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mardi, 6 janvier 2015

Europe: et maintenant la relance? Jean Dominique Giuliani 21/12/2014 (Fondation Robert Schuman)

2014 a rafraîchi l’Union européenne.

Des institutions toutes renouvelées, de nouvelles politiques pour relancer l’économie, mais aussi un nouveau contexte stratégique, ont à la fois redessiné le paysage institutionnel européen et refroidi bien des espérances. Les Européens abordent 2015 dans une configuration qui a bien changé. Sera-t-elle l’année de la relance? A quelles conditions pourra-t-on dire : « Europe is back »? Les institutions communes ont changé.

Le programme de travail de Jean-Claude Juncker marque une vraie rupture : moins de règlementation- il a abandonné 83 textes en cours et n’en a gardé que 25; se concentrer sur l’essentiel: relancer l’économie. Son plan est novateur car pour la première fois il met à contribution le budget de l’Union et sera géré par la Banque Européenne d’Investissement, loin du clientélisme politique national. Ses 315 milliards escomptés pourraient bien atteindre plus du double si les Etats membres voulaient bien s’y joindre en participant au capital du Fonds d’Investissement stratégique nouvellement créé.

Les premiers pas de Donald Tusk, président permanent du Conseil européen, paraissent heureux. Les chefs d’Etat et de gouvernement doivent fixer les grandes orientations et ne plus se perdre dans la négociation de communiqués indigestes ou d’arbitrages impossibles.

Il a, lui aussi, réussi son entrée en fonction.

Fort de sa légitimité de seule institution élue au suffrage direct, le Parlement européen semble entrer dans l’âge de la maturité qui devrait freiner ses ardeurs législatives et commencer à faire de son enceinte un véritable lieu de débats politiques, expression de la représentation. Le tapage des extrêmes qui, tous ensemble, ne comptent que pour 25% des parlementaires européens, pourrait les ramener à leur vrai visage : beaucoup de démagogie, des tonnes de xénophobie, trop d’irréalisme, peu de propositions.

Après l’indispensable consolidation budgétaire, rendue nécessaire par 20 ans de dépenses à crédit, après les réformes structurelles qu’exigent la distribution gratuite d’avantages agréables mais financés par l’emprunt, est désormais venu le temps de la relance par l’investissement. Certes, tous les Etats européens n’ont pas accompli le même parcours et la France et l’Italie peinent à franchir la deuxième étape, mais nul ne conteste la démarche et la logique de ces trois séquences, qui correspondent aux réalités européennes.

Oui, la rigueur de tous en même temps a eu des effets négatifs sur la croissance! Mais une autre politique, celle de l’argent facile, n’était pas possible tant que les Etats membres restaient opposés à intégrer totalement leurs budgets et leurs politiques économiques. Jugés chacun individuellement par les investisseurs, ils auraient fait faillite. Les Lettons, les Irlandais, les Grecs, les Espagnols, les Portugais et les Chypriotes le savent mieux que d’autres.



La relance proposée par la Commission européenne est intelligente et adaptée parce qu’elle privilégie l’avenir, même si le présent est difficile. Investir, c’est préparer le rebond. Encore faut-il que les Etats jouent le jeu.

Nul ne sait, y compris lui-même, si Vladimir Poutine sera finalement l’un des nouveaux Pères de l’Europe! Il a tout fait pour que les Européens agissent unis face à la première remise en cause des frontières du continent depuis le Seconde Guerre mondiale. De fait, ils ont refusé ensemble de rompre le dialogue avec la Russie qui doit rester un partenaire privilégié de l’Europe, dont elle fait partie. Et la crise financière qui la frappe montre qu’ils ont su réagir aussi avec fermeté.

Ils ont laissé aux dirigeants russes la possibilité de refuser encore de fuir devant leurs responsabilités au moyen, toujours si facile, du nationalisme le plus échevelé. En d’autres temps, sans l’Union européenne, le continent se serait embrasé. Il est désormais nécessaire d’en finir avec la guerre russe en Ukraine et de laisser parler la raison et les intérêts communs.

Toute aussi dangereuse est la guerre de religion dans laquelle certains voudraient entrainer le monde. L’Union européenne en est interpellée et devra y répondre. Ses valeurs de liberté et de démocratie attirent les peuples parce qu’elles respectent la personne humaine mieux que tout autre système politique. Mais elle doit aussi s’organiser pour les défendre et les promouvoir de manière indépendante, autonome et crédible.

La défense de l’Europe demeure un problème pour un continent qui a cru à la paix éternelle parce qu’il l’avait réalisée sur les terres les plus improbables : les siennes. Plusieurs Etats membres ont démontré leur détermination en 2014 et nombre d’entre eux ont pris conscience de l’actualité de l’adage si vis pacem para bellum en annonçant la fin de leur démilitarisation.

2015 nous offre le nouveau visage d’un monde en plein mouvement où domine l’incertitude. Elle nourrit les angoisses que toute période extraordinaire génère; mais c’est maintenant que se prépare l’avenir. Rien n’est acquis, ni pour les Etats émergents - Inde, Brésil, par exemple - qui traversent de vraies difficultés, ni pour les producteurs de matières premières, qui font l’expérience de la volatilité de ressources qu’ils croyaient assurées, ni pour les plus malins, qui pensaient avoir trouvé refuge dans de petites niches fiscales indétectables. Le monde écrit son futur comme le rappellent les grands enjeux globaux: immigration, commerce, criminalité trans-frontalière, environnement. Il doit réapprendre à le faire en coopération.

Dans ce contexte, l’Union européenne a une longueur d’avance - elle a l’habitude de la supranationalité - et quelque retard - elle n’est pas allée au bout de la logique qui la sous-tend.

Alors que la quête d’identité est devenue partout une puissante revendication, l’Europe doit savoir faire la part de ce qui peut être partagé - dans son cas l’efficacité économique - de ce qui ne peut pas l’être immédiatement - l’identité culturelle issue d’histoires millénaires dans lesquelles les peuples se réconfortent. Elle doit poursuivre en 2015 son intégration économique qui a constitué pendant la crise, constitue toujours aujourd’hui et garantira demain sa résistance aux vents mauvais et son passeport pour l’avenir. Elle doit être capable de se fixer de grands objectifs stratégiques communs, qui protègent ses intérêts désormais mondiaux. La promotion du modèle de démocratie représentative en fait partie. Elle doit, par exemple, prendre la mesure de la réalité de la planète, composée à 70% d’espaces maritimes où se déplace l’essentiel du commerce et des hommes et où se nichent les ressources minérales de demain. Première puissance maritime mondiale par l’étendue de ses zones économiques exclusives, peut-elle longtemps encore l’ignorer ?

Défendre ses intérêts, c’est bien sûr d’abord être en mesure de défendre et l’on connait les réticences, voire les divisions des Européens en la matière. Pourtant plusieurs d’entre eux ont décidé de réinvestir dans la défense, ce qui est une réelle nouveauté qui pourraient fonder de nouveaux développements, pour peu qu’ils veuillent bien le faire de manière indépendante, c’est-à-dire entre Européens.

La construction de l’unité de l’Europe ne peut être jugée dans l’instant mais exige d’être analysée dans la durée. A bien y regarder, sur le long terme, les succès européens sont réels. Mais, alors qu’elle affronte depuis 6 ans des difficultés inédites, l’ardente obligation de parachever l’unification est, pour elle, plus urgente que jamais. Puissent nos dirigeants, malgré l’ampleur de la tâche, se hisser au niveau supérieur et ainsi contribuer à écrire l’histoire.

JD Giuliani © 2015 || Réalisation et hébergement : Digiplace || Photographie : JBV NEWS

samedi, 22 novembre 2014

Europe-Russie : Combien de temps encore serons-nous les dindons de la farce ? Geab N°89 15 nov 2004

Sur le plan géopolitique (et économique encore), l’Europe et la Russie se retrouvent prises dans un autre chantage : « Sans l’OTAN et les États-Unis, l’Europe et la Russie se feraient la guerre. »

Pour nous y faire croire, les complexes militaro-industriel transatlantique (OTAN) et soviétique (dont l’Ukraine est si représentative), ont passé l’année à créer les conditions d’un affrontement. Tout le monde sait que l’OTAN est la version transatlantique désuète du complexe militaro-industriel américain qui aurait dû disparaître ou être radicalement transformé lorsque que les raisons de son existence (la Guerre Froide) ont disparu.

