jeudi, 11 février 2016

blog: Jaron Lanier: l'Internet ruine la classe moyenne octobre 2013 (le Monde)

Il fait partie de ces gens inclassables, qui gravitent dans l’univers de la high tech, aux confluences de l’informatique, la physique et les neurosciences. Un pionnier de la Silicon Valley mais ses dreadlocks le rangent plutôt parmi les techno-utopistes de Berkeley, et d’ailleurs c’est là qu’il réside, dans une maison-atelier assez grande pour entreposer sa collection d’instruments de musique traditionnelle (instruments à vent, cithares asiatiques), l’une des plus vastes du monde. Il est aussi compositeur, mais c’est une autre histoire qu’il n’a pas l’intention de raconter aujourd’hui.

En 2010, le magazine Time l’a rangé dans les 100 personnalités les plus influentes du monde. Le New Yorker lui a consacré un long portrait : Jaron Lanier « le visionnaire ». Il est régulièrement invité à Davos (« Je me suis trouvé dans l’ascenseur entre Newt Gingrich et Hamid Karzai »). Mi-septembre, il était à New York (où nous l'avons rencontré) pour donner une conférence aux Nations Unies sur l’avenir des économies. Suivie d’une autre sur celui des bibliothèques. Tout le monde veut avoir son avis sur l’avenir. Il est vrai que c’est le titre de son dernier livre : « Who owns the future ?» (Simon&Schuster). Qui possède -aujourd’hui- le monde de demain ?

Il y a une trentaine d’années, Jaron Lanier a été l’un des pionniers de la réalité virtuelle –la création d’univers numériques dans lesquels de vrais humains peuvent se mouvoir et échanger. C’est même lui qui a inventé le terme: « virtual reality ». Il a inventé le jeu video Moondust, développé des prototypes, dont le premier simulateur chirurgical. Il a vendu des start-up à Google, Oracle, Adobe, Pfizer. Fait fortune grâce au Kinect, une caméra en 3D qui a vendu à plus de 18 millions d’exemplaires. Depuis 2006, il est chercheur à Microsoft Research.

Jaron Lanier a participé aux débats à San Francisco qui ont abouti à la création de l'Electronic Frontier Foudation (EFF), l'organisation qui mène la lutte contre les programmes d'espionnage de la NSA. Mais il n'a pas donné suite: ce n'est pas le combat qui lui parait le plus important. Pour lui, l'important n'est pas "qui a accès à l'information" mais "ce que l'on fait avec ces données". Comme il l'explique dans son livre (et dans l'interview ci-dessous), les micro-détails collectées sur chacun grâce à l'Internet sont en train de devenir un puissant moyen de manipulation.

Jaron Lanier, 53 ans, a grandi au Nouveau-Mexique, où ses parents, des artistes new yorkais avaient décidé qu’ils seraient plus en sécurité que sur la côte est (sa mère, rescapée de camp de concentration, avait émigré de Vienne à l’âge de 15 ans. Elle est morte dans un accident de voiture alors qu’il n’avait que dix ans). Il a écrit deux livres. L’un (“You’re not a gadget”) est une critique des réseaux sociaux qu’il qualifie « d’agences d’espionnage privatisées » n’ayant plus aucun intérêt à protéger la vie privée des utilisateurs. Dans “Who owns the future” (non traduit), il décrit un phénomène qu’il n’avait pas anticipé: la concentration des richesses dans un univers qui était censé aplanir les inégalités. L’économie, dit-il, repose de plus en plus sur l’information et celle-ci n’étant pas suffisamment monétisée, la richesse collective se dilue. Bref, le tout-gratuit est en train de détruire la classe moyenne et l’économie de marché.

Interview (en partie publiée dans Le Monde du 22 octobre)

Q: En quoi l’internet détruit-il la classe moyenne ? JL: L’automatisation commence à détruire l’emploi, comme si la vieille peur du 19ème siècle devenait réalité. A l’époque, il y avait cette inquiétude énorme que l’emploi des gens ordinaires était menacé par le progrès des machines. Quand les voitures ont remplacé les chevaux, les gens pensaient que cela devenait tellement facile de conduire qu’il n’y aurait plus de raison de payer pour le transport. Tous ceux qui travaillaient avec les chevaux allaient perdre leur emploi. Mais les syndicats étaient puissants. Ils ont imposé qu’il est normal de payer quelqu’un même si le travail est moins pénible et qu’il est plus facile de conduire un taxi que de s’occuper de chevaux. Avec l’Internet, les choses deviennent tellement faciles que les gens rejettent cet arrangement payant. C’est une erreur. Cela a commencé avec Google, qui a dit : on vous donne un moteur de recherche gratuit. En contrepartie, votre musique, vos photos, vos articles vont aussi être gratuits. L’idée est que ça s’équilibre : vous avez moins de revenus mais vous avez accès à des services gratuits. Le problème est que ce n’est pas équilibré. Bientôt, les consommateurs vont accéder aux produits grâce aux imprimantes 3D. Graduellement toutes les choses physiques deviennent contrôlées par les logiciels et tout devient gratuit.

Q : Mais certains s’enrichissent. JL: L’idée au début de l’Internet était que l’on donnerait du pouvoir à tout le monde parce que tout le monde aurait accès à l’information. En fait, Google et tous ceux qui collectent les informations au sujet des autres parce qu’ils offrent ces services gratuits, deviennent de plus en plus puissants. Plus leurs ordinateurs sont gros, plus ils sont puissants. Même si vous regardez la même information que Google, Google en retire beaucoup plus de pouvoir que vous. L’autre remarque à faire, c’est que dès que quelqu’un prétend avoir une technologie qui peut remplacer les gens, c’est faux. Exemple : la traduction automatique. Vous pouvez prendre un document en anglais, l’entrer dans un ordinateur et le ressortir en français. Cela ne va pas être du très bon français mais quelque chose va ressortir.

Q : Et c’est gratuit. Quel est le problème ? JL : Les compagnies qui font de la traduction automatique collectent des millions et des millions d’exemples de documents qui ont été traduits par des vraies personnes. Ils repèrent des morceaux de phrases qui sont semblables à ceux de votre document et ils traduisent un peu à la fois et assemblent le patchwork. Cela ressemble à un cerveau électronique gigantesque mais en fait, il s’agit du travail de tonnes de gens qui ne sont pas payés et ne savent même pas qu’ils sont utilisés. Pour chaque nouvelle technologie qui prétend remplacer l’humain, il y a en fait des gens derrière le rideau. Ce que je dis, c’est qu’il y a une solution : il faut garder trace des gens qui fournissent un vrai travail et avoir une option qui leur permette d’être indemnisés. L’automatisation dépend systématiquement de ce que nous appelons « big data » ou informations produites par un nombre élevé de gens. Ces données ne viennent pas des anges ou de phénomènes surnaturels. Elles viennent des gens. Si on les payait pour ces données, on pourrait soutenir l’emploi.

Q : Quelles sont ces données qui ont tant de valeur ? JL : Les compagnies qui possèdent les gros ordinateurs créent des modèles pour chacun d’entre nous. Google a un modèle de vous. Pareil pour la NSA (agence de la sécurité nationale), Facebook, et même certaines organisations criminelles. Elles collectent des données sur vous et les utilisent pour faire des projections. L’idée, c’est de modifier le comportement.

Q : Comment ça, manipuler ? JL : Les manipulations sont très petites. Cela peut être trouver le moyen de vous faire accepter un prêt qui n’est peut être pas aussi intéressant qu’un autre. Comment vous inciter à faire tel ou tel achat. C’est un système froid, basé seulement sur les statistiques. Il travaille très lentement, comme les intérêts composés. Sur la durée, cela fait beaucoup d’argent. C’est comme cela que Google est devenu si riche : les gens qui paient Google peuvent obtenir un tout petit peu de modification du modèle de comportement. C’est un système géant de modification comportementale. Il faut comprendre que c’est différent du modèle traditionnel de publicité. La publicité a toujours été une forme de rhétorique, de persuasion, de style. Ici, il n’est pas question de style. C’est placé au bon moment. C’est purement pavlovien. Il n’y a aucune créativité. C’est une forme de manipulation sans esthétique mais c’est très graduel et très fiable, parce que c’est juste des statistiques. Il s’agit aussi du type d’informations vous recevez. Si vous allez en ligne, vous ne voyez plus les mêmes informations que quelqu’un d’autre. Les informations sont organisées spécifiquement pour vous par ces algorithmes. C’est un monde où tout est ouvert et en même temps la plupart de ce que les gens voient est manipulé. Ce qui n’est possible que parce que les gens qui manipulent ont des ordinateurs plus puissants que les gens ordinaires.

Q: Qui a les plus gros ordinateurs ? JL: Personne ne le sait. Ils sont conservés dans des cités gigantesques d’ordinateurs. Ils sont généralement placés dans des endroits isolés près de rivières qui permettent de refroidir les systèmes . Peut-être c’est Google, peut-être la NSA. Personne ne sait. En Europe, la plupart sont en Scandinavie.

Le problème n’est pas qui a accès à l’information mais ce qu’ils font de l’information. Si vous avez des ordinateurs beaucoup plus puissants, cela ne peut pas créer une société équitable. Au lieu d’essayer de plaider pour la transparence et le respect de la vie privée, nous devrions nous préoccuper de ce qui est fait avec les données accumulées. Nous vivons à une époque où il y a deux tendances contradictoires. D’un côté, tout le monde dit : n’est-ce pas formidable cette décentralisation du pouvoir, grâce à Twitter etc. De l’autre côté, la richesse est de plus en plus centralisée. Comment est-il possible que le pouvoir soit décentralisé et la richesse de plus en plus centralisée ? En fait le pouvoir qui est décentralisé est un faux. Quand vous tweetez, vous donnez de vraies informations aux gros ordinateurs qui traquent vos mouvements

Q : Comment monnayer nos tweets ? JL : Je préconise un système universel de micro-paiements. Tout le monde toucherait une rémunération –fût-elle mimine- pour l’information qui n’existerait pas s’ils n’existaient pas. Cette idée circulait déjà dans les années 1960, avant même que l’internet soit inventé. C’est juste un retour aux origines. Si on arrivait à savoir combien les compagnies sont prêtes à payer pour avoir des informations, cela serait utile. Les gens pensent que le montant serait infime. Mais si on regarde en détail, c’est faux. Les données concernant l’homme de la rue ont beaucoup de valeur. Le potentiel est là pour soutenir une nouvelle classe moyenne. Chaque donnée individuelle aurait une valeur différente. Certaines seraient plus cotées parce qu’elles sortent de l’ordinaire.

Q : Vous êtes devenu anti-technologies ? JL: Pas du tout ! J’ai aidé à mettre en place ce truc que je critique maintenant ! Mais il faut regarder les résultats dans le monde réel. J’avais pensé que pendant l’âge de l’Internet on verrait une augmentation fantastique de richesse et d’options. A la place, on voit une concentration intense des richesses. Et c’est un phénomène mondial. Si c’est cela la tendance, si la technologie concentre les richesses, la technologie va devenir l’ennemie de la démocratie, peu importe le nombre de tweets. Je refuse de faire l’autosatisfaction quand je vois tous ces gens ordinaires qui perdent pied alors que leur situation ne devrait faire que s’améliorer grâce aux progrès technologiques

mercredi, 27 janvier 2016

Voeux 2016

Plus que quelques jours pour présenter ses vœux. Mais en ce début d'année 2016 que peut-on souhaiter? La paix, la fin de la pauvreté, l'arrêt des attentats, la reprise économique, la diminution du chômage, la régulation de l'immigration, une économie plus écologique, le respect de la personne humaine, une Europe forte....? Malheureusement l'on sait que tout cela restera un souhait et un doux rêve! Les seuls vœux que l'on puisse se faire, c'est que chacun, dans sa situation et son environnement, trouve un "bonheur" par rapport à ses souhaits, en considérant le principe de réalité qui s'impose à nous de par notre société actuelle mais qu'il devient urgent de changer. Très bonne année 2016!

dimanche, 6 décembre 2015

Alain Finkelkraut: Nous vivons la fin de la fin de l'Histoire , Le figaro 21/11/15j

Alain Finkielkraut : « Nous vivons la fin de la fin de l’Histoire » Vincent Tremolet de Villers



LE FIGARO. - Dix mois après les attentats des 7, 8 et 9 janvier, Paris et sa banlieue ont été le théâtre de scènes de guerre. Cent trente personnes sont mortes. On compte des centaines de blessés. Le pays est traumatisé. Le mot « guerre » est sur toutes les lèvres. Quel sentiment prime chez vous : le chagrin, l’inquiétude ou la colère ?

