au monde (le quart de son PIB). Cette économie sociale hors marché est un système unique au monde, devenu un marqueur de l’économie française : la grande distribution, le logement, les loisirs, la médecine, le système de formation, etc. dépendent aussi de la distribution des paiements de transfert. Les 8 à 9 millions de pauvres sont ainsi économiquement intégrés au système, et ils contribuent indirectement à la croissance globale, non par l’emploi dont ils sont exclus (ou dont ils s’auto-excluent par manque de stimulation), mais par l’économie sociale pourvoyeuse de rentes ; les 85 % d’immigrants annuels qui ne sont pas des migrants de travail participent de cette étrange économie.

extraits choisis et présentés par GUILLAUME PERRAULT (Pierre Vermeren: La France qui déclasse. Les Gilets Jaunes une jacquerie au XXIème siècle Taillandier 192 Pages)

dimanche, 21 avril 2019

Notre Dame de Paris

O Notre-Dame de Paris, dans quel pays es-tu ? Quelle ferveur, quelle émotion, quel enthousiasme après le drame que tu as vécu. Rarement un tel élan d’une population, d’un pays, de l’étranger, du monde entier s’est manifesté devant l’ampleur du désastre.

Mais très vite le naturel est « revenu au galop » et les polémiques ont commencé : dons et déductions fiscales, gilets jaunes et pauvreté, modernité et passé pour l’architecture....

À peine le feu était il éteint que l’unité, la trêve étaient déjà brisées.

Drôle de pays où le positif et le négatif s’affrontent en permanence, la générosité fait face à la jalousie, où le politique s’oppose à l’élan national. Combien de ces grands donateurs donnent-ils régulièrement et anonymement par leur fondation à des causes ou personnes en situation de précarité, pourquoi opposer les problèmes soulevés par les gilets jaunes à un élan de générosité mondial, pourquoi à peine les cendres refroidies faut-il déclencher une nouvelle querelle des anciens et des modernes?

Ton cœur a été brisé en cette Semaine Sainte comme il l’a été au pied de la Croix le vendredi Saint mais l’espérance demeure, mot qui prend tout son sens le jour de Pâques; tout le monde est d’accord pour que tu retrouves ta splendeur et que peut-être aussi d’autres soutiens émergent pour des besoins non encore comblés. Espérons que le temps fera bien les choses et que d’un malheur sortira une nouvelle ère pour notre pays, toi qui est un des symboles de notre histoire.

dimanche, 2 décembre 2018

Lettre ouverte au Jupiter de France

Ce blog n’a pas pour habitude de commenter la situation intérieure mais cette fois-ci fera exception car elle est très grave.

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mardi, 16 octobre 2018

Mal respirer avec Anne Hidalgo, Benoît Duteurtre, le Figaro 16/10/18

Très vrai et on en parle pas assez...

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samedi, 13 octobre 2018

Sortir du nucléaire ne fait rien pour le climat. Jean Marc Jancovici le Figaro 6 octobre 2018

Un point de vue différent....

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mardi, 31 juillet 2018

"Jupiter doit se réinventer" Nicolas Baverez le Figaro 30 07 18

CHRONIQUE - L'affaire Benalla constitue un avertissement sans frais dont toutes les leçons doivent être tirées. Une occasion inespérée pour Emmanuel Macron de remettre son quinquennat sur de bons rails.

L'affaire Benalla marque un tournant dans le quinquennat d'Emmanuel Macron. Le bilan de la politique conduite depuis son élection reste largement positif. La dynamique de la réforme s'est imposée. La flexibilité du marché du travail et le début de normalisation de la fiscalité des entreprises et du capital ont ranimé l'activité. L'attractivité de la France a été confortée au moment où le Brexit et les populismes affaiblissent nombre de démocraties. L'éducation a engagé sa transformation, de l'école primaire aux universités. La confiance des Français a été rétablie et l'image de la France en Europe et dans le monde restaurée.