Il est moins connu que l’Ukraine a hérité d’un tiers de l’industrie militaire soviétique. Il n’est pas secret qu’il y a des usines d’armement russes dans l’est de l’Ukraine, raison pour laquelle notre équipe s’est toujours étonnée qu’aucun média ne se pose jamais la question de savoir si les matériels russes repérés dans l’est de l’Ukraine au cours des derniers mois avaient vraiment franchi la frontière russe ou s’ils étaient déjà sur place, produits dans les usines ukrainiennes dans lesquelles les rebelles n’avaient qu’à piocher.

C’est en effectuant des recherches sur cette hypothèse d’explication que notre équipe en a un peu plus appris sur l’industrie militaire soviétique en Ukraine. Il s’avère qu’elle est aussi vétuste dans sa technologie que l’OTAN dans son principe ; qu’elle constitue la principale activité économique de l’Ukraine ; que ses débouchés se situaient jusqu’en mars 2014 en Russie bien sûr, mais aussi en Inde, en Chine et au Brésil (tiens tiens…) ; et que depuis mars 2014, elle a entrepris de s’adapter aux normes de l’OTAN, signe des contrats juteux avec des opérateurs « étrangers » (en l’occurrence « américains »), ne s’est jamais aussi bien portée compte tenu de l’augmentation de la demande intérieure, et négocie des contrats pour fournir en munitions l’armée américaine.

Pour leur gouverne personnelle, notre équipe encourage d’ailleurs les lecteurs du GEAB à effectuer une simple recherche Google sur « Ukroboronpron » qui est le nom de l’entreprise publique de défense ukrainienne. Cela en dit long sur les ressorts de la crise ukrainienne qui asphyxie notre économie et celle de la Russie.

En résumé, le Pentagone a fait main basse sur un tiers de l’arsenal soviétique et prétend s’indigner de la réaction russe afin de pousser l’Europe dans une politique de sanctions qui nous pénalise au moins autant que la Russie… À ce niveau, ce ne sont pas les Américains qui sont malins, ce sont les Européens qui sont complètement abrutis ! 24

jeudi, 13 novembre 2014

Nicolas Baverez Le Figaro 10/11/2014 Le lepénisme, stade suprême du hollandisme

À mi-mandat d’un quinquennat qui tourne à la débâcle, François Hollande mise sa survie sur le Front national qui constitue son ultime planche de salut. Il ouvre un troisième temps dans le rapport incestueux de la gauche française avec l’extrême droite. Le premier temps, avec François Mitterrand, fut celui du calcul, avec le rétablissement du scrutin proportionnel en 1986 qui fit élire 35 députés d’extrême droite afin de limiter la victoire de l’opposition et de la diviser. Le deuxième temps, avec Lionel Jospin, fut celui du hasard : en 2002, son aveuglement face aux difficultés économiques et à l’insécurité ainsi que sa campagne improbable conduisirent Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle. Le troisième temps, avec Hollande, est celui de la nécessité. En 2014, il existe une communauté de destin entre le président et le FN. L’extrême droite constitue le pivot de sa stratégie tant face aux Français et à son parti que face à l’Europe et à nos partenaires, pris en otage par la menace de faire le jeu de l’extrême droite s’ils sanctionnent la dérive des finances publiques françaises.

La réédition du 21 avril 2002 ne relève plus du risque mais de la certitude. Le FN, presque assuré de sortir en tête du premier tour de la présidentielle, est l’un des rares gagnants du quinquennat de Hollande. Il est devenu un parti national ancré dans tous les milieux et tous les électorats. Il est devenu un parti d’adhésion et non plus de protestation. Il est devenu le parti clé d’un système politique qui n’est plus bipolaire mais tripolaire. Il est toujours extrémiste mais il est devenu un parti de gouvernement. Il s’est imposé comme le premier parti de France à l’occasion des européennes. Il est vrai que le déclin de la France trouve son origine au début des années 1980. L’effondrement de l’Union soviétique a fait basculer la révolution à droite. La déflation déclenchée par la crise mondiale puis celle des dettes souveraines ont déstabilisé les classes moyennes. Les dysfonctionnements de l’Union européenne et de la zone euro ont alimenté les populismes. Mais la France est la seule des grandes démocraties où l’extrême droite est en situation d’accéder à la tête de l’État. Elle le doit à Hollande, qui a fait sa fortune.

L’échec de la politique économique conduite depuis 2012 constitue le plus terrible sinistre depuis la déflation Laval de 1935. Le choc fiscal et social de 70 milliards d’euros a cassé la production et l’investissement, provoqué une baisse durable du niveau de vie, fait exploser le chômage et la dette publique qui atteindra 100 % du PIB en 2015. La Commission européenne a souligné à raison que la dégradation va se poursuivre d’ici à 2017. La ruine des classes moyennes, frappées d’une quadruple peine à travers l’amputation de leurs revenus et la confiscation de leur épargne, la mise sous condition de ressources de la protection sociale, le blocage de la mobilité, la généralisation du chômage, entraîne leur basculement massif vers le FN. La décomposition de l’État, aussi brutal avec les citoyens responsables que faible face aux violents, qui démultiplie les risques en organisant la disparition de l’ordre public, la déliquescence de la justice, la dérive de l’éducation où la transmission du savoir est exclue au profit d’une entreprise extravagante de formation d’un Homme nouveau. La perversion des institutions de la Ve République qui sont utilisées pour protéger le chef de l’État de son impopularité au lieu d’être mises au service du redressement national. La négation de la République dont la devise « Liberté, égalité, fraternité » est dévoyée en « clientélisme, fiscalité, communauté », vidant de son sens la citoyenneté. L’institutionnalisation du mensonge et l’écart permanent entre les mots et les actes qui privent de légitimité la parole publique et l’action politique. L’abaissement de la France et la perte de souveraineté sans précédent depuis le régime de Vichy, qui font de notre pays un objet de compassion, de rire et de mépris partout dans le monde, et qui nourrissent le sentiment d’humiliation nationale.

Le seul résultat tangible du quinquennat de Hollande demeure d’avoir porté Marine Le Pen aux portes du pouvoir. Or le lepénisme n’est rien d’autre que le prolongement logique du hollandisme, c’est-à-dire le déclin et le désespoir avec la sortie de l’euro et la mise au ban par les démocraties en plus. Voilà pourquoi les républicains doivent se dresser contre l’axe des cyniques et des démagogues formé par Hollande et Marine Le Pen. Voilà pourquoi, à l’aube des années décisives qui vont décider de l’implosion ou du redressement de la France, les Français n’ont plus droit à l’erreur : ils doivent refuser les mirages réactionnaires, le retour à l’économie administrée et à la société fermée pour s’adapter au monde du XXIe siècle dans lequel ils disposent de tous les atouts pour réussir ; ils doivent faire le choix des réformes contre la révolution ; ils doivent refuser la fuite dans la violence ou l’exil pour s’engager dans la reconstruction d’une nation moderne et compétitive.

samedi, 2 août 2014

La Smlh et le Chateau du Val ( Saint Germain en Laye) Le Monde/Magali Corouge

Le château du Val, à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), accueille toujours huit légionnaires résidents permanents mais s'ouvre désormais aux touristes. MAGALI COROUGE/DOCUMENTOGRAPHY POUR " LE MONDE "




La Légion d'honneur encourage ses membres à l'action sociale

Longtemps en vase clos, la Société des membres de la Légion d'honneur subventionne des missions de solidarité et ouvre son patrimoine

C'est une vénérable dame, longtemps assoupie. Une institution cachée dans les dédales de l'hôtel des Invalides, dont la devise, " Honneur, patrie, solidarité ", fait office de programme. Ceux qui ont le droit d'y adhérer ont tous été distingués par la Légion d'honneur, la plus haute décoration honorifique française. Cette année encore, certains des promus du 14-Juillet viendront rejoindre, s'ils en font la demande, les 55 000 adhérents de la Société des membres de la Légion d'honneur (SMLH).

Sous la présidence du général Hervé Gobilliard, l'association fondée en 1921 pour soutenir les légionnaires, souvent d'anciens soldats de la première guerre mondiale dans le besoin, a entrepris depuis trois ans de s'ouvrir à l'extérieur et de financer des projets à but social. Certes, la précipitation n'est pas dans les habitudes de la maison, ni la révolution d'ailleurs, mais, à petits pas, la mutation s'est enclenchée. " Les décorés de la Légion d'honneur ont un devoir vis-à-vis de la République,explique l'ancien chef de la force ONU à Sarajevo. La reconnaissance de la nation est le point de départ de nouvelles actions et non une fin en forme de consécration. "

Signe de cette volonté d'ouverture, la SMLH a inscrit dans ses statuts une nouvelle mission. En plus du maintien du prestige de l'ordre et de l'entraide entre membres, elle encourage désormais ses légionnaires à s'investir dans des actions de solidarité au service de la société. Le programme " L'honneur en action " permet aux sociétaires, seuls ou avec l'aide d'associations, de monter un projet. Un jury présidé par Xavier Emmanuelli, fondateur du Samu social, en sélectionne une trentaine qui recevront chacune une aide financière de 5 000 euros au maximum. Lutte contre les dérives sectaires, insertion de jeunes apprentis issus de milieux défavorisés, soutien de personnes handicapées, aide à la mobilité en milieu rural... En trois ans, des initiatives très différentes ont été récompensées.