Alain FINKIELKRAUT. - Ce qui domine en moi, c’est l’accablement et même le désespoir. Comme le rappelait dans ces colonnes Jean-Pierre Le Goff, la disparition des grandes idéologies avait pu laisser croire à l’avènement d’un monde unifié et pacifié sous la triple modalité de l’économie de marché, d’Internet et des droits de l’homme. Cette illusion se dissipe brutalement : nous vivons la fin de la fin de l’Histoire. L’Histoire fait son retour dans un pays et sur un continent qui se croyaient définitivement hors d’atteinte. Et cette Histoire n’est pas belle à voir. Ce n’est pas la réalisation triomphale de l’esprit décrite par Hegel. Ce n’est pas le grand récit palpitant de l’émancipation universelle. Ce n’est pas le progrès de l’humanité jusqu’à son accomplissement final. Ce n’est pas, entre guerre d’Espagne et 2e DB, la geste héroïque rêvée par Régis Debray et tant d’autres. Bref, ce n’est pas Madame H. (2), c’est l’Histoire avec une grande hache, qui, au titre de « croisés », d’« impies » ou d’« idolâtres », peut nous faucher n’importe où, à tout moment, quels que soient notre âge, notre sexe, notre profession ou notre appartenance. Les spectateurs du Bataclan et les clients de La Bonne Bière, de La Belle Équipe, du Carillon et du Petit Cambodge ne portaient pas d’uniforme. Ils ne militaient pour aucune cause, ils ne remplissaient aucun mandat. Ils buvaient un coup, ils partageaient un repas, ils écoutaient un concert : ils ont pourtant été tués. Nous avons beau vivre en démocratie, le totalitarisme de l’Histoire est désormais notre lot. Totalitarisme, en effet, car, loin d’accoucher de la liberté, la violence qui se déchaîne est une calamité sans échappatoire, un fléau auquel personne n’est libre de se soustraire. Envolée comme promesse, l’Histoire ressurgit comme destin et nous dépouille pour longtemps de notre droit à l’insouciance. Pour résumer le bonheur parfait, les Juifs d’Europe centrale disaient : « Wie Gott in Frankreich. » Selon Saul Bellow, cette expression signifie que « Dieu serait parfaitement heureux en France parce qu’il ne serait pas dérangé par les prières, rites, bénédictions et demandes d’interprétation de délicates questions diététiques. Environné d’incroyants, Lui aussi pourrait se détendre le soir venu tout comme des milliers de Parisiens dans leur café préféré. Peu de choses sont plus agréables, plus civilisées qu’une terrasse tranquille au crépuscule. » Paris était « la ville sainte de la laïcité », mais les massacres du 13 novembre ont fait le malheur de Dieu.

Une rhétorique antiterroriste rythme les discours de nos gouvernants et de nos politiques. Notre ennemi, c’est le terrorisme ?

Nous avons voulu, avec l’Union européenne, instaurer le règne de la paix perpétuelle. Notre grand rêve helvétique se fracasse aujourd’hui sur la réalité de l’islamisme. De la haine qu’il nous voue, cet ennemi n’a jamais fait mystère. Il joue cartes sur table et pourtant nous avons longtemps refusé de l’identifier. Lâcheté ? Non, mémoire. Du Juif, c’est-à-dire, selon l’expression de Jankélévitch, de l’Autre indiscernable, de l’Autre imperceptiblement Autre, Hitler avait fait l’ennemi, et même l’ennemi absolu. Pour ne pas récidiver, le parti intellectuel composé aujourd’hui d’universitaires, de journalistes et de personnalités du show-biz en appelle, quand surgit l’ennemi, au respect de l’Autre. Dans l’Europe posthitlérienne, l’antiracisme tient lieu de vision du monde et on expie le fait d’avoir pris l’Autre pour l’ennemi en prenant l’ennemi pour l’Autre. Ce contresens fatal a survécu au 11 janvier. Survivra-t-il au traumatisme du 13 novembre ? C’est toute la question.

Avant le 13 novembre, le débat intellectuel était très tendu. L’unité nationale est-elle possible chez les intellectuels ?

Les semaines qui ont précédé le carnage ont été occupées par une campagne de presse assourdissante contre les « néoréacs ». Les éditorialistes dressaient des listes. Des historiens, des sociologues, des philosophes, des « humoristes » même s’inquiétaient des risques de contamination et préconisaient la plus extrême vigilance. Ma tête était mise à prix pour ce crime : nommer l’ennemi au lieu de dénoncer les humiliations infligées à l’Autre et de faire le procès du Même (c’est-à-dire de l’identité nationale). Contre cette pensée « nauséabonde » et « putride », L’Obs a battu le rappel des nouveaux intellos de gauche et promis sur une pastille jaune (oui, jaune !) en couverture « 0 % de Finkielkraut, Zemmour et les autres », et Alain Badiou, sur le site de ce journal où soufflait naguère l’esprit d’Albert Camus, a expliqué le plus sérieusement du monde qu’il ne pouvait se rendre à mon émission « Répliques » (où je l’avais invité pour le mois de janvier prochain) du fait du « devenir central » dans ma pensée « du concept néonazi d’État ethnique ». Le fils d’un rescapé d’Auschwitz nazifié alors qu’il puise son inspiration dans l’œuvre de Péguy et non dans celle de Barrès ou de Vacher de Lapouge ! Cette impudence témoigne de la férocité de l’idéologie aujourd’hui en France. Démentie par les faits, elle se jette sauvagement sur celui qui les rapporte. On préfère anéantir le messager plutôt que d’entendre un message qui oblige à voir la réalité et à penser autrement.

Voir la réalité, n’est-ce pas résister à la tentation de l’amalgame ?

Par la multiplication des attentats, l’État islamique veut provoquer des lynchages, des attaques de mosquées, des agressions contre les femmes voilées et déclencher ainsi une guerre civile. Ce serait donc tomber dans le piège mortel qu’il nous tend que d’incriminer l’ensemble des musulmans de France. Nombre d’entre eux se sentent pris en otages par les barbares. L’islamisme n’est pas tout l’islam, loin s’en faut. Mais ce n’est pas non plus un phénomène marginal ni une création de l’Occident. Nous n’avons pas, par nos politiques néocoloniales, nos guerres impérialistes et nos pratiques discriminatoires, enfanté ce monstre. Nous ne payons pas pour nos crimes. L’obligation du djihad, rappelle Bernard Lewis, se fonde sur l’universalité de la révélation musulmane : « Cette obligation n’a de limite ni dans le temps ni dans l’espace. Elle doit durer jusqu’à ce que le monde entier ait rallié la foi musulmane ou se soit soumis à l’autorité de l’État islamique. Jusqu’à ce moment, le monde est partagé en deux : la maison de l’islam et la maison de la guerre. Entre les deux existe un état de guerre moralement nécessaire, juridiquement et religieusement obligatoire jusqu’au triomphe final et inévitable de l’islam sur l’incroyance. » Bref, le djihad n’est pas un retour de bâton, c’est un projet de conquête. L’Occident doit se défaire de la croyance mégalomaniaque que, pour le meilleur et pour le pire, c’est toujours lui qui mène le bal. Il faut en finir avec l’ethnocentrisme de la mauvaise conscience. Les islamistes ne sont pas des corollaires, ce sont des sujets historiques à part entière. Aujourd’hui l’État islamique a une adresse. Le califat n’est plus un rêve mais un lieu. On peut donc et on doit répondre par la guerre à la terreur qu’il répand. Daech constitue une menace pour le monde entier. Mais ce n’est pas en bombardant Raqqa qu’on réglera le problème posé par la sécession culturelle à Molenbeek et dans de nombreuses cités françaises ou par la montée de l’intégrisme religieux jusque chez les chauffeurs de bus de la RATP.

Sommes-nous prêts pour cette longue lutte ?

Lutter contre l’islamisme, c’est se donner les moyens de reprendre les territoires perdus de la nation en reconstruisant l’école républicaine abêtie, abîmée et même saccagée par un demi-siècle de réformes démagogiques et en maîtrisant les flux migratoires, car plus il y a d’immigrés venus du monde arabo-musulman, plus la communauté nationale se fragmente et plus se développe la propagande radicale. Mais est-il encore temps ?

Dans votre dernier ouvrage, La Seule Exactitude (Stock), vous méditez sur le sursaut du 11 janvier, les espérances et les déceptions que cette marche a pu faire naître. S’agit-il désormais d’histoire ancienne ?

L’esprit du 11 janvier était un leurre. Mon seul et fragile espoir est que le 13 novembre nous ait enfin ouvert les yeux.

(1) « La Seule Exactitude » (Stock). 20 €.

(2) Titre du dernier ouvrage de Régis Debray consacré à la disparition de l’Histoire.

dimanche, 15 novembre 2015

Nous sommes en guerre!

Nous sommes en guerre sur le terrain au Proche Orient contre daech ; mais nous sommes aussi en guerre sur le sol de la République contre daech et ses relais locaux. Depuis des années, une minorité salafiste extrémiste infiltre certaines mosquées et quartiers. Le gouvernement, les RG, l'administration nationale et territoriale, l'armée, la police , TOUT LE MONDE le sait !

Va-t-on continuer à « faire l'ange » et brandir les Droits de l'Homme et autres principes fondamentaux de l' histoire de notre pays alors qu'aujourd'hui le principal droit pour un citoyen est de vivre et vivre en paix !

N'oublions pas que nous sommes en 2015, à l'ère d'internet et que nos ennemis utilisent les armes de notre temps alors que nous en sommes encore à pérorer sur les grands principes de l'humanité.

Peut-on encore accepter certains prêches ou conférences, peut-on encore accepter certains quartiers où la police ne se rend pas, peut-on encore accepter de vider les prisons?

L'union nationale n'est pas la faiblesse nationale ; la lutte contre la barbarie et les extrémistes doit parfois utiliser les mêmes armes que celles utilisées par nos ennemis. Les attaques par drônes, malgré les dommages collatéraux qui posent question permettent d'éviter à nos soldats de perdre la vie . Les attentats d'hier n'ont touché que des innocents et n'oublions pas aussi leur famille.

Mais arrêtons de nous voiler la face derrière la laïcité, le vivre ensemble, l'islamophobie. Une réalité est certaine : daech veut anéantir l'occident, décadent pour lui et utilise toutes les armes en sa possession, sans aucun scrupule, retenue, modération. Peut-être devrions nous changer de méthode et de type de réponse ? Peut-être la communauté musulmane modérée devrait elle-même s'impliquer en fonction de ses possibilités dans cette lutte ?

Il faut en même temps que l'Europe, concernée par cette guerre mette en place rapidement une riposte commune mais aussi et surtout une politique commune au Proche-Orient. En politique internationale le principe de réalité est parfois nécessaire.

Enfin il devient indispensable que nos gouvernants se penchent, non pas de façon partisane et avec une posture politique sur les ghettos et communautés qu'ils ont laissé se constituer depuis des décennies, sans travail et sans avenir, vivier de ces « combattants » qui ne reconnaissent ni foi, ni loi, ni leur famille, ni leur pays et sont totalement manipulés.

L'Europe "a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre".

lundi, 2 novembre 2015

Il faut sortir de l'ambiguïté sur l'adhésion de la Turquie en Europe - Arnaud Danjean - Le Figaro 21/10/2015

LE FIGARO. - Angela Merkel a accepté la relance des négociations sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, alors que la chancelière prenait soin de distinguer ce sujet de celui des migrants la semaine dernière encore. Pourquoi un tel revirement ?

ARNAUD DANJEAN. - Le soudain afflux de réfugiés en Europe par la Grèce et les Balkans est intervenu parce que la Turquie l’a permis. Soit de façon délibérée (en s’abstenant d’entraver les passeurs, pour ne pas dire plus), soit en conséquence de son choix de relancer sa « sale guerre » contre les Kurdes. En ajoutant un facteur d’instabilité dans une zone déjà exsangue, alors que plus de deux millions de réfugiés syriens se trouvent en Turquie, Ankara n’a fait qu’accélérer les départs massifs. Cette logique du chantage et du « tout ou rien » est une constante de l’attitude d’Erdogan dans ses relations avec chaque pays de l’Union européenne. Il ne fonctionne que dans un rapport de force pour ramener les Européens - dont il connaît les réticences - à la mécanique de l’adhésion. Dans cette logique, toute avancée possible (et même parfois souhaitable, car il y a des domaines d’intérêts communs, notamment sur le plan économique) est prisonnière d’une revendication politique turque maximaliste. Face à la situation d’urgence actuelle, la Turquie se sait indispensable aux Européens et en profite pour faire monter les enchères. Là où Merkel pense faire une concession technique, Ankara revendique une victoire politique. La vérité est objectivement entre les deux. Une coopération est dans l’intérêt commun et l’ouverture d’un chapitre reste d’une importance relative. Mais l’instrumentalisation extrême produit des ravages dans les opinions publiques.

Comment se déroulent les négociations au quotidien ? Des chapitres nouveaux de négociation ont-ils été ouverts récemment ? Quels avantages la Turquie tire-t-elle de son statut de pays candidat ?

Les négociations - conduites par la Commission mais devant être validées à chaque étape par l’unanimité des États membres - ont commencé fin 2005. Il y a 35 chapitres techniques (des paquets de législation sur tous les grands domaines) dont 33 doivent être négociés et conclus avant d’espérer adhérer. À ce jour, 14 ont été ouverts et un seul a été bouclé positivement. Moins de 3 % du chemin d’adhésion en dix ans : c’est la réalité du processus d’adhésion. Il ne faut donc pas jouer à se faire peur ! Mais il est vrai que le gel des négociations obtenu par Jacques Chirac en 2006 puis renforcé par Nicolas Sarkozy en 2007 - en raison de la non-application par la Turquie d’accords douaniers sur Chypre - a été rompu en 2014 avec l’ouverture des discussions sur un nouveau chapitre. Au plan financier, le statut de pays candidat permet d’accéder à des fonds dits de « pré-adhésion », qui s’élèvent à environ 700 millions d’euros par an pour la Turquie. D’autres fonds peuvent s’ajouter à ce montant, consacrés à des sujets spécifiques - par exemple celui des frontières, en cause actuellement. Cet effort financier devrait être un véritable levier politique de l’Europe pour avoir des exigences plus fortes

Pourquoi Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas mis un terme aux négociations d’adhésion avec Ankara pendant sa présidence ?