Mais le système de pouvoir est profondément dysfonctionnel, donnant raison à Lord Acton qui soulignait que «le pouvoir corrompt ; le pouvoir absolu corrompt absolument». Le comportement d'Alexandre Benalla ne peut être réduit à une dérive personnelle. Il met en cause l'organisation de l'État, les principes qui gouvernent l'ordre public et le crédit que les Français peuvent accorder à ceux qui en exercent la responsabilité. La crise est majeure. Elle jette une lumière crue sur l'interprétation insoutenable de la Ve République faite par Emmanuel Macron: un autoritarisme et une hyper-concentration des décisions à l'Élysée inégalés ; la toute-puissance d'une technocratie dont auditions et enquêtes soulignent la perte de compétences et d'éthique ; le choix volontaire de gouvernants, de parlementaires et de responsables administratifs faibles, notamment dans le domaine régalien ; le refus de tout contre-pouvoir et le mépris affiché pourla société civile ; le gouvernement en vase clos d'un aréopage de jeunes courtisans sûrs d'eux-mêmes et dominateurs. Déni, sidération, panique et surexposition

Tout ceci crée un régime où les mécanismes de l'État de droit sont désarmés et où la tentation de l'abus de pouvoir est permanente, inaugurée par la démission forcée du général Pierre de Villiers. Simultanément, trop de pouvoir tue le pouvoir, annihilant la capacité d'anticiper et de gérerles crises. L'affaire Benalla, qui a vu se succéder le déni, la sidération, la panique puis la surexposition du président, reste un cas d'école de naufrage dans l'action comme dans la communication. La chance veut qu'elle affecte le fonctionnement de l'État à son plus haut niveau mais n'engage pas l'intérêt national. De ce point de vue, elle constitue un avertissement sans frais dont toutes les leçons doivent être tirées.

Le mode d'organisation et d'exercice du pouvoir contribue en effet à l'insuffisance des résultats obtenus et à l'accumulation d'un lourd passif politique qui menacent le redressementde notre pays. Sur le plan économique, la compétitivité des entreprises continue à se dégrader ; le chômage repart à la hausse, touchant près de 6 millions de personnes ; les dépenses et la dette publiques poursuivent leur course folle. Sur le plan de la nation, l'immigration et l'islam demeurent des angles morts, en attente d'une stratégie. Le projet de refondation de l'Union européenne et de la zone euro a été tué dans l'œuf par l'onde de choc populiste qui a touché l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie ainsi que par l'alignement de l'Europe centrale et orientale autour de la démocratie illibérale. Enfin, le pari de nouer une relation particulière avec Donald Trump pour contenir le tournant protectionniste et unilatéraliste des États-Unis a spectaculairement échoué.

Cet été meurtrier représente donc une occasion inespérée pour Emmanuel Macron de remettre son quinquennat sur de bons rails. Et ce d'autant que les bouleversements inouïs du monde rendent caducs de larges pans de son projet présidentiel.

   Il est essentiel de réinvestir dans l'État régalien, totalement sinistré, et d'accepter l'existence de contre-pouvoir

Le moment français n'est pas perdu. Emmanuel Macron dispose encore d'une chance pour réformer la France et s'affirmer comme le leader de l'Europe et d'une certaine idée de la liberté. Mais cela implique de sa part un examen de conscience et une profonde remise en question de sa stratégie et de sa méthode afin de renouer le fil coupé de son quinquennat. La posture du «en même temps», très efficace durant la campagne, devient contre-productive dans un environnement qui s'est terriblement durci: présider, c'est désormais choisir des valeurs et une ligne politique claire. La priorité doit être donnée à la modernisation du modèle français quine viendra pas de la croissance mondiale ou de l'Europe mais ne peut être réalisée que de l'intérieur. L'heure n'est plus à la multiplication des images et des discours à l'étranger mais à la réponse aux attentes concrètes des Français en matière de revenus, d'emplois, d'éducation, de santé et de sécurité, de baisse des impôts et des dépenses publiques afin de lutter contre les causes profondes du populisme.

Pour cela, il est essentiel de réinvestir dans l'État régalien, totalement sinistré, et d'accepter l'existence de contre-pouvoir, ce qui implique l'abandon des projets inutiles et dangereux de révision constitutionnelle guidée par l'antiparlementarisme ou de loi sur les «fake news». Le dialogue doit aussi être rétabli avec la société civile, les élus et les territoires, les France périphériques dont la colère peut à tout moment dégénérer en violences. En bref, l'inévitable renouvellement des hommes ne sera efficace que s'il s'inscrit dans un profond changement d'état d'esprit: on ne réforme pas seul contre tous un pays comme la France.