A 72 ans, Monique Pêche a été une des lauréates en 2012 et 2013 de " L'honneur en action ". Cette retraitée, engagée depuis toujours dans des associations et qui a reçu la Légion d'honneur à titre civil, a monté un projet avec l'organisation non gouvernementale Biblionef autour de l'accès à la lecture.

Trois bons mois de démarches ont été nécessaires pour rassembler les partenaires, organiser la logistique, convaincre de la faisabilité du projet. Les efforts ont payé. Grâce à la subvention de 5 000 euros, 2 500 livres neufs ont été achetés et distribués à des enfants de quartiers défavorisés de Montfermeil et Sevran, deux communes de Seine-Saint-Denis. Pour Mme Pêche, le virage " social " de la SMLH est une bonne chose. " Notre société ronronnait, reconnaît la septuagénaire. Les légionnaires doivent montrer qu'ils méritent leur décoration. "

Ancienne proviseure de lycée, Lucette Lacouture, 86 ans, fait aussi partie de ces légionnaires actifs. " Je n'ai pas reçu la Légion d'honneur pour simplement l'accrocher à ma boutonnière et m'enfler ", explique cette retraitée, qui a reçu la prestigieuse décoration à 50 ans pour son action auprès des jeunes. L'âge n'a pas entamé son engagement. En 2013, son projet " La science " a été primé et elle est prête à repartir sur une nouvelle action." Nous avons le devoir de ne pas déposer les armes, de nous soucier des nôtres mais aussi des autres ", considère Mme Lacouture.

Fortement encouragée par le général Gobilliard, la fibre de l'engagement demeure encore l'affaire de peu de sociétaires. 10 % d'entre eux seulement participent aux actions de " L'honneur en action ". " Certains s'impliquent dans des actions de solidarité en dehors de la SMLH ", excuse son président, qui espère néanmoins que ce dépoussiérage suscitera des vocations, mais aussi un regain d'intérêt pour son association. Le général compte aussi sur cette ouverture pour capter de nouveaux membres. 92 500 citoyens, civils ou militaires sont aujourd'hui détenteurs de la précieuse médaille. Seuls un peu plus de la moitié (55 000) appartiennent à la SMLH. La société est aussi ouverte aux veuves et orphelins de légionnaires.

L'ouverture vers l'extérieur est aussi un moyen d'assurer l'équilibre financier de l'association. La SMLH ne reçoit aucune subvention de l'Etat. Ses ressources proviennent des cotisations, des bénéfices de manifestations organisées, de dons, voire de legs des sociétaires. Les trois quarts de son budget (9 millions d'euros annuels) sont consacrés au financement d'action d'entraide envers les membres. Le programme " L'honneur en action " est, lui, financé grâce au mécénat d'entreprises. Total, Dassault Aviation, les laboratoires Ipsen, Bouygues et la Fondation EDF assurent les 150 000 euros par an dévolus à ce projet.

Depuis peu, la SMLH valorise aussi son patrimoine, notamment le château du Val, une ancienne demeure royale du XVIIe siècle, situé dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). Reçu grâce à un legs, le domaine s'étend sur 3,5 hectares. Longtemps ce petit bijou a été réservé aux sociétaires qui pouvaient venir y faire des séjours ou louer le lieu pour des mariages, repas de famille et autres réceptions. Le site accueillait aussi des résidents permanents qui vivaient dans une aile réservée du château. Jusqu'à 80 pensionnaires ont profité du cadre exceptionnel de ce " foyer logement ", en échange d'une contribution variable selon leurs revenus. Ils ne sont plus que huit, âgés de 80 à 100 ans.

Sergio Soldini, un ancien de la Légion étrangère, dirige le domaine depuis trois ans. Enfant d'hôteliers, ce Suisse-Italien d'origine a connu après sa carrière militaire plusieurs expériences professionnelles dans le secteur de la restauration collective. Mission lui a été donnée de faire tourner le domaine et d'en assurer la pérennité en l'ouvrant au public. " On y va petit à petit, assure M. Soldini. Il vaut mieux être prudent, on se forme à un nouveau métier. "

Pour l'instant, la publicité pour le château se borne à des encarts dans le petit journal de Saint-Germain-en-Laye. La réservation des 35 chambres n'est possible que par le site Internet de réservations hôtelières Booking.com. Les tarifs sont accessibles, pour une catégorie trois étoiles, autour de 95 euros pour une chambre double. A ce prix-là, les hôtes peuvent dormir dans des lits à baldaquin dont certains portent encore, discrètement gravée dans le bois, l'étoile à cinq rayons doubles du prestigieux ordre.

lundi, 28 juillet 2014

Israël choisit le Hamas contre l'Etat palestinien par Leila Seurat (Article le Monde 24 juillet)

Israël choisit le Hamas contre l'Etat palestinien Convergence des adversaires

Bordure protectrice ", l'opération engagée par les autorités israéliennes depuis maintenant deux semaines confirme leur stratégie adoptée après leur retrait unilatéral de la bande de Gaza en 2005 : contourner la question de la création d'un Etat palestinien en encourageant l'édification d'une entité autonome dans la bande de Gaza. La réaction du gouvernement de Benyamin Nétanyahou face à la dernière entreprise de réconciliation entre le Fatah et le Hamas en avril en est une parfaite illustration. La formation d'un nouveau cabinet au début du mois de juin, même s'il ne comportait aucun ministre affilié au Hamas, a en effet provoqué la colère des Israéliens. Ce mécontentement a été porté à son comble après la reconnaissance, inédite, de ce gouvernement par l'Union européenne et les Etats-Unis. Le processus de réconciliation s'est rapidement trouvé court-circuité par plusieurs mesures israéliennes : refus de permettre aux ministres résidant à Gaza de se rendre à Ramallah pour prêter serment, refus de laisser les forces de sécurité de la présidence palestinienne se déployer à la frontière entre Gaza et l'Egypte, refus d'autoriser le versement par Mahmoud Abbas du salaire des fonctionnaires de la bande de Gaza qui ne sont pas affiliés au Fatah. L'opération " Bordure protectrice " doit ainsi se lire comme une réponse à la toute récente tentative de rapprochement interpalestinien, réponse qui consacre la division géographique et politique de la Palestine. Affaibli par l'évolution des " printemps arabes " et le retour des généraux en Egypte, le Hamas s'est tourné vers son rival nationaliste du Fatah en lui octroyant de nombreuses concessions. A l'instar de Rached Ghannouchi quelques mois plus tôt en Tunisie, l'ancien premier ministre palestinien du Hamas, Ismaël Haniyeh, s'est déchargé des affaires tout en affirmant que " le départ du Hamas du gouvernement n' - était - pas synonyme de départ du pouvoir ". La destruction par le maréchal Al-Sissi de la quasi-totalité des tunnels de contrebande reliant la bande de Gaza à l'Egypte ne permettait plus au Hamas de faire transiter les fonds nécessaires pour payer les fonctionnaires de son gouvernement. Plus qu'un témoignage d'un engagement nationaliste, la volonté de réconciliation du Hamas s'explique donc comme un ultime recours pour sortir de l'impasse. Ce rapprochement forcé du Hamas avec Ramallah se heurte à une politique israélienne qui a tout intérêt à voir le mouvement islamiste continuer d'administrer seul la bande de Gaza. Pour mener à bien cet objectif, l'Etat hébreu devra nécessairement permettre à la Résistance islamique de bénéficier de certains avantages qui ne se limitent pas à faciliter l'acheminement et le transfert de fonds pour rendre viable la gestion d'un gouvernement à Gaza, mais incluent aussi de laisser le Hamas et les autres factions de résistance palestiniennes jouir d'une certaine autonomie. Les erreurs du passé La proposition de cessez-le-feu en dix points présentée par le Hamas et le Djihad islamique le 16 juillet aux autorités égyptiennes participe de cette ambition d'édifier à Gaza une autorité administrée séparément de la Cisjordanie. Demandes relatives à la levée du blocus, à la libération des prisonniers et à l'octroi d'une zone de pêche plus étendue, plusieurs points de cette proposition, concernant notamment le contrôle des points de passage de manière collégiale avec le Qatar ou la Turquie, témoignent d'une volonté d'établir une entité politique dans la bande de Gaza autoadministrée, bien que celle-ci doive rester sous domination israélienne. Une telle situation, qui voit la stratégie israélienne partiellement converger avec celle du Hamas, n'est pas sans rappeler celle des années 1970, lorsque les Israéliens avaient permis le développement des associations caritatives et religieuses dirigées par les Frères musulmans pour lutter contre l'influence de l'OLP, alors considérée comme une organisation terroriste. Elle n'est pas sans rappeler non plus les tentatives israéliennes de confier l'administration de la Cisjordanie à la Jordanie et celle de la bande de Gaza à l'Egypte. En gardant la tête du mouvement islamiste hors de l'eau tout en lui refusant le statut de véritable interlocuteur, Israël semble aujourd'hui déterminé à reproduire les erreurs du passé. Cette stratégie, cependant, est-elle véritablement partagée par le Hamas ? En dépit de ses prétentions nationalistes, le mouvement de la Résistance islamique ne semble pas être capable de contrer le projet israélien dont il peut par ailleurs tirer profit. La question semble désormais être celle du statut de cette entité politique en devenir : si la perspective d'une souveraineté authentique paraît bien compromise, elle nous invite d'ores et déjà à repenser la notion d'Etat, dans un contexte régional où cet idéal-type se trouve aujourd'hui largement mis à mal. Leila Seurat Docteure en science politique et membre du think tank " Noria Research "