Nicolas Sarkozy avait confirmé et amplifié le gel des ouvertures de chapitres. C’était le maximum de ce qui était juridiquement et politiquement possible. Car ce processus repose sur des traités entérinés. L’association de la Turquie à la Communauté économique européenne date de… 1963. Et, aussi curieux que cela puisse paraître, le traité de 1963 comporte une référence claire à la perspective d’une adhésion future, qui s’explique par le contexte de l’époque (guerre froide, choix du camp occidental et de l’Otan par Ankara, régime séculaire de la Turquie). Surtout, Ankara s’est vu reconnaître le statut d’État candidat en 1999. Et toute décision de l’Union européenne sur ce sujet, positive ou négative, se prend à l’unanimité des 28.

Quels pays de l’Union européenne soutiennent encore l’entrée de la Turquie ?

On peut classer les pays européens en trois groupes inégaux sur cette question : ceux qui (Royaume-Uni en tête mais aussi certains pays du Nord) sont favorables à l’entrée de la Turquie, par fidélité à leur conception d’une Europe simple marché, à la dimension politique minimaliste. Ceux (en particulier à l’Est) qui n’osent pas s’opposer ouvertement au principe d’élargissement car ils en ont eux-mêmes bénéficié voilà onze ans, même s’ils ne sont guère enthousiastes à l’entrée d’une Turquie qui reste, historiquement et culturellement dans leurs opinions publiques, le successeur des envahisseurs ottomans. Enfin, les rares pays qui ont, à un moment ou à un autre, clairement exprimé leur opposition : France, Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Grèce. Mais, aujourd’hui, même ces pays-là n’assument plus leur opposition. François Hollande a ainsi « dégelé » en catimini et avec beaucoup d’ambiguïté l’opposition de la France aux négociations. L’Allemagne aussi, même s’il s’agit de la part de Merkel d’une démarche diplomatique assumée pour tenter d’obtenir des contreparties politiques fortes. C’est dangereux car beaucoup de pays européens se rassuraient en se disant qu’in fine, Paris et Berlin mettraient un veto. Si la France et l’Allemagne laissent filer le processus sans négocier de contreparties stratégiques, la Turquie aura beau jeu de s’engouffrer dans cette brèche et d’aviver nos contradictions.

Peut-on prétendre négocier jusqu’au bout et dire « non » à la fin ?

Le problème est qu’une rupture pure et simple des négociations est juridiquement compliquée et surtout politiquement peu vraisemblable. Et sans doute pas vraiment souhaitable, d’ailleurs, tant il est de notre intérêt de ne pas couper tous les ponts avec la Turquie. Le véritable enjeu stratégique est de sortir de cette logique du « tout ou rien » qu’Erdogan brandit avec un cynisme insupportable et de préparer une issue mutuellement acceptable à cet improbable processus. L’idée française promue par Sarkozy en 2007 de partenariat stratégique reposant sur un rapprochement maximal sur des sujets d’intérêt commun (sécurité, économie, énergie) sans intégration pleine et entière à l’Union européenne était l’idée la plus réaliste. Mais elle fut repoussée par Ankara qui ne veut pas paraître se contenter d’une adhésion de seconde zone et nous prend au piège de nos propres engagements passés. Il faudra bien sortir un jour de ces ambiguïtés et de cette navigation à vue !

(Le Figaro Guillaume Perrault)

mercredi, 16 septembre 2015

Crise humanitaire?

4 millions de réfugiés au Liban, Turquie et Jordanie, 2 millions de réfugiés en Afrique sub-saharienne et 1 million bientôt en Europe.

Les guerres et la pauvreté en sont les causes principales. Mais que fait la communuaté internationale, l'ONU, l'Europe ? Cette situation était prévisible et il semble qu'un manque de vision, de statégie et de volonté ont été leur ligne politique. Après la mondialisation de la finance, des biens et des services, voici venu le temps de la mondialisation des personnes.

En Afrique, on assiste à des guerres de religion et tribales. Au Moyen Orient, outre la prise de pouvoir par Daech et ses méthodes barbares, nous sommes confrontés à des jeux d'influences entre les puissances locales: Arabie Saoudite, Iran, Irak, Turquie et des conflits religieux entre sunnites et chiites. L'ingérence internationale n'est pas absente.

L'arrivée de centaines de milliers de migrants en Europe, la photo de la mort du petit Aylan ont entrainé de l'émotion et des mesures de solidarité mais à postériori.

Or ces crises ne peuvent pas être résolues par l'émotion qui en aucun cas ne peut constituer une potlitique nationale ou internationale ; elles doivent être abordées d'un point de vue politique, économique et humanitaire :

- Politique : Que ce soit Daech, Boko Haram, la Syrie, la Libye, la solution doit venir des politques et des puissances locales et occidentales. Seule une solution politique et une mobilisation diplomatique permettront de résoudre cette crise. On est étonné du silence de l'ONU et du Conseil de Sécurité. Combien de milliers de morts supplémentaires et de centaines de milliers de migrants faudra t-il pour que des solutions soient trouvées.

On entend beaucoup parler d'accueil mais beaucoup moins de lutte contre ce trafic de personnes humaines que sont les passeurs en particuliers libyens et des balkans avec un CA représentant des dizaines de millions d'€. Une nouvelle économie « noire » ou grise est en train de se créer. Cette lutte devrait être également une des priorités des Etats. Les contacts entre les polices des différents pays européens doivent être renforcés. Les premiers résultats entre les italiens, allemands et français sont encourageants. Le mal doit aussi être traité à «l'origine».

- Humanitaire : Dans le cas de tout ces migrants et réfugiés, il ne peut y avoir « non assistance à personne en danger » et l'accueil de l'autre est une obligation ; mais il doit être organisé dans le cadre de règles existantes ou nouvelles.

L'Europe est en premier plan, mais mal préparée pour ne pas dire pas du tout ; l'on assiste à des divisions et à un manque de vision et de stratégie à court et moyen terme. Ne serait-il pas urgent d'organiser en amont et si possible avec les pays « limitrophes » cette vague migratoire et revoir également les accords de Dublin totalement innaplicables vue la situation ?

L'accueil est indispensable mais ensuite?...Les quotas sont peut-être une solution mais la vraie question qui doit être posée c'est celle de l'intégration ou non de ces populations, de la différence entre un réfugié qui fuit la guerre ou la persécution et un émigrant pour raison économique, sans oublier les passeurs et autres terroristes. Un député allemand faisait remarquer qu'il paraît difficile d'accepter au nom du droit d'asile des immigrants venus de pays candidats à l'Union européenne pour des raisons de sécurité chez eux...soit ces pays sont sûrs et peuvent candidater soit ils ne le sont pas et ils doivent rester en dehors de l'Europe .

L'Europe va devoir quoi que l'on en dise revoir, réformer et réorienter sa politique Schengen, son droit du sol, les conditions de la libre circulation et les fondements de son intégration : renforcer la politique aux frontières extérieures, harmoniser des visas longs séjours, appliquer les décisions d'expulsion ....

- Economique : Suivant les pays européens, certains voient dans cet afflux de population comme une chance de main d'oeuvre souvent qualifiée, d'autres comme une menace vu le chômage actuel. Il paraît important et nécessaire de se souvenir des vagues d'immigrations qui ont eu lieu en 1936, en 1945 mais aussi des boats people et qui ont sûrement bouleversé davantage le paysage économique qu'aujourd'hui et qui se sentent parfaitement intégrés. L'immigration peut être une chance pour nos économies mais pas à n'importe quelle condition et en particulier celle de la perte des identités nationales.

Ce point de vue économique devra être pris en compte avec les différences par pays ; l'Allemagne dont la population vieillit sera plus encline à accepter des migrants que des pays comme la France et ou du Sud de l'Europe. Comment ce défi va t-il être géré et conduira t-il à une stratégie nationale ou européenne ? Et n'oublions pas que crise économique et/ou vieillissement de population crée un appel d'air pour une main d''oeuvre à bon marché.

D'autre part, l'aide au développement de ces pays « d'origines » doit être totalement reconsidérée et elle relève à la fois de l'Europe mais aussi de la communauté internationale.

Toutefois l'on ne pourra échapper à la question de l'intégration et de la religion , absente dans ces années antérieures et qui aujourd'hui sont au cœur des préoccupations d'une partie du monde. Ne lit-on pas que des salafistes allemands recrutent déjà parmi les réfugiés ? Fermer les yeux serait un « suicide ».

La pensée unique et le politiquement correct doivent être dépassés si l'on veut avoir une vision à long terme de ce que sera l'Europe dans les 20 à 30 ans à venir. Enfin, les médias vont avoir un rôle à jouer mais devront éviter les réactions excessives et émotionnelles auxquels ils nous ont habitués.

samedi, 12 septembre 2015

Jean Pierre Le Goff: "Nous assistons à l'extension indéfinie de la notion de culpabilité" Le Figaro 5-6/09/15

Jean-Pierre Le Goff : « Nous assistons à l’extension indéfinie de la notion de culpabilité »

  Vincent Tremolet de Villers


LE FIGARO. - La photo tragique d’Aylan Kurdi a ému l’Europe entière. Est-ce une prise de conscience de la tragédie migratoire à laquelle nous assistons ?

Jean-Pierre LE GOFF. - Cette photo n’est pas seulement tragique, elle est insoutenable. En montrant le cadavre d’un enfant, elle fait surgir un flux d’émotions difficilement maîtrisables qui, une nouvelle fois, risque de tout emporter sur son passage. Quand certains journalistes osent poser la question : « Comment auriez-vous réagi si c’était votre enfant ? », que pouvez-vous répondre ? Cette question me paraît monstrueuse car elle paralyse d’emblée l’interlocuteur et le condamne à se sentir coupable. Je trouve indécent et immoral le fait de se servir de la photo d’un cadavre d’un enfant pour prétendre faire prendre conscience de la gravité du mal et de la situation tragique de ces populations. S’exerce une forme de chantage émotionnel qui suscite moins une prise de conscience - qui suppose précisément la capacité d’un recul réflexif - qu’un sentiment d’impuissance et de culpabilité malsaine. L’expression débridée de l’indignation donne lieu à une sorte de surenchère qui s’étale dans les médias et les réseaux sociaux. Nous sommes dans une société non seulement bavarde, qui a tendance à considérer qu’on a agi sur le monde quand on a beaucoup parlé à son propos, mais dans une société « communicationnelle » où les images chocs et les réactions émotionnelles l’emportent de plus en plus sur la raison.

Sommes-nous collectivement coupables de la mort de cet enfant ?

Nous ne sommes évidemment pas « coupables » de la mort de cet enfant. Se sentir coupable d’une chose pour laquelle nous n’avons pas pris une part active n’a pas de sens. Avec toutes ses limites et ses incohérences sur lesquelles il faudrait pouvoir agir, l’Union européenne sauve des vies et essaie tant bien que mal d’aider ces populations. On peut trouver l’action de l’Union européenne insuffisante, incohérente et impuissante, on peut estimer indigne l’attitude de certains pays, mais on ne saurait les rendre coupables de la mort de cet enfant.

À vrai dire, nous assistons à l’extension indéfinie de la notion de culpabilité dans une logique qui lamine l’estime de nous-mêmes, en nous rendant responsables de tous les maux. Cette logique pénitentielle nous désarme face au défi que représentent ces flux de populations qui fuient la guerre et la barbarie de l’État et des groupes terroristes islamiques, car elle tend à embrouiller les responsabilités, implique l’idée de fautes que nous aurions à réparer dans l’urgence en confondant la politique avec l’humanitaire et les bons sentiments. Nous devons secourir les victimes et prendre en compte la situation des réfugiés avec une éthique de responsabilité qui reconnaît la réalité des frontières.

Bien plus, quand tout le monde est déclaré « coupable », il n’y a plus de responsabilité assignable et tout le monde est rabattu sur le même plan, en étant renvoyé à sa conscience individuelle qui se doit de prendre en charge le fardeau des malheurs du monde. État, société et individus se confondent dans un grand déballage émotionnel où tout le monde se déclare responsable et réagit sur le moment en proclamant haut et fort que cette fois-ci sera la bonne pour agir comme il se doit. Combien de fois n’avons-nous pas entendu ce message, répété à l’envi comme un mantra ?

S’indigner sur les réseaux sociaux est devenu un geste politique. Le premier ministre le fait comme les principaux leaders de l’opposition. Est-ce leur rôle ?

Par la fonction qu’ils occupent et les moyens d’agir dont ils disposent, les politiques ont une responsabilité particulière qui ne se confond pas avec celle des citoyens ordinaires. En l’affaire, l’émotion qui se veut partagée peut servir à noyer leur impuissance dans le déballage de leurs états d’âme et de leur indignation, sans parler du souci qui n’est pas absent de revaloriser leur image dans l’opinion. Une telle optique, loin de les rapprocher du peuple, comme ils le croient, contribue un peu plus à leur discrédit, car le peuple en question attend d’eux autre chose que de bonnes paroles et des incantations. Nous sommes arrivés dans ce domaine à un point de saturation. La chose qui m’étonne le plus est que nombre de politiques ne semblent pas s’en rendre compte et continuent de fonctionner en boucle comme les grands médias audiovisuels qui les fascinent et qu’ils craignent à la fois.