Emmanuel Macron est plus que jamais investi d'une responsabilité historique: il constitue l'ultime chance de moderniser la France avant qu'elle ne bascule dans l'extrémisme, dont le risque est d'autant plus élevé que les forces politiques traditionnelles ont été détruites. Emmanuel Macron a été l'homme d'une élection introuvable ; il lui reste à devenir l'homme de la nation. Il lui faut pour cela rompre avec le bon plaisir du prince pour renouer avec les devoirs de sa charge et le mandat réformateur reçu des Français.

Nicolas Baverez

jeudi, 26 avril 2018

Jusqu'où ira la révolte contre le numérique Jean-Marc Vittori / Editorialiste Les Echos 26/03/2018

Les ravages provoqués par la révolution numérique deviennent de plus en plus visibles. Et de moins en moins supportables. Quelle forme pourrait prendre une révolte ? Les exemples de la mondialisation et de l'automobile.

La révolte gronde. Avec des griefs qui s'accumulent chaque jour, elle déborde largement la SNCF ou même les réformes Macron. En réalité, elle est mondiale. Et s'attaque au plus puissant moteur de l'économie en ce XXIe siècle : la révolution numérique. Usage politique des données Facebook , accident mortel provoqué par une Volvo Uber , taxation européenne des géants numériques ... Les innombrables réactions provoquées par ces faits montrent que la fermentation progresse. La meilleure preuve en est sans doute l'émotion suscitée aujourd'hui par le scandale Facebook. Car l'information elle-même n'est pas neuve : deux enquêteurs de l'hebdomadaire suisse « Das Magazin » avaient tout raconté dans un article saisissant publié en janvier 2017, juste après l'élection de Donald Trump. Le numérique n'est déjà plus ce qu'il était. Antan, c'était la promesse d'un monde meilleur, d'un immense progrès, d'une magnifique liberté. La connaissance et l'éducation allaient devenir accessibles à tous, gratuitement ou presque. Le consommateur verrait l'éventail des choix s'ouvrir à l'infini. Le producteur pourrait s'organiser comme bon lui semble. Nous serions mieux informés, mieux organisés, mieux soignés. Tout ceci reste vrai, ou au moins possible. Mais le retour de bâton s'annonce terrible. Car la circulation et le traitement d'informations, à une échelle et une vitesse jamais vues dans l'histoire, n'a pas que des effets positifs. Au fur et à mesure que cette révolution avance, nous découvrons non seulement les progrès qu'elle peut apporter, mais aussi les dégâts qu'elle peut provoquer. Bien au-delà de ce qu'avaient anticipé les meilleurs auteurs de science-fiction. « Big brother is watching you », avait imaginé George Orwell il y a soixante-dix ans. Aujourd'hui, Big Brother ne se contente pas de vous regarder. Il influe sur vos achats et vos votes. Il échappe à la loi (fiscale, par exemple). Demain, il pourrait choisir de vous tuer (en jugeant par exemple qu'il vaut mieux que ce soit votre voiture qui aille dans le ravin plutôt que le car scolaire en face, ou que vous n'avez plus l'âge de recevoir des soins médicaux coûteux). Au forum de Davos, où l'on se passionne depuis longtemps pour les technologies de l'information, l'industrie du numérique était comparée cette année à celle du... tabac. Le ressentiment est d'autant plus fort que les techniques numériques couvrent un champ très vaste. Ce sont des « general purpose technologies », qui ont un impact sur l'ensemble de la société, du plus intime au plus global. Nos données personnelles sont manipulées pour nous convaincre d'acheter, voire de voter. C'est notre identité qui est en jeu. Des algorithmes font des choix tellement opaques qu'ils éveillent fatalement des soupçons de discrimination. C'est la justice qui est menacée. La concurrence est bousculée par l'émergence de nouveaux acteurs. Les uns profitent de la loi de Metcalfe (l'utilité d'un réseau est proportionnelle au carré du nombre d'utilisateurs) pour aller vers des monopoles. Les autres n'ont pas les mêmes règles à respecter, en matière, par exemple, de droit du travail ou de cotisations sociales. C'est l'équité qui est en cause. Les géants numériques ont conçu leur architecture afin de minimiser légalement leurs impôts. C'est l'Etat qui est fragilisé. L'automatisation va s'étendre en faisant disparaître des dizaines de millions d'emplois . C'est le contrat social qui risque d'être emporté. Interdire l'iPhone Reste à savoir quelle forme peut prendre le rejet du numérique. Des entreprises pourraient dégringoler de leur piédestal, voire disparaître dans la tourmente. Il n'est pas certain, par exemple, que Facebook fasse à l'avenir 500 milliards de dollars de profits (ce que signifiait pourtant en théorie sa capitalisation boursière). Il est tentant de faire le parallèle avec le rejet de la mondialisation , qui prospère depuis plus de vingt ans. Après tout, les deux mouvements exercent des effets du même genre, par exemple sur l'emploi, à tel point que les économistes ont souvent du mal à faire la part de ce qui relève de l'un et ce qui relève de l'autre. Mais politiquement, c'est très différent. Un candidat peut gagner une élection en promettant de fermer les frontières. Il aura du mal à le faire en s'engageant à interdire les iPhone. Au fond, l'industrie numérique pourrait ressembler un peu à l'industrie automobile. Son essor a d'abord été un formidable levier de progrès et de liberté. Mais on a découvert peu à peu ses effets négatifs. Plus d'un million d'hommes, de femmes et d'enfants meurent chaque année sur les routes. La vie de dizaines de millions d'autres est abrégée par les particules émises par les voitures. Le climat de la planète est affecté par la concentration croissante de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Si les constructeurs automobiles ont beaucoup travaillé sur la sécurité de leurs véhicules, ils n'ont pas toujours été en mesure de lutter eux-mêmes contre les dégâts provoqués par leurs produits. Ce sont les pouvoirs publics qui ont imposé la ceinture de sécurité, fixé des limitations de vitesse, créé des normes d'émission de gaz à effet de serre, limité l'accès aux centres-villes.