samedi, 5 juillet 2014

Liah Greenfeld : « En Amérique, Einstein ne serait pas entendu aujourd'hui Les Echos 04 07 2014

Interview:

Liah Greenfeld est professeur de sociologie à l'université de Boston et spécialiste de l'analyse du « mal-être moderne ». Elle refuse la vision idyllique du choc du numérique qu'entretiennent les géants américains du secteur. Elle introduira les débats sur le sujet aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence.



- Les évolutions technologiques actuelles marquent-elles une étape inédite dans l'histoire de l'humanité ?

La société a tendance à penser que les sciences et les technologies exercent une influence profonde sur l'humanité, et qu'elles sont nécessairement bénéfiques. Ces deux présupposés sont faux. Depuis cent cinquante ans, les sciences et les technologies ont évolué à un rythme sans précédent. Mais elles n'ont modifié en rien les désirs et les passions de l'humanité. Les hommes aspirent à donner un sens à leur vie, ainsi qu'à la sécurité et à la stabilité. Ils ont une soif d'ambition et de statut social, ce qui représente les deux traits prédominants de notre époque. Les gadgets technologiques traduisent ces désirs, mais ne les apaisent pas. Ils favorisent le bavardage entre les hommes. Mais ils ne modifient pas le caractère fondamental de l'humanité.

- Les technologies ne contribuent-elles donc pas au progrès ?

De manière générale, les technologies destructives sont celles qui ont le plus grand impact sur l'humanité. Je pense évidemment à la bombe atomique, mais aussi aux gaz utilisés pendant la Première Guerre mondiale et à l'Holocauste. Aujourd'hui, les organisations terroristes sont les plus grands bénéficiaires des technologies. Ils peuvent tuer plus de personnes que jamais auparavant : les attentats du 11 Septembre n'en sont qu'un triste exemple. Les Etats dictatoriaux peuvent aussi mieux contrôler la population. Au final, les technologies font plus de perdants que de gagnants.

- On guérit pourtant des maladies dont on mourrait il y a quelques décennies et la famine a régressé grâce aux progrès agricoles…

C'est incontestable. La mortalité infantile baisse et la population mondiale souffre moins physiquement. Nous vivons donc plus longtemps. Mais cela n'implique pas que nous soyons plus heureux. Comment les scientifiques pourraient-ils accroître le bonheur de l'humanité, alors qu'ils savent tout du corps mais rien de l'esprit ? Notre société est certainement plus malheureuse que toutes les précédentes. Les maladies mentales sont ainsi beaucoup plus fréquentes qu'avant. Les Etats-Unis, qui constituent le pays le plus riche, le plus libre et le plus technologique au monde, présentent à cet égard des chiffres alarmants : un cinquième de la population souffre de lourdes pathologies mentales, les plus fréquentes étant la schizophrénie et la dépression. Chez les jeunes, le ratio est même de 25 % ! Il a beaucoup augmenté au cours des cinq dernières années. Ces maladies n'existaient pratiquement pas au début du XXe siècle. Elles concernaient tout au plus 1 % de la population.

- En quoi les technologies sont-elles responsables ?

Les technologies accroissent l'éventail des possibles. Et avoir plus de choix conduit paradoxalement à moins de bonheur. Il y a deux cents ans, le fils du cordonnier savait qu'il serait cordonnier. Aujourd'hui, n'importe qui peut aspirer à devenir président. Changer de sexe est une possibilité que la science a récemment ouverte. Mais le fait de se demander si l'on est une fille ou un garçon - une question qu'on ne posait certainement pas avant ! - ne contribue pas au bonheur des gens.

- Dans ces conditions, comment expliquer que la science soit si valorisée ?

La science est un élément de prestige pour les nations. C'est devenu l'outil par lequel se mesure leur intelligence. La science est un outil du nationalisme. Ce fut le cas en Angleterre dès le XVIIe siècle et c'est encore le cas en Asie aujourd'hui. La Chine, le Japon et l'Inde affichent un immense appétit de sciences, car ils sont dans une période de fort nationalisme.

- L'Amérique menace-t-elle de se faire dépasser ?

L'Amérique s'est peut-être déjà fait dépasser. Les sciences ne peuvent plus rien produire de grand aux Etats-Unis car le pays n'est plus ouvert aux nouvelles idées. Il favorise les compétences plutôt que l'innovation. Il oublie que les grandes avancées scientifiques sont venues d'hommes extérieurs au système, qui avaient besoin d'une grande liberté pour aller au bout de leur pensée. Je pense à Albert Einstein, Charles Darwin ou, pour rester en France, Jean Frédéric Frenet. Or, les Etats-Unis ne donnent plus la parole à ce type de personnalités. Pour être écouté en Amérique, il faut être un universitaire. Albert Einstein n'était pas universitaire : il s'agissait même d'un très mauvais étudiant. Il ne serait pas entendu aujourd'hui. Les universités ne favorisent pas la créativité scientifique : elles préparent à la vie professionnelle. Cette situation est très alarmante. Moi-même, je vois bien que mes travaux ne suscitent plus d'écho aux Etats-Unis, alors qu'ils bénéficient d'une grande couverture médiatique en Chine. Les Etats-Unis ne veulent plus des nouveaux penseurs.

La dernière oeuvre du professeur Greenfeld est une trilogie consacrée aux aspects psychologique, économique et politique de la culture contemporaine sous le titre général : « Mind Modernity Madness : The Impact of Culture on Human Experience »

Lucie Robequain

jeudi, 20 mars 2014

La charge du banquier Pigasse contre "monsieur normal" Les Echos, 20 mars

La charge du banquier Pigasse contre « monsieur Normal »

Par Nicolas Barré | 20/03



Près de deux ans après l'élection de François Hollande, le directeur général de Lazard France, Matthieu Pigasse, publie un essai sans concession sur l'équipe au pouvoir, sa lecture défaillante du monde et son incapacité à prendre la mesure des défis que doit relever la France. Le cri d'alarme d'un banquier de gauche.

Bienvenue à Normaland, le pays de la normalité. Ici, tout est « normal », à commencer par notre dirigeant. Ici, nous sommes tous d'accord entre nous : si quelqu'un dit quelque chose, c'est que « normalement », c'est bien. Nous veillons au consensus, au compromis. Ici, personne ne sort du cadre, car ce serait « anormal » de faire du bruit, de se distinguer. Nous veillons à ne pas décider pour ne pas déranger. ...

A l'action, les dirigeants de Normaland préfèrent l'attente. Surtout ne rien faire de peur de mal faire. Surtout ne pas bouger pour ne rien bousculer. Surtout ne rien tenter pour ne prendre aucun risque. Attendre. Juste attendre. Par temps calme, cette stratégie attentiste ne mène nulle part mais ne prête guère à conséquence. En période de crise, dans des temps exceptionnels, cette normalité est profondément dangereuse.