Les choix faits par François Hollande au lendemain de la publication de cette photo d’un enfant kurde mort sur une plage donnent l’image d’une politique à la remorque de l’émotion et d’un journalisme sans scrupule qui se prend pour un éveilleur de conscience et un redresseur de torts d’un peuple qu’il juge insensible et lâche. La réaction de la ministre de l’Éducation nationale sur un plateau de télévision va dans le même sens. Estimant que la publication de cette photo était nécessaire pour « ouvrir les yeux » et « être éclairés » sur la réalité des situations terribles des migrants, la ministre semblait oublier que les idéaux républicains dont elle se réclame donnent une place centrale à la raison, considèrent que l’« émotion est mauvaise conseillère » et entendent « éclairer » les citoyens d’une tout autre manière que par le choc des photos. Dans le tourbillon de la communication, les principes ne sont plus de mise, les mots perdent leur sens ; il importe avant tout de réagir au plus vite et de faire part de son indignation.

L’émotion est-elle une des composantes de la politique ?

Une partie de la classe politique a suivi cette évolution problématique quand elle n’a pas elle-même entretenu cette illusion avec des promesses démagogiques. Aujourd’hui, c’est le compassionnel et la « politique de l’ambulance » qui semblent l’emporter faute de projet plus structurant et de vision prospective à long terme qui permettent au pays de s’y retrouver et de se réinsérer dans l’histoire.

L’émotion est présente dans la politique comme dans les autres domaines de l’existence individuelle et collective, mais par la nature même de l’activité, des responsabilités et de la représentation du pays et des institutions qu’elle implique, elle exige précisément, plus qu’ailleurs, de savoir contenir et maîtriser ses émotions. C’est précisément ce qui semble s’être passablement érodé aujourd’hui au profit d’un « égotisme » qui a du mal à se contenir et qui s’affiche inconsidérément dans les réseaux sociaux et dans les médias. Ce n’est pas avant tout ces derniers qui sont en cause même s’ils se prêtent à ce genre d’exercice, mais un nouveau type d’individualisme autocentré, à la fois sentimental et crispé sur sa carrière et ses ambitions.

Comment aborder le défi que représentent ces nouveaux flux migratoires ?

Plutôt que de nous sentir « coupables », la question est de savoir si nous sommes prêts à affronter le mal à sa racine en traitant les causes qui provoquent ce flux d’immigration et en premier lieu la guerre et la barbarie dont l’État islamique et les groupes terroristes sont responsables et coupables. Si la réponse militaire n’est pas la seule, elle n’en est pas moins une condition première et indispensable à tout règlement. Ce combat-là ne relève pas de l’indignation et de la morale, mais de la politique et de l’action militaire sur le terrain. Sommes-nous prêts avec d’autres à en payer le prix ?

La réponse ne me paraît pas aller nécessairement de soi dans une société marquée par un certain pacifisme et un angélisme que le 11 janvier a ébranlés mais qui n’ont pas pour autant disparu. Les images, l’émotion et la morale réduite à l’indignation et aux bons sentiments sont devenues les modes d’expression d’une société qui a perdu le sens du tragique et de l’histoire, en croyant vivre à l’abri des désordres du monde. Une partie de la société et de la classe politique n’entendent pas vraiment remettre en cause cette illusion. Qui aura le courage de trancher et de faire des choix clairs et cohérents ?

dimanche, 26 juillet 2015

Grèce éternelle

Grèce éternelle

Il paraît que l'entrée de la Grèce dans l'Union Européenne en 1981 est due au fait que «On ne laisse pas  Platon attendre » (VGE).

Lorsque l'on analyse la « tragédie » qui vient de se jouer l'on a aussi envie de dire que Eschyle, Sophocle et Euripide ne sont pas très loin !

Le jeu de poker menteur auquel on assiste depuis plus de 30 ans laisse rêveur s'il ne mettait en jeu la souffrance d'une partie du peuple grec.

Le clientélisme, l'argent au noir, l'absence d'administration, les comptes truqués....sont connus de tous depuis 2004. Mais déjà en 1858, Edmond About écrivait un livre « La Grèce contemporaine » avec les remarques suivantes :



image_blog.jpg

Et pourtant, l'Europe, le FMI, les instituts internationaux, les banques ont continué de prêter à la Grèce.

Alors cette  « tragédie » à laquelle l'on assiste depuis maintenant presque 5 ans était prévisible, même si les politiques économiques et d'austérités prônées par la troïka ont montré leur inefficacité. Le FMI l'a d'ailleurs reconnu dans un rapport mais quelles conséquences en a t-on tiré? Et maintenant l'on lit régulièrement qu'il faut restructurer la dette, chose impensable il ya a encore quelques mois....

Grexit ou pas Grexit, ce n'est en fait que la face visible de l'iceberg, deux questions sont sous-jacentes :

- La Grèce fait partie de l'Europe et dans la situation internationale actuelle, est il possible qu'elle quitte l'Euro et l'Union Européenne : la réponse est non. Il en est de même pour l'OTAN .

- La Grèce doit et peut se réformer, mais qui sera capable d'imposer ces réformes si le peuple grec lui même traîne les pieds ? Il est aussi très étonnant de remarquer le « silence » de l’Église Orthodoxe, une des « puissances économiques »présente dans le pays et premier propriétaire terrien,

Le plan accepté à contre cœur par le Premier Ministre grec et le Parlement suffira t-il à relancer «la machine », à réformer, investir et rendre possible la croissance ? Certains en doutent.

L'Europe qui durant des années a accepté ces situations, ces prêts et a longtemps fermé les yeux, n'a pas donné l'image d'une stratégie très claire et l'on ne peut que le regretter. Mais en même temps elle avait en face d'elle un Premier Ministre et un Ministre des Finances qui pensaient pourvoir s'affranchir des règles européennes. Contre poids au partie d’extrême droite « Aube dorée » et soutenu par Mr Soros comme certains semblent l'indiquer, réussira t-il la ou les autres partis ont échoué ?

Il est urgent de renforcer l'union économique et monétaire en Europe, de s'attaquer au chômage et en particulier à celui des jeunes et de travailler sur un plan de relance dans le cadre du respect des règles communautaires.

Une vision à long terme est dorénavant nécessaire et l'Europe/l'euro doivent s'affirmer et il est urgent que l'Europe reprenne en main son destin économique, financier mais aussi et surtout humain. Le drame de l'immigration actuelle fait partie de ces défis et la Grèce est également en première ligne.

De la Grèce antique à l'Europe actuelle, espérons qu'une vraie solution sorte de cette « tragédie ».

dimanche, 5 juillet 2015

Dans quelle monde vivons nous?

Tout semble « s'écrouler » depuis des années et sans vraiment s'arrêter : tremblements de terre, typhons, catastrophes naturelles, pauvreté, dérèglement climatique, perte de valeurs, d'identité, guerres de religions, fanatisme, terrorisme (physique mais aussi intellectuel), émigration économique et culturelle, pauvreté, chômage, désintérêt politique, domination de la finance de plus plus complexe , corruption, drogue, sans oublier bien sûr la « barbarie » qui frappe toute une partie du monde.

Depuis le XXéme siècle et le début du XXIème, l'on a assisté à plusieurs génocides et actes de barbarie : Shoah, Cambodge, Rwanda et maintenant au Moyen Orient et en Afrique l'assasinat et l'éradication de milliers de personnes. Va t-on parler d'une mondialisation de la terreur ?

L'on est le témoin de la désintégration d'un ordre politique international, de guerres de plus en plus « locales » mais meurtrières et ne respectant plus aucune « règle » : Proche et Moyen Orient, Afrique. Il n'y a plus de « droit de la guerre ». Aucun projet politique crédible aussi bien chez les pays concernés que chez les grandes puissances n'apparaissent. Le politiquement correct devient la règle de pensée universelle.

La guerre d'Irak aura été le déclencheur de bouleversements qui frappent toute une partie du monde et de ce désastre humain que sont les flux de réfugiés (plus de 60 millions) et l'émigration.

Nous somme dans un monde multipolaire et non plus bipolaire où l'on assiste à un déclin de l'occident ; mais l'on a aussi l'impression que ce même occident exporte ses problèmes et ses pertes de valeurs. Les problèmes de la famille qui émergent en Asie sont la conséquence directe de la dislocation de la famille dans le monde occidental et de son mode de consommation. Ce même monde est confronté à un « mal-être » malgré les énormes progrès dont il a bénéficié ; le phénomène de l'obésité en est un exemple – plus de 30% de la population mondiale - et ce dernier atteint également les pays émergents ce qui pose de vraies questions sur notre société de sur-consommation dans ce monde qui continue à avoir des hommes, des femmes et des enfants qui meurent de faim (près d'un milliard).

Les inégalités augmentent de plus en plus, dans les pays de l'OCDE mais aussi dans les pays émergents. Une sorte de chaos semble s'installer.

Nous vivons dans l'instantané, l'émotion et internet participent à ce phénomène et pourtant le temps de réaction des Etats est de plus en plus long, dans les grandes crises humanitaires ou politique: Ebola, Daech, Yemen, émigration en Méditérannée. La révolution numérique qui a entrainé des progrès immenses pour l'humanité est aussi maintenant le support des pires films, vidéos, séries où la violence, le crime, la terreur sont la règles. Faut il alors s'étonner que cette violence se retrouve dans la vie de certaines personnes ?

Malgré les moyens techniques et modernes (communications, transports...) l'on a l'impression d'une certaine passivité due sans doute à la bureaucratie et à un repli sur soi même. Un monde multipolaire où comme vient le dire le pape François, une 3ème guerre mondiale « par morceaux » se déclare.

La faculté d'oubli des « nations » est aussi tres grande et beaucoup de promesses ne sont pas tenues ; que l'on se souviennent du Tsunami, de Haiti, de Fukushima, du Népal, quel « gap » entre les dons promis et la réalité, entre les projets et leur réalisation, entre l'émotion spontanée et la suite.

Que dire enfin du respect de la nature, de la destruction des ressources naturelles et des conséquences pour notre planete et notre humanité ? Ce sont les plus pauvres qui en subissent les premières conséquences. Indépendemment de son coté « politique », la conférence sur le climat en cette fin d'année permettra t-elle d'avancer et de prendre les mesures nécessaires pour les 50 prochains années ? L'homme va t-il enfin prendre conscience que la nature est à respecter qu'il est à son service et non le contraire.

Quels chocs, quels évênements, quelles personnalités nous permettront de réagir et de remettre l'homme et sa dignité au centre de notre vie et de notre planète?

dimanche, 29 mars 2015

Jean Pierre Le Goff: " Le front National st le trou noir de la politique" Le Figaro 21-22 mars 2015

Jean-Pierre Le Goff : « Le Front national est le trou noir de la politique »

 illers

PROPOS RECUEILLIS PAR Vincent Tremolet de Villers

LE FIGARO. - En deux mois la France est passée du 11 janvier à la campagne des élections départementales. Tout est redevenu comme avant ?

Jean-Pierre LE GOFF. - Après les événements de janvier, nous avons assisté à une prise de conscience des dangers du terrorisme islamiste et de l’islamisme radical. La mentalité angélique et pacifique en France a été ébranlée. Les diverses mesures prises par le gouvernement et les nouvelles lois en matière de sécurité discutées au Parlement en témoignent. Mais cela ne veut pas dire pour autant que cette mentalité ait disparu. Elle se redéploie dans le champ intellectuel et médiatique, sous les formes renouvelées d’une fraternité universelle qui plane dans les nuées et d’un œcuménisme mou qui évite soigneusement les questions qui fâchent. La nécessité impérative de combattre les germes de guerre civile et la volonté d’unifier le pays ne doivent pas conduire à un nouveau consensus informe qui « noie le poisson » et ne règle rien.

On invoque « l’esprit du 11 janvier » et on « remet le couvercle » sur le débat d’idées par peur de diviser et de « discriminer ». En même temps, le débat et la confrontation intellectuelle sont placés sous la surveillance d’associations communautaristes qui se sont faites les dépositaires de la morale publique et n’hésitent pas à porter plainte pour un oui ou pour un non. C’est malheureusement ce qu’encourage une nouvelle fois le gauche au pouvoir au nom de la lutte contre les discriminations, renforçant ainsi l’enfermement dans une mentalité victimaire d’une partie de nos compatriotes musulmans. La politique de l’aveuglement volontaire et l’incohérence pratiquées au nom de bons sentiments n’ont donc pas disparu. Elles aboutissent à dénier ou à minimiser à tout prix les problèmes qui, n’ayant pas trouvé leurs canaux d’expression dans un cadre démocratique qui les rend intelligibles et les civilise, reviennent par la fenêtre sous la forme du défoulement populiste et de l’extrémisme.

La campagne du PS s’est concentrée sur le Front national et les « valeurs républicaines » menacées… Était-ce opportun ?

Tout d’abord, ces élections départementales ont un caractère quelque peu surréaliste : après avoir annoncé la mort prochaine des « départements » et des conseils généraux il y a moins d’un an, les Français sont invités à voter à des « élections départementales » qui remplacent les « élections cantonales » pour élire un binôme homme-femme dont le citoyen ignore le pouvoir exact dans le cadre de départements dont on n’a pas encore bien défini les compétences… Sans prétendre que ce seul facteur explique l’abstention, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne crée pas forcément une forte envie d’aller voter. Contre l’abstention, le responsable du Parti socialiste et des écologistes ont envisagé un outil miracle : rendre le vote obligatoire qui, aurait le pouvoir de réconcilier les Français avec la politique et ferait reculer le Front national… Jusqu’où ira le Parti socialiste dans cette politique de l’autruche bête, moraliste et autoritaire ?