Mais la révolution numérique va beaucoup plus loin que la révolution automobile. Elle sera donc beaucoup plus difficile à maîtriser. Gare aux balles perdues. Jean-Marc Vittori

vendredi, 9 février 2018

La Robotisation est-elle morale Chronique de Robert Skidelski les Echos 11 Janvier 2018

La nouvelle vague d'automatisation annoncée et ses conséquences suscitent de multiples rapports sur son impact en termes d'emploi et sur la façon de s'y préparer. Mais rien sur la façon de penser un monde que l'on semble vouloir réduire à une compétition entre l'homme et la machine.

Apaiser les craintes liées à l'avènement des robots est devenu une préoccupation majeure dans l'apologétique des entreprises. Le bon sens considère - de manière tout à fait légitime - que plus les emplois seront automatisés, moins les êtres humains auront de tâches à effectuer. C'est ce qu'illustre parfaitement la voiture autonome. Si les automobiles n'ont plus besoin d'un pilote, qu'arrivera-t-il aux chauffeurs, conducteurs de taxi et autres transporteurs ?

Selon la théorie économique, ces craintes n'ont pas lieu d'être. Equiper les travailleurs de machines augmente en effet leur production pour chaque heure de travail. Ils bénéficient alors d'un choix avantageux : travailler moins pour le même salaire qu'auparavant, ou travailler le même nombre d'heures et percevoir un salaire plus élevé. Par ailleurs, avec la diminution du prix des biens existants, les consommateurs ont davantage d'argent à dépenser pour les mêmes biens, ou pour des biens différents. Dans un cas comme dans l'autre, il n'y a aucune raison de craindre une perte nette d'emplois humains - ni quoi que ce soit d'autre qu'une amélioration perpétuelle du niveau de vie. Temps de travail

C'est confirmé par l'histoire. Depuis environ 200 ans, la productivité augmente de façon régulière, notamment en Occident. Les populations occidentales ont fait le choix de bénéficier à la fois de plus de loisirs et de salaires plus élevés. Au sein des pays riches, le nombre d'heures de travail a diminué de moitié depuis 1870, tandis que le revenu par habitant a été multiplié par cinq.