Dans ses conséquences économiques, mais surtout dans ce qu'elle révèle de la politique. Celle-ci n'est plus que renoncement, là où elle devrait être vie, envie, changement, intensité, partage, émotion… Les rêves, il n'y en a plus. Nous pouvons craindre le pire quand il n'y a plus d'espoir car plus d'idéal exprimé, quand plus rien ne nous porte ni ne nous emporte.

Normalité, passivité

La normalité est devenue le déguisement de la passivité. Quand on est normal, on ne fait pas grand-chose parce qu'on ne peut pas grand-chose. On ne va pas déplacer des montagnes, ni soulever des océans, ni remuer ciel et terre. Impossible ! On est normal.

Alors on bricole. On utilise une « boîte à outils », on fait de la plomberie, un peu d'électricité, on raccommode les rideaux, mais on reste chez soi. On n'ouvre pas la porte, ce serait bien trop risqué, on ne repousse pas les murs, on ne bâtit pas, on ne reconstruit pas plus grand et plus fort. Bricoleur, mais pas architecte.

Il n'y a plus ni souffle ni projet. Il n'y a ni grandeur, ni vision, ni ambition. C'est la fin de la politique. « Le courage est la première de toutes les vertus politiques », disait Hannah Arendt. Elle devrait être volonté, capacité et action. Elle n'est que passivité et renoncement.

La politique économique de la France en fournit une illustration parmi de nombreuses autres : quels sont nos objectifs et les moyens mis en oeuvre pour les atteindre ? Que voulons-nous construire ensemble ? Cherchez, vous ne trouverez pas. Il n'y en a pas. Une telle doctrine devrait pouvoir s'exprimer en une phrase. Souvenons-nous de la gauche au pouvoir il y a trente ans. La France s'était alors engagée dans une politique de désinflation compétitive. Deux mots, un slogan, assumés par un gouvernement de gauche, et une mise en oeuvre déterminée. Les oppositions étaient violentes, les critiques féroces, les procureurs nombreux, mais les hommes de gauche qui étaient aux commandes ont tenu le cap.

Aujourd'hui il n'y a plus de cap. On navigue à vue. On annonce que « la crise de la zone euro est derrière nous » en décembre 2012, quelques semaines avant que la crise chypriote éclate au grand jour. On annonce que « la reprise est là », en comptant sur la chance, en ignorant avec superbe tous les fondements de l'économie, en confondant une hirondelle et le printemps, sans avoir ni défini ni mis en oeuvre les mesures nécessaires au retour de la croissance. On annonce que « la courbe du chômage s'inverse », en s'appuyant parfois sur des statistiques erronées en raison d'un système informatique défaillant, en s'étonnant soi-même que cela soit possible, révélant ainsi une incompréhension totale des mécanismes économiques fondamentaux. On fait et défait un jour ce que l'on a fait la veille, et on se contente d'annonces jamais suivies d'effet ni jamais mises en oeuvre. Nous sommes dans l'incantation, jamais dans l'action. ...

Amateurisme

Cette impuissance repose sur deux piliers principaux : l'amateurisme et l'improvisation (...).

L'amateurisme, c'est tout d'abord le manque d'expérience gouvernementale des équipes en place. ...

Or pour la première fois sous la Ve République, ni le président de la République ni le Premier ministre, au pouvoir ensemble, n'ont exercé de fonction gouvernementale avant leurs fonctions actuelles. Et c'est le cas de trente-trois ministres sur trente-sept. Ce ne serait pas grave si ce manque d'expérience était compensé par la « deuxième ligne », celle des conseillers qui les entourent, mais ce n'est précisément pas le cas. Bien au contraire. Ceux-ci n'ont ni l'expérience du travail gouvernemental et interministériel ni la connaissance et la compréhension du monde qui les entoure. ...

« Spin doctors »

Pour que la normalité devienne une excuse à l'immobilisme, il suffit de la mettre en scène. C'est la tâche des « spin doctors », les docteurs en communication, qui occupent aujourd'hui une place centrale dans les dispositifs de pouvoir. ... Les dirigeants occidentaux jouent ainsi au « chic type », à monsieur Tout-le-Monde, avec un brio extraordinaire.

L'un entraîne lui-même l'équipe de basket de sa plus jeune fille le week-end, boit de la bière, dîne dans des restaurants populaires, se fait photographier avec ses filles en train de regarder son épouse à la télévision (...). L'autre, lui aussi président, s'acharne à montrer combien il est ordinaire. Il prend le train pour aller en vacances (sans bagages…), se promène à pied dans son quartier et fait ses courses lui-même, multiplie les blagues légères. Ordinaire… Cette normalité trouve son prolongement dans la notion de « proximité », qu'il faut valoriser à tout prix pour être là encore « proche des gens ». C'est le règne du socialisme municipal, des élus locaux et des anciens attachés parlementaires qui n'ont jamais été aussi nombreux dans un gouvernement et dans une mandature, et dont la vision du monde se confond parfois avec celle de leur terroir ou de leur arrondissement. Si le monde est un livre, beaucoup d'élus français n'en connaissent qu'une seule page ! Ils sont rivés depuis toujours à la politique politicienne, tournés vers les seuls enjeux locaux, avec une compréhension des enjeux globaux limitée à leur circonscription et à quelques arrondissements de Paris. C'est peu. C'est le triomphe de la France des ronds-points, celle qui tourne en rond et se replie sur elle-même, au sens figuré comme au sens propre. Six milliards d'euros engloutis chaque année dans les ronds-points, dont près de deux sont consacrés à la seule décoration de ces magnifiques ouvrages publics : corbeilles en rotin remplies de coquillages, vaches en plastique paissant sagement sur de faux prés, sculptures abstraites, fusées, cerfs royaux en majesté, oiseaux géants prenant leur envol…

La croissance perdue

Quel dirigeant politique osera le dire ? Notre potentiel de croissance est durablement nul. Aucune des composantes de la croissance n'est aujourd'hui présente ni disponible. Notre modèle de croissance est en réalité cassé depuis les années 1980, mais nous nous le sommes caché à nous-mêmes pendant vingt ans. Comment ? Par la dette publique. En donnant à tous - salariés, consommateurs, épargnants - cette illusion si confortable que notre pouvoir d'achat continuait d'augmenter sans fin. ...

Or les gains de productivité sont aujourd'hui nuls partout en Europe. Leur progression annuelle a ainsi été limitée à 0,6 % seulement au cours des quinze dernières années, à comparer à 2,4 % aux Etats-Unis par exemple. Non seulement notre population ne croît plus, mais elle ne parvient plus à produire mieux et plus efficacement. Ce n'est plus la division du travail qui peut apporter des gains de productivité, mais d'autres facteurs : la durée du travail, le niveau de formation de la population, l'effort d'innovation. Ces trois facteurs jouent cependant aujourd'hui négativement.

La durée du travail, tout d'abord. Elle a, contrairement à une idée reçue, reculé à peu près partout, mais en France plus qu'ailleurs. Nul besoin d'épiloguer : si la durée du travail par tête baisse, la productivité du travail recule. ... Le niveau de formation de la population, ensuite. Plus celle-ci est qualifiée, plus la productivité est grande. Or le nombre de non-qualifiés, avec un niveau de formation inférieur au second cycle du secondaire, est très important en Europe et plus important qu'ailleurs : il est par exemple trois fois plus élevé qu'aux Etats-Unis en pourcentage de la population active. ... L'innovation, enfin. ... L'investissement en nouvelles technologies recule, de 2 % du PIB au début des années 2000 à près de 1,8 % aujourd'hui, et est largement inférieur aux niveaux d'investissement dans ce domaine aux Etats-Unis ou en Allemagne. Il est donc faux de dire que le niveau technologique de la France progresse. Là encore, le contraste entre la réalité et les discours est frappant. ...

La démocratie en danger

Ce qui est en cause aujourd'hui, c'est l'existence même de notre système démocratique. L'incapacité à faire face à la crise, à lutter contre la pauvreté et le chômage, la croissance explosive des inégalités, la dégradation continue des grandes infrastructures, la recherche du profit immédiat, la médiocrité des dirigeants, leur manque de souffle, de vision, d'ambition, les scandales à répétition, l'absence de grand dessein collectif, tout cela fait peser un risque sans précédent sur la démocratie. Nous pouvons brutalement découvrir qu'elle est mortelle. En ce début de siècle, la démocratie a fait la malheureuse démonstration qu'elle ne garantit pas en elle-même et par elle-même le bien-être collectif et le fonctionnement harmonieux de la société. Nous traversons à la fois une crise de la compétence et une crise de confiance civique. Comme l'a souligné Christopher Lasch dans « La Révolte des élites », ce n'est pas seulement le jeu des institutions qui importe dans une démocratie moderne, mais aussi la capacité des dirigeants et la vertu des citoyens (...).