Peut-on penser que le FN tire bénéfice de ce climat ?

À sa grande satisfaction, le FN est désormais placé au centre des débats politiques, médiatiques et des dîners en ville. La rhétorique de l’antifascisme pour tenter de remobiliser une gauche divisée et faire apparaître la droite comme l’alliée naturelle du FN fonctionne à contre-emploi en renforçant le vote protestataire chez les électeurs. De son côté, le président de la République consulte à tour de bras pour établir une nouvelle « synthèse » entre courants et alliés potentiels promettant des places ministérielles, comme au bon vieux temps de la IVe République et du Parti socialiste. Comment voulez-vous que les Français reprennent confiance dans la politique avec cette forme de mitterrandisme à petits pieds ? Un tel délitement brouille les enjeux électoraux, instrumentalise le suffrage universel et le Front national à des fins étroitement politiciennes, sur fond de chômage de masse, de crainte de nouveaux attentats terroristes islamistes et d’exacerbation des tensions au sein de la société.

La droite en profite ?

La droite aurait tort de renvoyer simplement la balle dans l’autre camp avec des formules chocs à l’emporte-pièce, du genre « FNPS » qui réjouit peut-être l’entre-soi des militants et alimente les grands médias, mais qui donne une piètre image de la politique. Le FN est devenu le trou noir d’une déliquescence de la politique, absorbant une bonne partie du « ras-le-bol », des rancœurs, des ressentiments, des logiques de bouc émissaire… qui se sont installés dans la société, tandis que les partis traditionnels en font un point de fixation paralysant qui les entraîne dans une spirale dont il n’est pas sûr qu’ils se relèveront.

De dérapages en polémiques, la surveillance de la parole s’est-elle renforcée ?

Avec la crainte du terrorisme et de l’extrémisme islamiste d’un côté, et la montée du Front national de l’autre, la crispation et la tension se sont accentuées. Un climat de confusion, de stress et de méfiance, au plus près des affects, est palpable. Dans cette situation, sur le plan politique, mais aussi sur le plan intellectuel, il peut paraître aujourd’hui plus difficile de dire les choses clairement et de rendre intelligible ce qui se passe. Beaucoup peut-être « n’en pensent pas moins », mais ils craignent encore de passer publiquement pour des islamophobes ou des partisans du FN, des « réactionnaires » ou des pessimistes aux yeux des conformistes qui refusent de regarder la réalité en face ou préfèrent l’édulcorer. Contre ces lâchetés qui s’accompagnent souvent de confusion intellectuelle, il s’agit de ne pas « noyer le poisson » sans pour autant verser dans une réactivité émotionnelle qui glisse vite dans la logique du bouc émissaire. Il peut paraître difficile d’occuper une telle position dans le climat actuel, mais il me semble que la politique en sortirait grandie si elle faisait valoir clairement un tel positionnement.

C’est l’inverse qui s’est passé avec les déclarations du premier ministre au lendemain des attentats de Charlie Hebdo sur la « France, qui n’est pas celle de Michel Houellebecq… » et plus récemment avec ses propos sur Michel Onfray. Ces déclarations imbéciles auxquelles s’ajoute l’usage de notions telles que « apartheid », « politique de peuplement » ou encore « fascisme islamique »… en disent long sur un état de confusion et de déculturation d’un discours politique qui s’exprime désormais dans une logique réactive de communication qui fait fi de l’importance symbolique du langage et de ses effets dans l’espace public. Cette déstructuration des significations est d’autant plus grave qu’elle s’exerce désormais aux plus hauts sommets de l’État.

Vous disiez au moment de l’affaire Leonarda que nous assistions à l’autodestruction de la politique. Qu’en est-il ?

L’émotion et la compassion victimaire sont devenues des modes privilégiés d’expression dans l’espace public et médiatique. La « proximité » émotionnelle et sentimentale, la volonté d’apparaître à tout prix comme tout le monde nuisent gravement à la spécificité et à la crédibilité de la politique. Elles ne rapprochent pas des citoyens mais réduisent le responsable politique à une « normalité » psychologique qui le dépouille de toute dimension institutionnelle, position favorable au « harcèlement » et au lynchage dans les médias et sur les réseaux sociaux où les nouveaux sans-culottes postmodernes sont légion.

Ce déshonneur et cette autodestruction de la politique accompagnent une érosion de la déontologie journalistique et des nouveaux modes de fonctionnement des médias. Les grands médias audiovisuels et les réseaux sociaux s’emballent à la moindre petite phrase dans une course effrénée à l’audience. Il y a un côté dérisoire et pathétique dans tous ces pseudo-événements qui, avec les faits divers en série, ramènent le débat public et politique à son plus bas niveau. Les politiques qui entendent faire valoir leurs arguments et leurs propositions ont du mal à les faire entendre face à des journalistes qui coupent sans arrêt la parole, zappent à grande vitesse d’un sujet à un autre sans souci de cohérence et d’ordonnancement. Il en va de même dans des émissions de débat entre journalistes ou entre intellectuels, quand ils sont animés par des animateurs vedettes qui font valoir sans plus de retenue ce qui leur passe par la tête.

Cette dérive ne date pas d’hier ?

Il me semble que depuis les attentats terroristes du mois de janvier et la polarisation autour du Front national, les débats publics et médiatiques ont pris une allure plus stressée. Des journalistes comme leurs invités se mettent à parler de plus en plus vite, se coupent constamment la parole dans une lutte où se mêlent la valorisation des ego et l’affirmation péremptoire d’opinions. Il n’y a nulle fatalité à ce que ce genre de discussion de bistrot continue, pour autant que des hommes politiques, des journalistes et des intellectuels refusent ce genre de fonctionnement, en montrant par leur attitude qu’il est possible de mener des débats calmes, argumentés et éclairants, comme cela arrive encore dans certains débats à la radio et à la télévision. Dans ce cas, la déontologie professionnelle et la culture de l’animateur ou de l’interviewer comptent beaucoup. Je suis inquiet du développement de l’inculture, de l’à-peu-près et du parti pris dans la diffusion de l’information. Le modèle du journaliste justicier démasquant les mensonges du pouvoir et des puissants s’est répandu dans les médias, y compris au sein des services publics, qui en ont fait un nouveau héros de la modernité.

Les politiques devraient refuser certaines émissions ?

Si l’usage de ces moyens d’information et de communication, la connaissance de la personnalité des responsables politiques et des candidats me paraissent faire partie des conditions de l’exercice politique dans les démocraties modernes, encore s’agit-il de ne pas s’aplatir devant des animateurs vedettes qui cherchent systématiquement à piéger l’interlocuteur ou à le déstabiliser par la dérision en mélangeant indûment les genres entre vie privée et vie publique. On assiste encore chaque semaine à ce triste spectacle où des politiques « en plateau » sont les proies d’une dérision adolescente ou de journalistes militants. Ce phénomène me paraît renvoyer, là aussi, au développement d’un individualisme egocentré qui, selon moi, n’est pas sans rapport avec le nouveau terreau éducatif et la pédagogie moderniste qui sévit depuis des années à l’école.

Votre propos ne risque-t-il pas une nouvelle fois d’apparaître comme pessimiste ?

Mon propos n’est pas si pessimiste qu’il y paraît, car je suis persuadé que nous arrivons à la fin d’un cycle historique, même si nous ne voyons pas encore émerger clairement un renouveau. En 2005, j’avais caractérisé la campagne présidentielle comme une « catharsis pour un changement d’époque » (La France morcelée, Folio, 2008). Nous n’avons pas encore changé d’époque et la catharsis a toujours lieu avec une liquidation chaotique et un règlement de comptes des problèmes accumulés depuis des années. J’espère que les débats politiques en liaison avec les élections présidentielles seront l’occasion de prendre de la hauteur et de réarticuler la politique à l’histoire autour de projets qui ne soient pas purement gestionnaires et comptables. Je crois qu’il est vraiment temps de changer d’époque en menant un véritable travail de reconstruction, faute de quoi la France sera de plus en plus ingouvernable, livrée au chaos des idées et à tous les extrémismes avec une Europe coupée des peuples et impuissante.

mercredi, 11 mars 2015

Ras le Bol!

Messieurs les politiques, les journalistes et autres « bien pensants » arrêtez de faire la promotion du FN, de ne parler que de lui, de vous faire peur et de nous faire peur ! Plus un débat de télévision, de radio, de titre de médias ne parlent des vrais enjeux des élections, du rôle des institutions locales , des vrais questions qui concernent les français.

Si 30% des français disent vouloir voter FN aux élections départementales et mettre Marine Le Pen en tête du 1er tour en 2017, vous êtes vous une fois posé la question du « pourquoi » ? Les responsables ce ne sont pas les français et les électeurs mais vous ! Vous êtes devenu une « caste » et vivez entre vous tout en voulant imposer votre point de vue. Vos débats entre politiciens et/ou pournalistes deviennent insupportables, la France « profonde » n'y comprend plus rien et s'en fou !

Alors de grâce, plutôt que de stigamatiser une partie des français, de faire vos gros titres sur un parti qui est légal, parlez nous de vos réformes, de vos projets et des sujets qui concernent notre vie. Il y a de vraies questions importantes où vous avez nous l'espérons des choses à dire et à faire: déficit, retraites, pouvoir d'achat, chômage, éducation, europe, créativité, investissements, pouvoir local …........etc.

De quoi rédiger de beaux discours et de beaux titres ! Un parti, un média ne se définit pas par rapport à des oppositions et des opprobres mais plutôt par rapport à des propositions et à l' adhésions de ses électeurs et lecteurs.

Si vos pronostics se vérifient, vous en serez les seuls responsables mais ce seront l'ensemble des français qui auront « la geule de bois » !

lundi, 9 février 2015

Denis Brague "En France, on a le droit de tout dire, sauf ce qui fâche" le Figaro 18janvier 2015

Débats Rémi Brague : « En France, on a le droit de tout dire, sauf ce qui fâche » MARIE-LAETITIA BONAVITA

- L’attentat contre Charlie Hebdo prétend prendre appui sur des motifs religieux. Y a-t-il une violence inhérente à la religion en général ?

Rémi BRAGUE. - Le mot de « religion » est déjà trompeur en soi. Notre idée d’une religion est calquée, même chez le bouffeur de curés le plus recuit, sur celle que nous nous faisons du christianisme. Nous allons donc dire : dans l’islam, il y a du religieux (les prières, le jeûne, le pèlerinage, etc.) et du non-religieux, la charia, dont les règles vestimentaires, alimentaires, etc. Et nous avons le culot de dire aux musulmans : renoncez à la charia et nous acceptons votre religion ! Mais ils ne voient pas les choses comme nous ; pour eux, la charia sous ses différentes formes, et avec toutes ses règles, fait partie intégrante de la religion. La mystique, elle, est certes permise, mais facultative.

Tout le système de l’islam, si l’on peut dire, repose sur la révélation faite à Mahomet. Attaquer le Prophète, c’est mettre en danger tout l’édifice. Allah est de toute façon bien au-dessus de tous les blasphèmes, c’est pourquoi le nier est presque moins grave…

La violence, inhérente à une religion ? Il faut distinguer les adhérents à une religion qui ont pu se laisser aller à des violences. Ils ont même pu les justifier au nom de leur religion. Ainsi Charlemagne convertissant de force les Saxons ou, bien sûr, ceux dont on parle toujours, les croisés et les inquisiteurs. Mais aussi les généraux japonais de la Seconde Guerre, bouddhistes zen. Ou Tamerlan, qui s’appuya au début sur les soufis de la confrérie des naqchbandis, dont les massacres, au XIVe siècle, surpassèrent ceux de Gengis Khan. Et rappelons que le plus grand pogrom antichrétien de notre siècle, en 2008, à Kandhamal (Odisha), a été le fait d’hindouistes, qui ne sont pas tendres envers les musulmans non plus.

Ceci dit, reste à se demander si l’on peut attribuer des actes de violence au fondateur d’une religion, à celui qui en reste le modèle et à son enseignement. Pour Jésus et Bouddha, on a du mal. Or, malheureusement, nous avons les recueils de déclarations attribuées à Mahomet (le hadith) et ses biographies anciennes, et avant tout celle d’Ibn Ishaq-Ibn Hicham (vers 830). Il faut la lire et se méfier des adaptations romancées et édulcorées. Or, ce qu’on y raconte comme hauts faits du Prophète et de ses compagnons ressemble beaucoup à ce que l’on a vu chez nous et à ce qui se passe à une bien plus grande échelle au Nigeria, sur le territoire de l’État islamique, ou ailleurs. Mahomet a en effet fait décapiter quelques centaines de prisonniers, torturer le trésorier d’une tribu juive vaincue pour lui faire avouer où est caché le magot (on pense au sort d’Ilan Halimi) et, ce qui ressemble fort à notre affaire, commandité les assassinats de trois chansonniers qui s’étaient moqués de lui. Il ne sert de rien de répéter « contextualiser ! contextualiser ! » Un crime reste un crime.

- Comment a évolué la notion de blasphème en France ?

La dernière condamnation pour sacrilège, chez nous, a été celle du chevalier de La Barre, en 1766. Je rappelle d’ailleurs qu’il avait été condamné par des tribunaux civils, les parlements d’Abbeville, puis de Paris, alors que les gens d’Église avaient essayé de le sauver… Nul doute que c’est en reconnaissance de ces efforts que l’on a donné son nom à la rue qui longe la basilique de Montmartre !