Combien d'emplois humains sont réellement « menacés » par les robots ? Selon un précieux rappor t du McKinsey Global Institute, environ 50 % du temps consacré à des activités de travail humain dans l'économie mondiale pourrait aujourd'hui en théorie faire l'objet d'une automatisation, bien que les tendances actuelles évoquent un pourcentage maximum de 30 % d'ici à 2030, en fonction de la vitesse d'adoption des nouvelles technologies. D'ici à 2030, le MGI estime que 400 à 800 millions d'individus auront besoin de trouver de nouveaux emplois, dont certains n'existent pas à ce jour. À lire aussi

Le robot est-il l'avenir de l'homme ? Aux Etats-Unis, la robotisation menace de plus en plus les emplois peu qualifiés

Ce rythme de déplacement des emplois ne s'inscrit pas réellement en divergence avec les périodes précédentes. Si l'automatisation est aujourd'hui à ce point effrayante, c'est notamment parce que l'avenir était autrefois plus difficile à prédire : nous ne disposions pas des données qui fondent les prévisions alarmistes d'aujourd'hui. L'humain inutile

Raison plus profonde encore, les perspectives actuelles d'automatisation annoncent un futur dans lequel les machines pourront plausiblement remplacer les êtres humains dans de nombreuses sphères du travail que nous pensions autrefois être les seuls à pouvoir assurer. Si cela se réalise, il est difficile d'entrevoir un point d'équilibre sans que la race humaine devienne elle-même inutile.

Le rapport du MGI exclut un dénouement aussi malheureux. Sur le long terme, l'économie est capable de s'adapter et d'offrir un emploi satisfaisant à quiconque souhaite l'exercer.

Or, cette argumentation présente de sérieuses lacunes.

Quelle sera, par exemple, la durée et l'ampleur de cette transition depuis une économie humaine vers une économie automatisée ? A cet égard, le passé est sans doute un repère moins fiable que nous le pensons, puisque le moindre rythme du changement technologique permettait autrefois au remplacement des emplois de suivre la cadence du déplacement des emplois. Aujourd'hui, ce déplacement est voué à s'opérer beaucoup plus rapidement. Emplois détruits

Ceci soulève un dilemme pour les décideurs politiques. Plus les nouvelles technologies sont introduites rapidement, plus les emplois sont détruits en grand nombre, mais plus les avantages promis se concrétisent sans tarder. Le rapport du MGI déconseille par ailleurs les démarches d'atténuation de l'ampleur et du rythme de l'automatisation, qui feraient « obstacle aux contributions que ces technologies apportent en termes de dynamisme des entreprises et de croissance économique ».

Le rapport souligne également la nécessité de « lier les salaires à la hausse de productivité, afin que la prospérité soit partagée par tous ». Mais il néglige ici le fait que les récents gains de productivité n'ont bénéficié de manière écrasante qu'à une petite minorité. Le rapport ne prête ainsi qu'une faible attention à la question de savoir comment le choix promis par les économistes, entre le travail et les loisirs, pourra être effectif pour tous. Automatisation irréversible

Enfin, le rapport énonce en filigrane que l'automatisation n'est pas seulement souhaitable, mais également irréversible. Une fois que nous apprenons à effectuer une tâche donnée plus efficacement (et à moindre coût), il n'est plus possible de se remettre à l'effectuer moins efficacement. Reste alors la question de savoir comment les humains peuvent s'adapter aux conséquences d'une plus haute exigence d'efficacité.

C'est déroutant sur le plan philosophique, puisqu'il y a là un amalgame entre faire les choses plus efficacement et faire les choses mieux. L'argument technique se confond avec l'argument moral. Il est donc à la fois possible et nécessaire de poser la question suivante : le monde que nous promettent les apôtres de la technologie est-il un monde souhaitable ?