Nous vivons des temps de crise, exceptionnels de gravité. « Notre monde n'a pas besoin d'âmes tièdes, il a besoin de coeurs brûlants. »(Camus) Chassons la normalité, renouons avec l'exceptionnel.

De la banque à la presse

Directeur général de Lazard France, propriétaire des « Inrockuptibles », coactionnaire du « Monde » et depuis peu du « Nouvel Observateur » aux côtés de Xavier Niel et de Pierre Bergé, Matthieu Pigasse, quarante-cinq ans, a débuté sa carrière à Bercy, à la direction du Trésor, après sa sortie de l'ENA en 1994. Il passe par les cabinets ministériels de Dominique Strauss-Kahn, dont il est resté l'un des fidèles, puis de Laurent Fabius. Recruté chez Lazard en 2002, il s'occupe, notamment, de conseil aux gouvernements. La crise de la zone euro lui donne ainsi l'occasion de travailler avec les Etats grec et chypriote. Il est l'auteur de deux autres livres, « Le Monde d'après », avec Gilles Finchelstein, et « Révolutions ». « Eloge de l'anormalité » Plon, 190 pages, 14,90 euros












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samedi, 22 février 2014

Les Echos Point de vue Jacques Delpa 20 02 14

Un taxi pour la réforme

La guerre des taxis est repartie. En 1914, les taxis de la Marne… En 2014, l’ennemi, c’est le progrès technique : les smartphones ! Suggérons ici une réforme avec ouverture et compensations. Car, si le gouvernement plie ici, fini sa réforme de l’offre ! S’il ne peut pas imposer l’application de lois déjà existantes face à ce lobby emblématique, les autres réformes, bien plus difficiles, seront étouffées dans l’œuf !

Le cœur du litige : les licences de taxi, qui valent plus de 200.000 euros à Paris. Qu’est-ce qu’une licence de taxi ? C’est une autorisation de stationnement qui donne le droit aux taxis de prendre des passagers à la volée dans la rue ou aux bornes de taxis. Ni plus ni moins. Les licences sont délivrées gratuitement par les maires (à Paris par la préfecture de police). Elles sont revendues très cher par la suite entre taxis. Ce système est féodal : il faut payer pour avoir le droit de travailler.

Pourquoi ces licences sont-elles si chères ? Une partie seulement de l’explication vient de leur rareté. Une autre partie de l’explication est cachée. Je ne l’ai découverte que lors de la commission Attali : la fraude fiscale et sociale. L’activité des taxis est essentiellement déclarative : bien souvent, leurs compteurs n’enregistrent pas les transactions, ce qui permet de sous-déclarer les revenus. Si les licences sont si chères, c’est qu’elles reflètent l’évasion future des taxes et charges sociales.

Comment sortir de la crise actuelle ? Dans une économie de marché, il n’appartient pas aux entreprises déjà sur le marché de définir le niveau de la demande et le nombre de leurs concurrents. L’entrée sur un marché doit être libre, avec seulement des conditions de sécurité ou d’intérêt général. Je suggère ici un plan en quatre points.

Premièrement : restaurer obligations fiscales et sociales, en obligeant les taxis à avoir des compteurs inviolables qui enregistrent automatiquement toutes les transactions, le tout transmis par Internet mobile aux services de comptabilité. Couplé à des contrôles fiscaux, cela devrait faire baisser la valeur des licences (de la moitié ?).

Deuxièmement : émettre beaucoup plus de licences de taxi (avec au moins un doublement sur cinq ans), car il y a de la demande. C’est prévu par la loi, il suffit d’une décision du maire ou de la préfecture de police.

Troisièmement : laisser vivre les VTC, qui développeront une multiplicité de services. Les taxis n’ont aucun droit de les empêcher d’exister. Sinon, il faudrait aussi interdire la télé, qui fait de l’ombre à la radio, Internet, qui bouscule tout le monde, les compagnies low cost, qui font concurrence à Air France…

Quatrièmement : la compensation. Avec les trois premiers points, le prix des licences baissera. Les chauffeurs de taxi ont acheté leur licence en le sachant. L’Etat ne garantit aucunement le prix des licences, d’ailleurs la loi de 1995 lui interdit d’en racheter. Toutefois, on peut considérer que la licence étant un élément de leur patrimoine retraite, les chauffeurs de taxi pourraient être indemnisés s’ils acceptaient une vaste ouverture du secteur. En 2007, j’avais proposé de payer pour réformer, en rachetant les rentes : pour les taxis, le coût était de 4,5 milliards d’euros. Mais, à l’époque, j’ignorais l’ampleur de la fraude fiscale et sociale. Or l’Etat ne peut pas indemniser la fraude fiscale et sociale anticipée. Ma suggestion aujourd’hui est d’attribuer des points de retraite supplémentaires aux chauffeurs de taxi s’ils acceptaient à la fois beaucoup plus de licences et l’arrivée des VTC sans entrave. Le financement se ferait par une redevance de 0,50 euro sur chaque course de taxi ou de VTC.

Dans une France avec 3,3 millions de chômeurs, qui veut demeurer leader mondial du tourisme, pourquoi ne pas multiplier les licences, pourquoi ne pas autoriser les VTC, qui créeraient autant d’emplois et satisferaient les touristes ? Si le président n’arrive pas à ouvrir le marché des voitures de tourisme avec chauffeur (VTC) commandées par smartphone à Paris, plus la peine d’aller en Californie courtiser la Silicon Valley !

Jacques Delpla est professeur associé à l’Ecole d’économie de Toulouse.

mardi, 4 février 2014

Les Echos 30 janvier 2014 Une reprise de la croissance qui ressemble plutot à une alcalmie Mohamed A.El Erian

Les signes positifs de reprise sont trompeurs. Fondés pour la plupart sur des modèles périmés, ils ne garantissent pas une sortie de crise à long terme. Les dirigeants doivent créer les conditions d'une nouvelle prospérité.

Une reprise de la croissance qui ressemble plutôt à une accalmie

Il est plutôt rare de pouvoir déclarer sans trop s'avancer qu'un remède universel pourrait grandement améliorer le sort de milliards de gens dans le monde entier. Et pourtant c'est le cas aujourd'hui. J'ai nommé la croissance économique - la seule chose qui puisse réhausser le niveau de vie, réduire les inégalités exagérées, améliorer les perspectives d'emploi, atténuer les tensions et même modérer les pressions géopolitiques. Or le Fonds monétaire international et la Banque mondiale prévoient déjà un retour de la croissance mondiale pour 2014 et qui sera mieux répartie dans les grandes zones économiques du monde.

De tels pronostics reflètent trois évolutions positives. Tout d'abord, la sortie de crise de l'Europe, grâce à des économies périphériques qui profitent de meilleures perspectives. Ensuite, le retour des Etats-Unis, où un niveau de 3 % de croissance annuelle du PIB n'est plus inatteignable. Enfin, une croissance, certes ralentie, mais encore élevée, de 7 % en Chine.

Malgré ces signaux positifs, rien ne serait plus dangereux que de se reposer sur ses lauriers. L'enjeu ne réside pas dans le rythme adopté par la croissance. Après tout, une augmentation, même limitée, peut grandement changer les choses si elle préfigure une dynamique encourageante à moyen terme. Mais rien ne serait pire que de voir le retour de la croissance dépendre de modèles de développement périmés au lieu de résulter de modèles complètement rénovés.

En Europe, la croissance de cette année proviendra principalement des retombées de la stabilisation financière et non de grandes réformes structurelles. La menace de leur effondrement semblant évitée, les économies périphériques demeurent le pôle d'attraction des investisseurs européens et étrangers, limitant ainsi la portée d'un resserrement du crédit.

Par contre, rares sont les pays prêts à se lancer dans le type de réformes intérieures qui promet des taux de croissance à long terme élevés et une réduction substantielle du chômage, lequel a atteint des niveaux alarmants pour les jeunes. En même temps, l'appréciation du taux de change est en train de grever les exportations des principaux pays de la zone euro, particulièrement l'Allemagne, qui a été le moteur de la croissance régionale des dernières années.

L'accélération prévue de la croissance américaine cette année est plus marquée, car elle est le résultat d'un processus de redressement économique et financier couvrant plusieurs années. On peut également apercevoir le début des retombées macroéconomiques des réels progrès accomplis sur le plan de la productivité, particulièrement dans les secteurs de l'énergie et des technologies.