Une loi sur le sacrilège, votée en 1825 au début du règne de Charles X, a été abrogée dès 1830, au début de la monarchie de Juillet. Depuis lors, on pense davantage à des délits verbaux ou picturaux qu’à des profanations d’objets considérés comme sacrés. Ce qui n’empêche pas des crétins de combiner le verbal et le matériel en taguant des insultes sur des églises ou des synagogues et aujourd’hui sur des mosquées. La représentation de Dieu n’est pas autorisée par toutes les religions. La figuration de Dieu permet-elle plus facilement sa caricature ? La figuration de Dieu dans le christianisme repose elle-même sur l’idée d’incarnation. Le Dieu chrétien n’est pas enfermé dans sa transcendance. On ne peut monter vers lui, mais il a voulu descendre vers nous. Il est d’une liberté tellement absolue qu’il peut, pour ainsi dire, transcender sa propre transcendance et se donner lui-même une figure visible en Jésus-Christ. Les icônes, tableaux, fresques, statues, etc., bref les neuf dixièmes de l’art plastique européen, sont, en divers styles, la petite monnaie de cette première entrée dans la visibilité. Quant à se moquer de lui une fois qu’il a pris le risque de prendre une figure humaine, cela a été fait depuis longtemps, et en abondance. Les caricatures de Charlie, et les autres, ne sont rien à côté de ce qu’a dû subir, en vrai, le Crucifié. Leurs tentatives pour blasphémer sont donc moins du scandaleux que du réchauffé. Il est en tout cas intéressant que l’on se moque dans ce cas, non des tortionnaires, mais de leur victime…

- Peut-on dire que « l’esprit Charlie » est héritier de Voltaire ?

« Esprit » me semble un bien grand mot pour qualifier ce genre de ricanement et cette manie systématique, un peu obsessionnelle, de représenter, dans les dessins, des gens qui s’enculent… Voltaire savait au moins être léger quand il voulait être drôle.

Ceci dit, Voltaire est pour moi, outre l’un des plus enragés antisémites qui fut, celui qui a fait deux fois embastiller La Beaumelle, qui avait osé critiquer son Siècle de Louis XIV. Plus que ses tragédies, c’est l’affaire Calas qui lui a permis de devenir un de nos totems. Elle n’était pas la seule erreur judiciaire de l’époque. Pourquoi Voltaire a-t-il choisi de s’y consacrer ? Ses premières lettres, au moment où il apprend l’histoire, fin mars 1762, le montrent à l’évidence : parce qu’il voulait avant tout attaquer le christianisme. On se souvient du cas : un père protestant soupçonné d’avoir tué son fils qui aurait voulu se faire catholique. On pouvait donc gagner à coup sûr. Si le père Calas était coupable, honte au fanatisme protestant ; s’il était innocent, haro sur le fanatisme catholique… Mais attaquer les vrais puissants, les riches fermiers généraux ou les souverains, comme le régent ou le roi, pas question.

Donc, en ce sens, oui, il y a bien une filiation. Et n’avons-nous rien d’autre à offrir à nos concitoyens, et en particulier aux musulmans, qu’« être Charlie » ? Leur proposer, que dis-je, les sommer de s’identifier à cet irrespect crasseux comme résumant la France, n’est-ce pas les encourager dans le mépris de notre pays et dans le repli identitaire ? J’aurais préféré qu’on défilât en scandant : « Je suis Descartes », « Je suis Cézanne », « Je suis Proust », « Je suis Ravel »…

- La liberté d’expression étant inhérente à la démocratie, peut-on imaginer un islam modéré qui en accepte la règle, au point d’accepter la représentation de Mahomet ?

Je préférerais parler des musulmans de chair et d’os, non de l’« islam », mot ambigu qui désigne à la fois une religion, une civilisation millénaire et des hommes. Il est clair que bon nombre d’entre eux s’accommodent très bien de la démocratie et de la liberté d’expression qu’elle permet en France, liberté qui est plus limitée dans leurs pays d’origine. D’ailleurs, même les extrémistes en profitent, à leur façon, pour répandre leur propagande.

Parler d’islam « modéré » me semble de toute façon insultant pour les musulmans. Car enfin, si l’islam est une bonne chose, alors aucune dose ne sera trop forte. Il y a des musulmans que je ne dirais pas « modérés », mais tout simplement, pour employer un mot qui fera sourire, « vertueux »…

- N’y a-t-il pas, en France, une contradiction entre les usages du politiquement correct, la novlangue qui l’accompagne et l’affirmation que l’on a le droit de tout dire ?

Elle est manifeste, et pas seulement en France. On a effectivement le droit de tout dire, sauf ce qui fâche… Appeler un chat un chat est devenu difficile. On préfère des euphémismes, au moyen de divers procédés, les sigles par exemple. On dira IVG pour ne pas dire « avortement », et GPA pour ne pas dire « location d’utérus », etc. Ou alors, on dilue en passant au pluriel : on dira « les religions » alors que tout le monde pense « l’islam ». Ce n’est pas d’hier : on disait naguère « les idéologies » pour ne pas dire « le marxisme-léninisme ». En Allemagne, en Autriche, en Irlande, les lois proscrivent les atteintes au sacré. En France, le principe de laïcité, âprement défendu, les autorise. Comment concilier l’irrespect, le droit de ridiculiser, avec le respect des croyances ?

Les lois dont vous parlez sont très variées selon les pays. Et elles visent avant tout à protéger non les croyances, mais les personnes concrètes qui les professent. Elles ne se distinguent guère de lois contre la diffamation en général. En tout cas, les règles qui régissent notre chère laïcité n’autorisent pas les atteintes au sacré, au sens où elles les recommanderaient ; je préférerais dire qu’elles les tolèrent.

Le christianisme n’est pas une religion du sacré, mais de la sainteté. Un objet peut être sacré : un « lieu où souffle l’esprit », un monument, un arbre vert, une source, un animal - une vache par exemple -, mais il ne peut en aucun cas être saint. Seule une personne peut être sainte et, en elle, ce qu’elle a de plus personnel, sa volonté libre. Pour le christianisme, Dieu seul est saint. Ceux que nous appelons des saints ne le sont que par participation, par reflet.

Aucune croyance ne mérite le respect, même pas les miennes. C’est que les croyances sont des choses, alors que le respect ne peut avoir pour objet que des personnes. Et ce dernier respect, le seul qui mérite ce nom, est sans limite. Souhaitons qu’il soit réciproque…

- « Nous vivons un temps de profanation généralisée », disait Alain Finkielkraut au mois de janvier 2013, au moment de l’affaire Dieudonné. Que reste-t-il de sacré dans nos sociétés modernes ?

Nous payons le prix d’une vision des choses selon laquelle « ce qui est juste, c’est ce que dit la loi, voilà, c’est tout », comme l’a rappelé le 14 février 2013 le sénateur Jean-Pierre Michel, faisant d’ailleurs écho, sans le savoir, au système de défense des accusés du procès de Nuremberg. La conséquence de cette façon de voir est que ce que les hommes font, ils peuvent le défaire. En conséquence, ce qui sera solennellement décrété « inviolable et sacré » à un moment donné pourra très bien devenir par la suite un « tabou » qu’il faudra « dépasser ». Rien n’est donc à l’abri de la profanation.

Bon nombre de gens font de la profanation leur fonds de commerce. Je ne les envie pas, car leur tâche devient de plus en plus difficile. Sans parler du « politiquement correct » déjà mentionné, ils ont à affronter une baisse tendancielle du taux du profit, car il ne reste plus beaucoup de choses à profaner, faute de sacré encore capable de servir de cible. On a déjà dégommé tant de baudruches… Et à la longue, on s’ennuie à tirer sur des ambulances. On ne peut plus, par exemple, se moquer des gens qui se croient distingués, collet monté, comme on le faisait encore dans les films d’avant-guerre, car tout le monde, et surtout les grands bourgeois, a adopté des mœurs cool, décontract, etc.

Bien des symboles n’ayant pas ou plus de divisions blindées pour les défendre, on pourra donc cracher dessus sans danger. Mais alors, « on triomphe sans gloire ». Quand on persiste à s’en prendre à eux, il faudra constamment renchérir sur le blasphème précédent, aller de plus en loin, par exemple dans le scatologique. En revanche, on voit apparaître de nouvelles idoles, que l’on reconnaît à une sorte d’interdiction d’en rire.

jeudi, 22 janvier 2015

Le Dimanche, pause nécessaire à la cellule familiale Le monde24 decembre 2014

L'extension du travail dominical voulue par le gouvernement inquiète pédopsychiatres et sociologues

Quel serait l'impact d'une ouverture douze dimanches par an des commerces sur la vie privée et familiale des salariés concernés ? De façon étonnante, rien ou presque n'a été dit sur ce sujet depuis que le gouvernement a annoncé sa volonté d'étendre le travail dominical dans le cadre de la loi Macron, qui sera discutée à l'Assemblée nationale à partir du 26 janvier 2015. L'essentiel du débat a porté sur l'efficacité économique de la réforme, et sur la place supposée croissante de la consommation dans les loisirs. C'était l'un des principaux griefs formulés par la maire PS de Lille, Martine Aubry, dans sa tribune parue dans Le Monde du 11 décembre.

Quelques voix se sont élevées pour saluer la mesure, comme celle du sociologue Jean Viard pour qui le travail " arythmique " a du bon pour les individus. Thierry Pech, du cercle de réflexion Terra Nova, et Gilles Finchelstein, de la Fondation Jean-Jaurès, se sont insurgés contre l'idée que la puissance publique " règle pour tous les horloges du travail et du repos ".

Ces partisans de la mesure citent un sondage BVA du 4 décembre qui affirme que 62 % des Français sont favorables à l'ouverture des magasins le dimanche... en oubliant, signe de la forte ambivalence de la population, que 60 % ne sont, dans le même temps, pas d'accord pour travailler eux-mêmes ce jour-là. " Fléau relationnel "

Or, s'ils ne se sont guère fait entendre jusqu'à présent, les spécialistes de la famille interrogés par Le Monde s'inquiètent presque unanimement de la mesure. " Tout ce qui désynchronise les temps est destructeur de la famille, affirme ainsi le sociologue François de Singly. Dans la semaine, les gens ne sont pas très disponibles le soir en rentrant du travail.Le samedi, chacun part pour ses activités, c'est une journée de transition. C'est le dimanche qu'ils font une pause. Ce jour-là, les parents sont cool, comme disent les adolescents. C'est grâce à cela que tiennent les bonnes relations familiales. "

" Les enfants ont besoin d'un temps où leurs deux parents sont présents, dans un état d'apaisement, renchérit la psychanalyste Sylviane Giampino, spécialiste de la petite enfance. Quand on sait que personne ne travaille ni ne va à l'école le lendemain, la détente s'installe. De plus en plus, les parents se relaient auprès des enfants. Cette perte de cohésion est un fléau relationnel, donc psychologique pour le développement de l'enfant. "

Pierre Suesser, président du Syndicat national des médecins de protection maternelle et infantile, observe également un " stress croissant pour concilier vie professionnelle et vie familiale ". " L'imbrication croissante des sphères a un effet néfaste sur la tranquillité d'esprit des parents et leur disponibilité ", observe-t-il.

Le constat est partagé : peu importe que ce temps de repos à plusieurs ait lieu le dimanche, aujourd'hui largement désacralisé, ou un autre jour. " L'important, c'est de garder une pause commune, argumente M. de Singly. La difficulté à préserver ce temps où l'on se retrouve, c'est la fragilité de la famille d'aujourd'hui. Si on supprime progressivement les occasions, il sera très difficile de les recréer. "

Le dimanche ne serait donc pas - seulement - un jour de vie en collectivité forcée, voire d'ennui ? " Quand on est célibataire ou étudiant, on peut être content de travailler le dimanche pour gagner davantage ou payer ses études, relève le psychiatre Serge Hefez, responsable de l'unité de thérapie familiale à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris. Il me semble pourtant que cela doit être réduit au minimum. Pour un enfant ou un adolescent, sentir le groupe autour de soi est fondamental. Le dimanche est le seul moment où il est possible de mettre en place la cellule familiale, d'avoir des interactions et une transmission émotionnelle. " Cela ne concerne pas seulement les parents et les enfants, mais aussi les grands-parents, oncles et tantes, cousins et cousines, etc.

De telles préventions sont-elles disproportionnées, quand on parle de douze dimanches par an, compensés financièrement, et sur la base du volontariat ? " Si le travail du dimanche permet de desserrer l'étau des difficultés financières, ce n'est pas forcément un mal, reconnaît la psychanalyste Claude Halmos, qui a publié en septembre un ouvrage consacré aux effets psychologiques de la crise, Est-ce ainsi que les hommes vivent ? (Fayard, 286 p., 18,50 euros). Mais il serait souhaitable de ne pas être obligé de travailler le dimanche pour cela. On sous-estime les conséquences individuelles de telles mesures. Et rien ne dit que, dans cinq ans, le travail du dimanche restera un choix. "

Celui-ci n'a en effet cessé de progresser depuis une vingtaine d'années. " Le travail dominical touche principalement certains groupes sociaux, analyse Laurent Lesnard, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de l'emploi du temps dans les sociétés contemporaines, qui a étudié cette question en détail à partir des données de l'enquête " Emploi du temps " réalisée par l'Insee en 2009-2010. Aux côtés des professions chargées de missions de service public se trouvent des ouvriers et des employés du commerce et des services. Dans ces deux cas, ce sont principalement des salariés faiblement qualifiés du bas de l'espace économique. " " Perte de sociabilité "

Ces salariés ont plus souvent que d'autres des horaires atypiques en semaine. " C'est la double peine, affirme le chercheur. Ils voient déjà beaucoup moins leur famille et leurs amis la semaine et travaillent le dimanche. " L'impact sur la vie privée de tels horaires a été quantifié. " Des études menées aux Etats-Unis et aux Pays-Bas ont montré que, sur le long terme, ils augmentent le risque de conflits familiaux et de divorce ", relève M. Lesnard.