Un monde dans lequel nous serions condamnés à faire la course avec les machines pour produire des quantités croissantes de biens de consommation en vaut-il la peine ? Si nous ne pouvons plus espérer contrôler ce monde, quelle est la valeur de l'être humain ? Laissées de côté par le rapport McKinsey, ces questions ne doivent pas l'être dans le débat public.

Robert Skidelsky est professeur émérite d'économie politique à l'université de Warwick. Cet article est publié en collaboration avec Project Syndicate 2018. Robert Skidelsky

samedi, 13 janvier 2018

L'inquiétant déséquilibre de l'Allemagne - Edouard Tétreau - Les Echos 10 janvier 2018

L'inquiétant déséquilibre de l'Allemagne Impasse politique d'un côté, miracle économique de l'autre : l'Allemagne se trouve dans une situation inédite, qui pourrait avoir des conséquences graves sur l'avenir de l'Europe.

Nous déroulons le tapis rouge pour le président Macron, parce qu'il est le porte-drapeau de l'Europe. Les Anglais nous ont beaucoup déçus depuis le Brexit et l'Allemagne de Mme Merkel, elle est boiteuse ! » Ce week-end, j'essayais de prendre la température de l'accueil que réserverait la Chine au président français. Les attentes et l'enthousiasme étaient très élevés. Comme si la France était enfin de retour, après une longue absence. Le jugement le plus surprenant vint de ce dirigeant économique chinois, passé par les structures d'élite du Parti et de l'Etat, fin connaisseur de l'Europe - et de la langue française.

L'Allemagne serait boiteuse. Comme souvent en Chine, les mots sont à plusieurs sens. Ici, l'Allemagne est « boiteuse », d'abord parce que Mme Merkel est un « lame duck » : un canard boiteux politique, qui aura du mal à aller au bout de son quatrième mandat. Son leadership a fait s'effondrer le socle électoral des partis de gouvernement CDU, CSU et SPD. La grande coalition - « GroKo » en allemand - crée une vacance du pouvoir exécutif de plus de six mois, et fatigue tout le monde. Sauf les partis extrêmes, Die Linke à gauche (9 % des votes), et à l'extrême droite, Alternative für Deutschland, désormais le troisième parti allemand, avec 92 sièges au Bundestag. Pour se représenter son offre politique, il faut imaginer un FN version « hardcore » : mort à l'euro ; les musulmans, « nein Danke » ; et même possibilité de tirer à vue sur les migrants cherchant à entrer en Allemagne (proposition de Frauke Petry, porte-parole de l'AfD, en 2016)...

Deux jambes très inégales

L'Allemagne est aussi boiteuse, parce qu'elle marche sur deux jambes très inégales. A la jambe de bois politique de l'Allemagne claudiquante, incapable de former un gouvernement, est associée une jambe économique hypertrophiée, gonflée à l'hélium du génie industriel allemand - et d'un euro sous-évalué par rapport à la puissance de cette économie. Tous les indicateurs économiques allemands sont au vert : le taux de chômage est au plus bas (5,5 %) ; la balance des paiements n'a jamais été aussi élevée (252 milliards d'euros !) ; les finances publiques sont en excédent de 42 milliards d'euros ; la croissance ne cesse d'être révisée à la hausse (2,6 % attendus l'an prochain).

Ces prouesses allemandes ont même réussi à éclipser certaines réalités moins glorieuses : les truquages de l'industrie automobile, Volkswagen en tête, pour les mesures d'émission de CO2 ; la pollution de l'air et des poumons des habitants de l'Allemagne, générée par le choix unilatéral de rouvrir les centrales à charbon ; la fragilité et l'opacité d'un système bancaire vacillant, à l'image de Deutsche Bank, frôlant la faillite l'an dernier.

Cauchemar social

Or ce déséquilibre - jambe de bois politique, hyperpuissance économique - va s'aggraver dans les années à venir, au fur et à mesure que la population s'appauvrira, et se sentira menacée. Tel est déjà le cas, paradoxal. Le miracle économique allemand de l'après-réunification est un cauchemar social : entre 2004 et 2015, le nombre de travailleurs vivant en dessous du seuil de pauvreté en Allemagne a plus que doublé, passant de 1,9 million à 4,1 millions de personnes, selon une étude de la fondation Hans Boeckler. C'est le premier carburant de l'AfD et de Die Linke, des partis aux électorats très proches : chômeurs, population d'Allemagne de l'Est, classes moyennes descendantes.