Pourtant la croissance économique des Etats-Unis en 2014 devrait rester bien en deçà de son potentiel. Qui plus est, les résultats de l'économie américaine restent trop dépendants des politiques monétaires expérimentales de la Réserve fédérale, courageusement adoptées en l'absence de mesures adéquates par les autres instances économiques.

L'économie américaine est sûrement en mesure d'atteindre la dynamique dont le pays a besoin pour voir son taux de chômage baisser de manière plus définitive et durable. Mais, pour cela, l'administration du président Barack Obama doit obtenir l'appui du Congrès dans au moins deux domaines : l'amélioration de la composition et du niveau de la demande globale et l'élimination du surendettement résiduel qui continue à freiner l'activité économique.

Seuls des progrès décisifs sur ces plans débloqueront les milliards de dollars des entreprises, qui, au lieu d'être investis dans la construction d'usines et l'achat de nouveaux équipements, restent en jachère dans les bilans ou sont redistribués aux actionnaires par l'intermédiaire de dividendes plus élevés et de rachats de titres.

Les questions dans l'univers des économies émergentes sont beaucoup plus complexes et diverses. Certains pays font des efforts constants pour moderniser des modèles de croissance périmés. En Chine, par exemple, cela suppose une moins grande dépendance aux exportations et à l'investissement public pour se fonder davantage sur la composante privée de la demande intérieure globale.

D'autres pays, cependant, ont réagi au ralentissement de la croissance en 2012 et 2013 en revenant à de vieilles pratiques qui offrent la tentation de l'expansion immédiate aux dépens de meilleurs résultats de croissance à long terme. C'est le cas, par exemple, du Brésil et de la Turquie.

Tout cela pour dire que, en 2014, les économies émergentes ne reprendront probablement pas leur rôle de moteur majeur de l'économie mondiale

Il semble aujourd'hui probable que les perspectives économiques favorables de 2014 ne seront qu'une accalmie. Il reste beaucoup à faire pour que la reprise prévue pour cette année serve de tremplin pour des poussées de croissance importantes à moyen terme, les seules capables d'améliorer les perspectives des générations actuelles et futures. A moins que les décideurs prennent en main les vraies tâches à accomplir, ils risquent de se satisfaire du confort des résultats immédiats.

Mohamed A. El Erian, est CEO de Pimco.

Le Figaro 4 février 2014 Ou va la Droite?

DEBAT JEAN-LOUIS BOURLANGES-HENRI GUAINO. La droite cherche comment et avec quel programme retrouver le chemin du pouvoir. Le député des Yvelines Henri Guaino plaide pour un bonapartisme réaliste tandis que Jean Louis Bourlanges, Tocquevillien assumé, défend la voie de l'Europe et du social libéralisme. Entretien croisé entre deux hautes figures de la droite et du centre.




Le Figaro -. Qu'est-ce qu'être de droite aujourd'hui?

Henri GUAINO.- Quand on parle de la droite, de quoi parle-t-on? Des partis ou des idées? Les partis ont cessé d'être des creusets idéologiques. Les différences sur l'État, la République, l'Europe ignorent les frontières partisanes. Le paysage idéologique est totalement éclaté. Ma famille politique souffre elle-même de cet éclatement. Cela tient à ses origines: l'UMP est un rassemblement de différentes familles ancrées dans l'histoire politique française: radicaux, démocrates-chrétiens, gaullistes, néo-libéraux. Cela tient aussi au fait que la Ve République s'est bâtie contre le régime des partis et que l'élection du Président de la République au suffrage universel, qui est la rencontre d'un homme et du peuple, a profondément changé leur rôle. A gauche comme à droite, c'est le candidat à l'élection présidentielle qui définit la ligne politique non le parti.

N'y-a-t-il pas une idée de l'intérêt national qui a toujours dépassé les carcans des partis ? Ne sommes-nous pas confrontés à une crise de civilisation qui les fait exploser ? Henri Guaino La campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy était typiquement une campagne de désaffiliation pour sortir des étiquettes partisanes qui n'ont plus beaucoup de sens. N'était-ce pas au fond ce que voulait le Général de Gaulle? N'était-ce pas l'essence de ce que fut jadis le Bonapartisme ou le Conseil national de la Résistance? N'y-a-t-il pas une idée de l'intérêt national qui a toujours dépassé les carcans des partis? Ne sommes-nous pas confrontés à une crise de civilisation qui les fait exploser?

Jean-Louis BOURLANGES.- On peut accéder dans le débat droite gauche par trois entrées: institutionnelle, sociologique et idéologique. Les institutions divisent inévitablement le pays en deux camps. Ceux des centristes qui l'ont ignoré en ont pris pour leur grade. Sociologiquement, la gauche se flattait de représenter la classe ouvrière et attribuait généreusement à la droite la représentation des «privilégiés». Aujourd'hui, ce clivage ne correspond plus à rien: nous avons des nantis qui votent à gauche, les bobos, et de larges fractions de la France populaire qui se situent à la droite de la droite. La gauche elle-même s'interroge sur sa cible électorale: Terra Nova, un think tank proche du parti socialiste, recommande au PS de se concentrer sur les classes moyennes plutôt que sur la classe ouvrière. Idéologiquement, enfin, la summa divisio de la société française traverse également la droite et la gauche. C'est l'opposition entre la tradition Richelieu et la tradition Montesquieu, entre les enfants de Bonaparte et ceux de Tocqueville. D'un côté, une préférence pour l'égalité, l'État, la Nation et la souveraineté. De l'autre, une prédilection pour la liberté, la vie parlementaire, la décentralisation et l'Europe. Entre la gauche et la droite, le vainqueur de demain sera celui qui réalisera la meilleure synthèse.

Comment parvenir à une telle synthèse?

Aujourd'hui, chacun découvre avec horreur que ce consensus socialo-chiraquien nous a mené au bord du gouffre mais le pays hésite sur la thérapie. Jean-Louis Bourlanges HG.- Notre histoire est rythmée par des synthèses successives. Napoléon a fait la synthèse entre la révolution et l'Ancien régime. Le Conseil national de la Résistance, entre la gauche et la droite. La Ve République, entre la démocratie représentative et la démocratie directe. Aujourd'hui, il ne s'agit pas d'opposer ceux qui veulent une synthèse à ceux qui n'en veulent pas, mais ceux qui veulent une synthèse en faisant table rase de notre passé et ceux qui veulent l'ancrer dans notre histoire.

J-LB.- La question n'est pas celle de la «table rase» ou de la fidélité à l'histoire mais à celle de l'angoisse de notre société devant une globalisation vécue comme une double menace pour la grandeur de la France et la prospérité des Français. Depuis 1981, les gouvernements successifs ont réagi à contre temps aux défis de la mondialisation en diminuant le temps de travail et en finançant la croissance par le déficit et la dette. Aujourd'hui, chacun découvre avec horreur que ce consensus socialo-chiraquien nous a mené au bord du gouffre mais le pays hésite sur la thérapie. Il y a ceux qui veulent tourner la page et ceux qui, telle Marine Le Pen, entendent en fait poursuivre dans le déni, un déni qui prend désormais la forme de trois fantasmes: le protectionnisme commercial, le dévaluationnisme monétaire, et un souverainisme anti-Européen.

Je ne prendrai pas la responsabilité morale de prôner la sortie de l'euro, car ce serait nous jeter dans le vide avec un risque immense pour l'Europe et pour le monde. Henri Guaino La question du protectionnisme, comme celles du dévaluationnisme et du souverainisme, traverse aujourd'hui tous les partis politiques…

HG.-En politique et en économie, il faut sortir des débats théologiques. Le souverainisme? Il fait de la souveraineté une fin en soi. Je ne m'y reconnais pas. Je revendique le droit d'être attaché à la souveraineté nationale sans être souverainiste.

Le protectionnisme? Je le récuse lorsqu'il est la volonté de se protéger contre ses propres faiblesses que l'on renonce à corriger. Mais je revendique le droit de refuser de faire du libre-échange une sorte de religion. Rien dans l'histoire économique ne permet d'affirmer que la protection est toujours néfaste au progrès économique et que le libre-échange est toujours bienfaisant.