La récupération des dimanches travaillés compensera les heures, mais pas la sociabilité perdue. " Un dimanche travaillé n'a pas le même impact qu'un jour de semaine, affirme M. Lesnard. Il multiplie par deux la perte de sociabilité familiale et amicale. " Les parents séparés et les familles monoparentales focalisent les inquiétudes, car ils auront des difficultés d'organisation accrues et devront faire appel au système D pour faire garder leurs enfants. Rares sont les experts qui trouvent des effets positifs à la réforme. " Le fait pour les parents de se relayer auprès des enfants peut permettre de passer des moments seul à seul qui sont appréciés ", relève la pédopsychiatre Caroline Eliacheff. Pour le psychologue scolaire Laurent Chazelas, cela pourrait en effet être un " bénéfice secondaire "... à condition qu'il ne concerne pas toujours le même parent, au détriment de l'autre.

Gaëlle Dupont

(Les chiffres 29 % des salariés ont travaillé le dimanche en 2011, dont 13 % de manière habituelle, selon la dernière enquête du ministère du travail, publiée en octobre 2012. Ces chiffres étaient respectivement de 20 % et de 6 % en 1990. UN TIERS des cadres, des professions intermédiaires et des employés, contre 19 % des ouvriers, sont concernés par le travail du dimanche. Celui-ci est plus souvent habituel pour les employés, plus souvent occasionnel pour les cadres.

80 % des personnes assurant la protection des personnes et des biens travaillent occasionnellement ou habituellement le dimanche (policiers, surveillants de prison) - c'est le record. Viennent ensuite les salariés des services de santé (médecins, infirmiers, aides-soignants), dont 60 % travaillent le dimanche, puis les enseignants (57 %) et les salariés qui assurent la " continuité de la vie sociale " (restauration, services, commerce, transports, spectacle), dont 48 % travaillent le dimanche.

24 % des travailleurs du dimanche ont moins de 30 ans, contre 20 % pour l'ensemble des salariés.)

mardi, 13 janvier 2015

"Je suis Charlie" et ensuite?

Après l'émotion de ces actes de guerre et cette marche républicaine et « unitaire » à la mémoire des victimes – mais d'où plus de 6 millions d'électeurs ont failli être évincé, à laquelle plusieurs amis de Charlie Hebdo n'ont pas voulu participer car ils pensaient que ce n'était pas la bonne réponse, à laquelle les « blâmeurs » du journal lors de la parution des dessins du prophète ont participé pour se donner bonne conscience et à laquelle un grand nombre de citoyens tout en étant choqués par ce qui est arrivé ont préféré rester chez eux - il est temps de réfléchir au pourquoi de ces meurtres.

En mais 68 « il était interdit d'interdire » mais aujourd'hui en France il est interdit de dire un certain nombre de vérités et même pour certaine presse ou journaliste de s'exprimer : la couverture du Point en est-elle une nouvelle illustration ? Tout le monde ne peut pas être d'accord sur tout mais alors doit-on tuer pour cela ?

L'islam est une religion de paix et « nous n'avons rien à voir avec tout cela » affirment les musulmans de France. Sans aucun doute mais ce n'est pas uniquement la France qui est visée, après le 11 septembre, Boston, Toronto, Sydney , Londres, maintenant Paris. Et demain qui ? N'oublions pas non plus les journalistes décapités et notre compatriote en Algérie.

Tuer 12 personnes dans l'immeuble de Charlie Hebdo dont deux policiers et des personnes là par hasard, assassiner de sang froid une policière, tuer 4 personnes dans un supermarché casher, ce ne sont pas des actes contre la liberté d'expression, mais contre la Société.

Arrêtons de nous cacher la face, Daech, Alquaida et consorts en veulent à l'occident, à ses « non valeurs » et aux mécréants puisque « tuer » permet de gagner le paradis. La théorie des « loups solitaires » ou des détraqués permet de se voiler la face.

En parlant de laicité, certains beaux esprits s'élèvent contre les intégristes des religions pour se donner bonne conscience, mais sauf erreur, la religion chrétienne n'appelle pas au meurtre ; sans doute il y a 1000 ans lors des croisades mais aujourd'hui ce ne sont plus des chrétiens qui égorgent, tuent , décapitent chez eux ou à l'étranger, mais bien des islamistes au nom d'Allah.

Il n'est en aucun cas question d' assimiler les musulmans à ces fanatiques mais plutôt de se poser la question de la réponse de l'occident à ce phénomène moderne et récent d'une volonté d'imposer la charia à la fois à l'extérieur de leur « Califat » et même chez eux : n'oublions pas le Pakistan, l'Inde, le Nigeria, le Yémen.... La place de la femme dans la société, l'éducation des filles sont aussi autant d'atteinte à la liberté dans ces pays..

Démocratie et islam sont ils compatibles ? Y a t-il une réponse et qui l'a ? Comment l'occident peut-il exister dans le conflit entre chiites/sunnites/salafistes ? Quel rôle actif les musulmans modérés peuvent-ils jouer dans cette guerre ? Autant de questions auxquelles il va falloir répondre .

Il est aussi important et indispensable de se poser la question du double jeu de certains pays du Moyen-Orient vis à vis de ces terroristes ; l'hypocrisie n'est plus permis de la part de l'Occident. N'oublions pas non plus que les guerres d'Irak, d'Afghanistan, le conflit Israélo-palestinien sont des causes, mêmes inacceptables » de ce terrorisme. Le pétrole a engendré trop d’hypocrisie et de morts.

Aujourd'hui l'on assiste à des faits dont il faut tirer toutes les conséquences ; peut-être faudrait il d'abord répondre à la guerre par les moyens de la guerre : techniques, humains, législatifs, informatiques….

Il devient également urgent que l'Europe, si timide pour soutenir l'armée française au Mali et en Centre Afrique, la Russie, les USA s'ils arrivent a définir une vraie politique étrangère et tous les pays qui sont concernés, se coordonnent comme ils ont très bien su le faire dans d'autres périodes pour arrêter ces massacres, ces atteintes à la vie. Il est temps d'arrêter un certain « angelisme » liberticide ; en 3 jours il y aura eu le double de mort en France qu'au Mali !

Il est aussi important que les États se mobilisent pour éviter que ces jeunes djihadistes rejoignent ces lieux de guerre et reviennent ensuite chez eux. Les causes sont connues : déstructuration familiale, chômage, gethoisation, prêches dans certaines mosquées, non assimilation, prisons, rejet des principes de la République ...Arrêtons de se voiler la face et de ne pas voir les vrais problèmes. La laicité d'autre part ne se négocie pas et nous payons des décénies d'atternoiement en matière d'autorité. Nous ne sommes plus dans une logique droite/gauche mais dans une logique de guerre car des attentats contre des valeurs occidentales, il y en aura encore pour ne pas dire de plus en plus si nous ne réagissons pas !

Souhaitons enfin que ces drames ne soient pas récupérés par les politiques, que la haine et la vengence ne viennent pas endeuiller encore notre pays.

Je suis surtout « la Liberté, l'Egalité, la Fraternité », je suis Français!

vendredi, 9 janvier 2015

Europe Le débat Minc Cohn-Bendit, "l'Europe va mieux qu'elle ne le croit" Les Echos

http://www.lesechos.fr/journal20150108/lec1_enquete/0204058736729-leurope-va-mieux-quelle-ne-le-croit-le-debat-minc-cohn-bendit-1081177.php

mardi, 6 janvier 2015

Europe: et maintenant la relance? Jean Dominique Giuliani 21/12/2014 (Fondation Robert Schuman)

2014 a rafraîchi l’Union européenne.

Des institutions toutes renouvelées, de nouvelles politiques pour relancer l’économie, mais aussi un nouveau contexte stratégique, ont à la fois redessiné le paysage institutionnel européen et refroidi bien des espérances. Les Européens abordent 2015 dans une configuration qui a bien changé. Sera-t-elle l’année de la relance? A quelles conditions pourra-t-on dire : « Europe is back »? Les institutions communes ont changé.

Le programme de travail de Jean-Claude Juncker marque une vraie rupture : moins de règlementation- il a abandonné 83 textes en cours et n’en a gardé que 25; se concentrer sur l’essentiel: relancer l’économie. Son plan est novateur car pour la première fois il met à contribution le budget de l’Union et sera géré par la Banque Européenne d’Investissement, loin du clientélisme politique national. Ses 315 milliards escomptés pourraient bien atteindre plus du double si les Etats membres voulaient bien s’y joindre en participant au capital du Fonds d’Investissement stratégique nouvellement créé.

Les premiers pas de Donald Tusk, président permanent du Conseil européen, paraissent heureux. Les chefs d’Etat et de gouvernement doivent fixer les grandes orientations et ne plus se perdre dans la négociation de communiqués indigestes ou d’arbitrages impossibles.

Il a, lui aussi, réussi son entrée en fonction.

Fort de sa légitimité de seule institution élue au suffrage direct, le Parlement européen semble entrer dans l’âge de la maturité qui devrait freiner ses ardeurs législatives et commencer à faire de son enceinte un véritable lieu de débats politiques, expression de la représentation. Le tapage des extrêmes qui, tous ensemble, ne comptent que pour 25% des parlementaires européens, pourrait les ramener à leur vrai visage : beaucoup de démagogie, des tonnes de xénophobie, trop d’irréalisme, peu de propositions.

Après l’indispensable consolidation budgétaire, rendue nécessaire par 20 ans de dépenses à crédit, après les réformes structurelles qu’exigent la distribution gratuite d’avantages agréables mais financés par l’emprunt, est désormais venu le temps de la relance par l’investissement. Certes, tous les Etats européens n’ont pas accompli le même parcours et la France et l’Italie peinent à franchir la deuxième étape, mais nul ne conteste la démarche et la logique de ces trois séquences, qui correspondent aux réalités européennes.

Oui, la rigueur de tous en même temps a eu des effets négatifs sur la croissance! Mais une autre politique, celle de l’argent facile, n’était pas possible tant que les Etats membres restaient opposés à intégrer totalement leurs budgets et leurs politiques économiques. Jugés chacun individuellement par les investisseurs, ils auraient fait faillite. Les Lettons, les Irlandais, les Grecs, les Espagnols, les Portugais et les Chypriotes le savent mieux que d’autres.



La relance proposée par la Commission européenne est intelligente et adaptée parce qu’elle privilégie l’avenir, même si le présent est difficile. Investir, c’est préparer le rebond. Encore faut-il que les Etats jouent le jeu.

Nul ne sait, y compris lui-même, si Vladimir Poutine sera finalement l’un des nouveaux Pères de l’Europe! Il a tout fait pour que les Européens agissent unis face à la première remise en cause des frontières du continent depuis le Seconde Guerre mondiale. De fait, ils ont refusé ensemble de rompre le dialogue avec la Russie qui doit rester un partenaire privilégié de l’Europe, dont elle fait partie. Et la crise financière qui la frappe montre qu’ils ont su réagir aussi avec fermeté.

Ils ont laissé aux dirigeants russes la possibilité de refuser encore de fuir devant leurs responsabilités au moyen, toujours si facile, du nationalisme le plus échevelé. En d’autres temps, sans l’Union européenne, le continent se serait embrasé. Il est désormais nécessaire d’en finir avec la guerre russe en Ukraine et de laisser parler la raison et les intérêts communs.

Toute aussi dangereuse est la guerre de religion dans laquelle certains voudraient entrainer le monde. L’Union européenne en est interpellée et devra y répondre. Ses valeurs de liberté et de démocratie attirent les peuples parce qu’elles respectent la personne humaine mieux que tout autre système politique. Mais elle doit aussi s’organiser pour les défendre et les promouvoir de manière indépendante, autonome et crédible.

La défense de l’Europe demeure un problème pour un continent qui a cru à la paix éternelle parce qu’il l’avait réalisée sur les terres les plus improbables : les siennes. Plusieurs Etats membres ont démontré leur détermination en 2014 et nombre d’entre eux ont pris conscience de l’actualité de l’adage si vis pacem para bellum en annonçant la fin de leur démilitarisation.

2015 nous offre le nouveau visage d’un monde en plein mouvement où domine l’incertitude. Elle nourrit les angoisses que toute période extraordinaire génère; mais c’est maintenant que se prépare l’avenir. Rien n’est acquis, ni pour les Etats émergents - Inde, Brésil, par exemple - qui traversent de vraies difficultés, ni pour les producteurs de matières premières, qui font l’expérience de la volatilité de ressources qu’ils croyaient assurées, ni pour les plus malins, qui pensaient avoir trouvé refuge dans de petites niches fiscales indétectables. Le monde écrit son futur comme le rappellent les grands enjeux globaux: immigration, commerce, criminalité trans-frontalière, environnement. Il doit réapprendre à le faire en coopération.

Dans ce contexte, l’Union européenne a une longueur d’avance - elle a l’habitude de la supranationalité - et quelque retard - elle n’est pas allée au bout de la logique qui la sous-tend.