Le second carburant, c'est la peur de l'autre et la haine de l'étranger. Dans une étude qui fera date, mandatée par le ministère fédéral de la Famille, et concentrée sur la région de Basse-Saxe (Brême, Hanovre…), trois experts ont déterminé que, entre 2015 et 2016, « 92,1 % » de la hausse de la criminalité dans cette région (+10,6 %) était attribuable… aux réfugiés ! Préconisation des experts : intégrer ces réfugiés le plus vite possible, sinon c'est une bombe à retardement. Exactement le contraire de ce que semble réclamer une part croissante de l'électorat allemand.

Malgré une élite pro-européenne sincère et déterminée, l'Allemagne résistera-t-elle à la tentation du repli sur soi, et d'une entente avec les pays les plus autoritaires d'Europe centrale ? Viktor Orban, dirigeant d'une Hongrie de plus en plus totalitaire, était l'invité d'honneur de la conférence annuelle de la CSU le mois dernier. L'hypothèse d'une arrivée au pouvoir des partis extrêmes n'est plus farfelue - à l'instar de l'Autriche de M. Kurz, coalisant la droite avec l'extrême droite pour gouverner, après trois « grandes coalitions ».

Est-ce la version XXIe siècle de la République de Weimar ? La comparaison a ses limites, tant la richesse de l'Allemagne de 2017 n'a rien à voir avec sa ruine des années 1920. Néanmoins, il faudrait être aveugle ou de mauvaise foi pour ne pas voir que, un siècle après la fin de la Première Guerre mondiale, la question allemande fait son retour. Celle d'un pays dont la puissance économique déborde, et dont l'identité politique reste mal assise.

Depuis près de soixante-dix ans, la réponse française à cette question allemande a été univoque : trouver les voies et les moyens d'une union toujours plus étroite, de la Ceca à l'Union européenne en passant par le si souvent célébré couple franco-allemand. Emmanuel Macron était le seul candidat à s'inscrire dans cette dynamique lors de la campagne présidentielle de 2017. Reste à savoir s'il disposera à Berlin, à partir de mars prochain, d'un interlocuteur partageant cette volonté.

Accélérer et intensifier l'union entre nos deux pays ? Oui. Mais tout en se préparant au pire, si la France était la seule à porter ce projet.

Edouard Tétreau est associé gérant de Mediafim

dimanche, 7 janvier 2018

Voeux 2018

2017 année de tout les changements ; que nous réserve 2018 ?

En Europe, Asie, Amérique, Moyen Orient les changements politiques, économiques, sociaux, climatiques, militaires ont été au rendez vous.

Aux USA, l'élection d'un milliardaire incontrôlable, égocentrique fait que l'Amérique pose plus de questions au reste du monde qu'elle ne donne de réponse aux grands défis de notre planète.

En Asie, la réélection à vie du Président chinois va permettre à l'empire du milieu de continuer sa politique économique sans trop se soucier des réactions de ses concurrents. La Corée du Nord sera par contre une épine dans leur pied avec tous les risques possibles.

En Europe, le Brexit, les élections françaises et allemandes, la question espagnole et les migrants auront rebattus les cartes : fin d'une époque, opportunités, chaos ?

Quant au Moyen Orient il est devenu une zone d'instabilité entre la guerre au Yémen, la lute Quatar/ Etats Arabes, la situation au Liban, en Syrie et toujours la question Israël/Palestine. Autant de « conflits » dont personne aujourd'hui ne peut prédire l'issue. Daech aura été militairement et territorialement vaincu mais ses idées et ses ambitions perdurent.

La Turquie aura aussi révélé sont nouveau visage de « dictature » et la Russie malgré la politique de sanctions aura affirmé sa présence sur différentes zones internationales comme le Moyen Orient, l'Afrique et peut-être même les USA...

Enfin l'Afrique aura vu des changements politiques importants , Zimbabwe par exemple et la prise de conscience de plus en plus importante par le reste du monde de sa monté en puissance et de la nécessité de participer à son développement si l'on veut éviter une nouvelle crise migratoire.