Alors que la quête d’identité est devenue partout une puissante revendication, l’Europe doit savoir faire la part de ce qui peut être partagé - dans son cas l’efficacité économique - de ce qui ne peut pas l’être immédiatement - l’identité culturelle issue d’histoires millénaires dans lesquelles les peuples se réconfortent. Elle doit poursuivre en 2015 son intégration économique qui a constitué pendant la crise, constitue toujours aujourd’hui et garantira demain sa résistance aux vents mauvais et son passeport pour l’avenir. Elle doit être capable de se fixer de grands objectifs stratégiques communs, qui protègent ses intérêts désormais mondiaux. La promotion du modèle de démocratie représentative en fait partie. Elle doit, par exemple, prendre la mesure de la réalité de la planète, composée à 70% d’espaces maritimes où se déplace l’essentiel du commerce et des hommes et où se nichent les ressources minérales de demain. Première puissance maritime mondiale par l’étendue de ses zones économiques exclusives, peut-elle longtemps encore l’ignorer ?

Défendre ses intérêts, c’est bien sûr d’abord être en mesure de défendre et l’on connait les réticences, voire les divisions des Européens en la matière. Pourtant plusieurs d’entre eux ont décidé de réinvestir dans la défense, ce qui est une réelle nouveauté qui pourraient fonder de nouveaux développements, pour peu qu’ils veuillent bien le faire de manière indépendante, c’est-à-dire entre Européens.

La construction de l’unité de l’Europe ne peut être jugée dans l’instant mais exige d’être analysée dans la durée. A bien y regarder, sur le long terme, les succès européens sont réels. Mais, alors qu’elle affronte depuis 6 ans des difficultés inédites, l’ardente obligation de parachever l’unification est, pour elle, plus urgente que jamais. Puissent nos dirigeants, malgré l’ampleur de la tâche, se hisser au niveau supérieur et ainsi contribuer à écrire l’histoire.

JD Giuliani © 2015 || Réalisation et hébergement : Digiplace || Photographie : JBV NEWS

lundi, 5 janvier 2015

Très bonne année 2015!

En cette période de l'année, il parait difficile de se souhaiter autre chose!

Les français sont parait-il pessimistes et voient l'avenir en noir.

Nos politiques voudraient que nous changions!

Facile à dire mais....2014 a été encore une fois une année "horibilis" pour le chômage, les impôts, les réformes, les élections et le taux de participation, sans parler de la situation internationale: Moyen Orient, Ukraine, Afrique et Ebola, l'immigration en méditérannée...

Peut-on être optimiste lorsque l'on vit avec moins de 993 euros /mois (plus de 8 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté médian à 60%), lorsque l'on est au chômage, lorsque les impôts et/ou les taxes augmentent de 10 à 30%, lorsque l'on voit les scandales et les mensonges de la classe politique sans parler des promesses non tenues?

Airbus, Philae, le cœur artificiel, le numérique, l'écologie, deux prix Nobel, la baisse du prix du pétrole, la viticulture et l'agroalimentaire c'est très très bien et encourageant mais est-ce que cela répond aux questions quotidiennes de la majorité de la population?

Il faut être et rester optimiste mais plus facile à dire qu'a faire.

Des efforts et des réformes sont nécessaires mais les politiques sont-ils prêts à les faire et les français à les accepter? Que de temps perdu! D'autre part "tous" sont déjà en période électorale pour 2017, de gauche à droite, des extrêmes aux extrêmes et lorsque l'on sait la perte de confiance de la majorité de la population dans sa classe politique que peut-on attendre? La confiance ne se décrète pas mais se gagne!

Soyons alors optimistes et disons nous que la solidarité a encore des beaux jours en France, que le travail bien fait reste pour une majorité de personnes une valeur à défendre et puis espérons que l'Europe, n'en déplaise à certains, nous forcera à nous réformer et évoluer.

Très bonne année 2015!

vendredi, 2 janvier 2015

Plus belle la vie!

« Plus belle la vie », émission culte de France 3 nous montre paraît-il une image de la société actuelle. Sans doute. Mais peut-être peut-on se poser la question de savoir vers quel type de société ces images de ce « divertissement sociétal » veulent nous faire évoluer ? Celle vers laquelle certains intellectuels bien pensants veulent nous faire évoluer, celle vers laquelle le pouvoir actuel fait tout pour la changer, celle de la réalité de la vie de tous les jours, celle à laquelle la majorité de nos concitoyens sont confrontés ?

Tout y est très « sympa », joyeux, de bon suspens, on croit s'y reconnaître tous ou du moins reconnaître des situations auxquelles on a été ou auxquelles on pourrait être confrontés.

Mais si on y regarde de plus près, les acteurs de PBLV sont-ils des personnages de la vie de tous les jours et de la société dans son ensemble ?

Couple divorcé/remarié, couple homo qui deviennent des parents adoptifs, famille recomposée qui se décomposent, dragueurs changeant de partenaires régulièrement, policiers qui tuent ou effacent des preuves, artisans qui trichent...

Les bases de réflexions sont diverses.

On s’aperçoit que quelques clichés ont la vie dure : les entrepreneurs sont voleurs ou détournent les lois pour s'en mettre plein les poches par exemple.

L'on peut voir également que les principes « soixanhuitards » sont érigés en principe : les enfants sont considérés comme des rois, sans aucune notion de respect dans l'âge aîné, tout est dans la confrontation voir dans l'insulte…..

Sans parler de la normalisation de la consommation de substances illicites, de la transgression normalisée des lois, toujours pour de bonnes raisons qui font que ne pas respecter une loi fait de vous ait de vous un homme ayant de bonne raisons d'outrepasser la loi et tout en gardant sa liberté !

Est ce vraiment la société telle qu'elle est ou plutôt celle que le « pouvoir intellectuel » voudrait qu'elle devienne : Liberté, liberté chérie, tout est permis !

samedi, 22 novembre 2014

Europe-Russie : Combien de temps encore serons-nous les dindons de la farce ? Geab N°89 15 nov 2004

Sur le plan géopolitique (et économique encore), l’Europe et la Russie se retrouvent prises dans un autre chantage : « Sans l’OTAN et les États-Unis, l’Europe et la Russie se feraient la guerre. »

Pour nous y faire croire, les complexes militaro-industriel transatlantique (OTAN) et soviétique (dont l’Ukraine est si représentative), ont passé l’année à créer les conditions d’un affrontement. Tout le monde sait que l’OTAN est la version transatlantique désuète du complexe militaro-industriel américain qui aurait dû disparaître ou être radicalement transformé lorsque que les raisons de son existence (la Guerre Froide) ont disparu.

Il est moins connu que l’Ukraine a hérité d’un tiers de l’industrie militaire soviétique. Il n’est pas secret qu’il y a des usines d’armement russes dans l’est de l’Ukraine, raison pour laquelle notre équipe s’est toujours étonnée qu’aucun média ne se pose jamais la question de savoir si les matériels russes repérés dans l’est de l’Ukraine au cours des derniers mois avaient vraiment franchi la frontière russe ou s’ils étaient déjà sur place, produits dans les usines ukrainiennes dans lesquelles les rebelles n’avaient qu’à piocher.

C’est en effectuant des recherches sur cette hypothèse d’explication que notre équipe en a un peu plus appris sur l’industrie militaire soviétique en Ukraine. Il s’avère qu’elle est aussi vétuste dans sa technologie que l’OTAN dans son principe ; qu’elle constitue la principale activité économique de l’Ukraine ; que ses débouchés se situaient jusqu’en mars 2014 en Russie bien sûr, mais aussi en Inde, en Chine et au Brésil (tiens tiens…) ; et que depuis mars 2014, elle a entrepris de s’adapter aux normes de l’OTAN, signe des contrats juteux avec des opérateurs « étrangers » (en l’occurrence « américains »), ne s’est jamais aussi bien portée compte tenu de l’augmentation de la demande intérieure, et négocie des contrats pour fournir en munitions l’armée américaine.

Pour leur gouverne personnelle, notre équipe encourage d’ailleurs les lecteurs du GEAB à effectuer une simple recherche Google sur « Ukroboronpron » qui est le nom de l’entreprise publique de défense ukrainienne. Cela en dit long sur les ressorts de la crise ukrainienne qui asphyxie notre économie et celle de la Russie.

En résumé, le Pentagone a fait main basse sur un tiers de l’arsenal soviétique et prétend s’indigner de la réaction russe afin de pousser l’Europe dans une politique de sanctions qui nous pénalise au moins autant que la Russie… À ce niveau, ce ne sont pas les Américains qui sont malins, ce sont les Européens qui sont complètement abrutis ! 24

jeudi, 13 novembre 2014

Nicolas Baverez Le Figaro 10/11/2014 Le lepénisme, stade suprême du hollandisme

À mi-mandat d’un quinquennat qui tourne à la débâcle, François Hollande mise sa survie sur le Front national qui constitue son ultime planche de salut. Il ouvre un troisième temps dans le rapport incestueux de la gauche française avec l’extrême droite. Le premier temps, avec François Mitterrand, fut celui du calcul, avec le rétablissement du scrutin proportionnel en 1986 qui fit élire 35 députés d’extrême droite afin de limiter la victoire de l’opposition et de la diviser. Le deuxième temps, avec Lionel Jospin, fut celui du hasard : en 2002, son aveuglement face aux difficultés économiques et à l’insécurité ainsi que sa campagne improbable conduisirent Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle. Le troisième temps, avec Hollande, est celui de la nécessité. En 2014, il existe une communauté de destin entre le président et le FN. L’extrême droite constitue le pivot de sa stratégie tant face aux Français et à son parti que face à l’Europe et à nos partenaires, pris en otage par la menace de faire le jeu de l’extrême droite s’ils sanctionnent la dérive des finances publiques françaises.

La réédition du 21 avril 2002 ne relève plus du risque mais de la certitude. Le FN, presque assuré de sortir en tête du premier tour de la présidentielle, est l’un des rares gagnants du quinquennat de Hollande. Il est devenu un parti national ancré dans tous les milieux et tous les électorats. Il est devenu un parti d’adhésion et non plus de protestation. Il est devenu le parti clé d’un système politique qui n’est plus bipolaire mais tripolaire. Il est toujours extrémiste mais il est devenu un parti de gouvernement. Il s’est imposé comme le premier parti de France à l’occasion des européennes. Il est vrai que le déclin de la France trouve son origine au début des années 1980. L’effondrement de l’Union soviétique a fait basculer la révolution à droite. La déflation déclenchée par la crise mondiale puis celle des dettes souveraines ont déstabilisé les classes moyennes. Les dysfonctionnements de l’Union européenne et de la zone euro ont alimenté les populismes. Mais la France est la seule des grandes démocraties où l’extrême droite est en situation d’accéder à la tête de l’État. Elle le doit à Hollande, qui a fait sa fortune.

L’échec de la politique économique conduite depuis 2012 constitue le plus terrible sinistre depuis la déflation Laval de 1935. Le choc fiscal et social de 70 milliards d’euros a cassé la production et l’investissement, provoqué une baisse durable du niveau de vie, fait exploser le chômage et la dette publique qui atteindra 100 % du PIB en 2015. La Commission européenne a souligné à raison que la dégradation va se poursuivre d’ici à 2017. La ruine des classes moyennes, frappées d’une quadruple peine à travers l’amputation de leurs revenus et la confiscation de leur épargne, la mise sous condition de ressources de la protection sociale, le blocage de la mobilité, la généralisation du chômage, entraîne leur basculement massif vers le FN. La décomposition de l’État, aussi brutal avec les citoyens responsables que faible face aux violents, qui démultiplie les risques en organisant la disparition de l’ordre public, la déliquescence de la justice, la dérive de l’éducation où la transmission du savoir est exclue au profit d’une entreprise extravagante de formation d’un Homme nouveau. La perversion des institutions de la Ve République qui sont utilisées pour protéger le chef de l’État de son impopularité au lieu d’être mises au service du redressement national. La négation de la République dont la devise « Liberté, égalité, fraternité » est dévoyée en « clientélisme, fiscalité, communauté », vidant de son sens la citoyenneté. L’institutionnalisation du mensonge et l’écart permanent entre les mots et les actes qui privent de légitimité la parole publique et l’action politique. L’abaissement de la France et la perte de souveraineté sans précédent depuis le régime de Vichy, qui font de notre pays un objet de compassion, de rire et de mépris partout dans le monde, et qui nourrissent le sentiment d’humiliation nationale.

Le seul résultat tangible du quinquennat de Hollande demeure d’avoir porté Marine Le Pen aux portes du pouvoir. Or le lepénisme n’est rien d’autre que le prolongement logique du hollandisme, c’est-à-dire le déclin et le désespoir avec la sortie de l’euro et la mise au ban par les démocraties en plus. Voilà pourquoi les républicains doivent se dresser contre l’axe des cyniques et des démagogues formé par Hollande et Marine Le Pen. Voilà pourquoi, à l’aube des années décisives qui vont décider de l’implosion ou du redressement de la France, les Français n’ont plus droit à l’erreur : ils doivent refuser les mirages réactionnaires, le retour à l’économie administrée et à la société fermée pour s’adapter au monde du XXIe siècle dans lequel ils disposent de tous les atouts pour réussir ; ils doivent faire le choix des réformes contre la révolution ; ils doivent refuser la fuite dans la violence ou l’exil pour s’engager dans la reconstruction d’une nation moderne et compétitive.

- page 2 de 12 -