Au vue de tous ces bouleversements et changements, que peut on souhaiter pour 2018 ?

Des solutions seront elles trouvées sur l'émigration, les extrêmes climatiques, les attentats, la pauvreté qui reste toujours un vrai problème tant en occident que dans le reste du monde, la main mise d'internet sur la finance mais aussi la vie quotidienne, les zones de conflits etc.... ?

Quelque soit le continent, nous sommes sûrement amenés à voir de grands changements pour ne pas dire bouleversements; avant de revenir sur tout ces sujets, soyons optimistes et bienvenue à 2018 !

dimanche, 10 décembre 2017

Merci Johnny!

Nous avions un point en commun, nous sommes nés tous les deux un 15 juin.

Cette journée du 9 décembre 2017 restera sans aucun doute dans l'histoire de notre cher pays, la France. Cet hommage populaire a été à la fois une fête et un grand recueillement.

Par votre personnalité, votre vie, vos chansons, votre amour, vous avez réussi à réunir le peuple de France, des puissants et des faibles, des enfants aux plus âgés, des riches et des pauvres, des célébrités et des inconnus.

Aucun d'entre nous ne revivra avant longtemps, une telle journée, car aucun d'entre nous n'aura la chance de connaître de nouveau un tel héro !

Cette communion fraternelle qui a eu lieu ce 9 décembre est aussi dû à votre religion ; quelle autre endroit qu'une église catholique permettrait de réunir autant de personnes différentes autour de la mémoire d'un homme : catholiques, juifs, musulmans, athées, agnostiques? Votre « miracle »...

Autour de votre cercueil, il a été possible de prier, méditer, chanter, se recueillir, applaudir...

Dans notre pays qui a de plus en plus une conception de la laïcité « dévoyée » quel bel exemple de fraternité, quel beau rappel de notre histoire !

Merci Johnny « Que je t'aime, que je t'aime » !

jeudi, 22 juin 2017

Bonne chance Monsieur le Président !

Vous avez été élu, avec 20.754.000 voix sur un total de 47 millions d'électeurs mais le réel gagnant fut le partie de l'abstention, des votes blancs et nuls avec 16 millions de voix, « gagnant » que l'on retrouve dans les élections législatives avec 57,36% de non votants et 2,95% de vote blancs.

Vous entrez dans une ère inconnue où une majorité de français rejette la classe politique, où la nation est divisée et où certains mots comme Liberté, Égalité, Fraternité, Nation, Langue, Drapeau, Travail sont niés, dévalorisés ou ont perdu leur vrai sens. Vous allez avoir à conduire des réformes indispensables, que vous avez annoncé à l'avance, mais certaines seront contradictoires en fonction des catégories sociales visées . D’autres trouveront un écho défavorable dans les rues. Cela aura valeur de test pour savoir si vous êtes enclin au discours ou à la fermeté pour mener votre politique.

Vous et votre gouvernement vont devoir s'attaquer au chômage, à l'insécurité, au communautarisme, à la précarité, au développement économique, social et technique, à l'éducation, à la reconstruction de l'Europe – où vous avez fait naître de grands espoirs et bravo - , aux défis de la mondialisation, à la révolution technologique et aussi à « réinventer » la vie démocratique…. Le gouvernement unioniste que votre premier ministre et vous même avez nommé, faisant fi des courants politiques dont ses membres sont issus, aura fort à faire pour contenter les attentes des français, après les politiques incertaines menées par vos prédécesseurs.

L’assemblée nationale, jeune et rafraîchie, devra aussi se forger à vitesse rapide une expérience législative, et ne pas être juste une assemblée de « béni-oui-oui » élus parce que juste représentatifs de votre nom.

L'avenir proche nous dira comment vous aller arriver à réaliser tous ces objectifs qui forcement vont soulever des oppositions. Vous avez le pouvoir mais peu de temps pour « le mettre en marche » et avoir des résultats qui permettront de « réconcilier » un majorité de français avec leur pays.

Espérons que vous réussirez et bonne chance Monsieur le Président!

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