Le dévaluationnisme? Je ne prendrai pas la responsabilité morale de prôner la sortie de l'euro, car ce serait nous jeter dans le vide avec un risque immense pour l'Europe et pour le monde. Mais, je revendique le droit de penser que l'euro a été une erreur, que sa gestion a été désastreuse, que sa surévaluation est intenable et qu'il serait raisonnable d'aligner sa parité sur celle du dollar. Exclure, à tout jamais, la dévaluation du débat économique est un non-sens. La dévaluation a été parfois salvatrice, comme en 1928 avec Raymond Poincaré ou encore en 1958. La mondialisation? Voulue par des pays développés à la fin des années 70, sans précaution, elle a provoqué beaucoup de dégâts dans les économies et les sociétés développées confrontées à des dumpings et des concurrences déloyales. Il ne faut pas chercher ailleurs la cause principale de l'accumulation excessive de dettes encouragée par la globalisation financière. On connaît l'issue de cet engrenage fatal: la crise de 2008 qui a failli conduire le monde à sa perte. On a évité de justesse la catastrophe en transférant les dettes privées sur les États. Aujourd'hui, avec l'austérité on refait le chemin inverse: on renvoie la dette sur les ménages et les entreprises. Avec la hausse du chômage en prime.

La grande difficulté de la période actuelle, c'est qu'après plusieurs décennies où les actifs ont été sacrifiés, il est impossible de leur demander de nouveaux sacrifices en leur imposant une politique de déflation. Nous ne pouvons donc pas nous passer de la politique monétaire pour accompagner le cycle du désendettement et le rendre supportable aux actifs.

Ce qui nous confronte à la question des statuts de la BCE et à sa capacité à mener une politique active comme la Fed américaine, la Banque d'Angleterre ou celle du Japon. Sous la pression de Nicolas Sarkozy la BCE a certes assoupli sa position devant les dangers d'un effondrement du système bancaire et de l'éclatement de l'euro. Mais c'est insuffisant.

N'oublions pas que des erreurs de politique monétaire peuvent détruire une société et même une civilisation.

J-LB.-Je peux être d'accord avec certaine de vos analyses mais je crois que les problèmes auxquels nous devons faire face ne sont pas théoriques. La France doit choisir: pour ou contre l'insertion dans le commerce mondial, pour ou contre l'euro, pour ou contre la mise en commun de nos politiques économiques et budgétaires. J'ai le sentiment que vous n'arrivez pas à faire ces choix. Vous avez participé au côté de Nicolas Sarkory au sauvetage de l'euro, donc de l'Europe, et vous contestez le règne de la technocratie bruxelloise. Vous devriez donc plaider, au sein de la zone euro, pour plus de démocratie communautaire comme Alain Lamassoure dont vous critiquez pourtant la désignation comme tête de liste UMP en Île-de-France aux européennes? Au fond, vous restez dans l'ambiguïté du sarkozysme: l'héritage de Jean-Claude Trichet défendu avec les mots d'Henri Guaino!

HG.- On n'est pas ambigu parce que l'on n'entre pas dans les catégories obligées de la pensée unique. Le volontarisme de Nicolas Sarkozy face à la crise n'avait rien d'ambigu. La volonté, au fond gaullienne, de ne jamais se sentir prisonnier de la droite ou de la gauche lorsque l'on gouverne, l'effort pour dépasser l'opposition entre la France du oui et celle du non, n'ont rien d'ambigu. Vouloir l'Europe intergouvernementale, qui a sauvé l'Europe face à la crise, au lieu de l'Europe fédérale n'a rien d'ambigu.

J-L. B.- Rester dans l'Europe intergouvernementale, celle qui a la préférence des Eurosceptiques, c'est condamner l'Europe à osciller entre l'impuissance de l'unanimité et la brutalité du dittak franco-allemand.

Le PS semble pris d'une frénésie sociétale et identitaire. Quelle doit être l'attitude de la droite sur ces sujets?

HG.- Le pouvoir actuel sert des clientèles idéologiques et veut diviser pour durer.

Du mariage pour tous à la Charte des langues régionales en passant par l'école, la fin de vie, la Justice, la

Si le président de la République voulait faire du mariage pour tous une réelle la loi pour tous, il aurait dû avoir le courage de passer par un référendum. Henri Guaino complaisance vis-à-vis des communautarismes, la politique actuelle est devenue une entreprise sans précédent de destruction de toutes les institutions et des principes qui nous permettent de vivre ensemble. Le premier devoir de ma famille politique devrait être de s'y opposer ainsi qu'à cette façon de gouverner qui ne se reconnaît aucune limite, comme si tout pouvoir, aussi légitime fût-il, pouvait s'exonérer de se demander jusqu'où ne pas aller trop loin.

En pratiquant la provocation, en heurtant délibérément la conscience de beaucoup de Français, le gouvernement nourrit la radicalisation et les extrêmes. C'est un jeu dangereux.

J-LB.- Je suis, moi aussi, très critique à l'égard des provocations gouvernementales. Celles-ci visent à créer un réflexe de type Tea Party autour d'un bloc minoritaire fondamentaliste. La gauche espère ainsi construire une curieuse majorité, socialement conservatrice et sociétalement libertaire. Je suis un homme du centre et un modéré et je crois donc à la nécessité de jeter des ponts entre la société d'hier et celle de demain. Qu'on s'en réjouisse ou que l'on s'en afflige, nous ne reverrons pas la France de la IIIème République, une France ethniquement homogène, dispensant un enseignement de qualité à une élite restreinte et prête à tous les sacrifices patriotiques. La nostalgie est impuissante car les défis que nous avons à relever - l'interdépendance mondialisée, la massification démocratique, la révolution technologique permanente- ont renversé la table. Pour sauver notre prospérité, nos valeurs, notre influence, nous devons inventer et non pas restaurer.

Le débat sur l'identité nationale n'a-t-il pas montré l'embarras de la droite sur les sujets qui nourrissent le vote FN?

J-LB.- Une saine réflexion sur les programmes d'histoire me paraîtrait plus utile qu'un débat politicard organisé dans les préfectures. Il faut commencer par le commencement et diminuer le nombre de jeunes qui se demandent si François 1er a régné avant ou après Louis-Philippe!

HG.-Nous vivons actuellement des remises en cause très profondes de nos valeurs, de nos représentations et de l'idée même que nous nous faisons de notre civilisation. Le rôle de la politique est d'y répondre.

Nicolas Sarkozy est-il l'homme providentiel pour l'opposition?

Nicolas Sarkozy a plusieurs longueurs d'avance sur les autres candidats potentiels de la droite et du centre. Jean-Louis Bourlanges HG.- Son départ a laissé un vide dans l'opposition pour l'instant qu'il parait bien difficile de combler sans lui. Mais pour qu'il soit l'homme providentiel, dont la France a besoin dans la crise qu'elle traverse, Nicolas Sarkozy devra représenter beaucoup plus que l'opposition. François Mitterrand n'a pas été élu que par la gauche, Jacques Chirac n'a pas été élu que par la droite et le président de la République ne gouverne pas qu'avec la droite ou qu'avec la gauche, mais avec le pays tout entier. C'est donc au pays qu'il devra s'adresser s'il fait le choix d'être à nouveau candidat.

J-LB.- Nicolas Sarkozy a plusieurs longueurs d'avance sur les autres candidats potentiels de la droite et du centre. Il ne faudrait pas pour autant passer François Hollande par perte et profit: la stratégie de ce dernier visant à enfermer son prédécesseur, toujours mal aimé, dans un ghetto de droite n'est pas nécessairement vouée à l'échec. Personnellement, j'ai toujours pensé que la sarkophobie était la manifestation la plus pathétique de la tendance française à fabriquer des bouc émissaires. Cela dit, dans le passé, Nicolas Sarkozy nous a habitué au bon comme au moins bon et nul ne sait aujourd'hui ce qu'il a l'intention de nous proposer. L'ancien président nous envoie régulièrement des cartes postales mais, pour parler le langage de Heidegger, il demeure obstinément «un être des lointains».

lundi, 16 septembre 2013

Intervention en Syrie : La recherche d'un prétexte à tout prix. Eric Denécé Centre Français de Recherche sur le Renseignement

INTERVENTION EN SYRIE : LA RECHERCHE D’UN PRÉTEXTE A TOUT PRIX Eric Denécé

La coalition réunissant les Etats-Unis, le Royaume Uni, la France, la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar vient de franchir un nouveau pas dans sa volonté d’intervenir en Syrie afin de renverser le régime de Bachar El-Assad. Utilisant ses énormes moyens de communication, elle vient de lancer une vaste campagne d’intoxication de l’opinion internationale afin de la convaincre que Damas a utilisé l’arme chimique contre son peuple,commettant ainsi un véritable crime contre l’humanité et méritant «d’être puni». Aucune preuve sérieuse n’a été présentée à l’appui de ces affirmations. Au contraire, de nombreux éléments conduisent à penser que ce sont les rebelles qui ont utilisé ces armes. Ces mensonges médiatiques et politiques ne sont que des prétextes. Ils rappellent les tristes souvenirs du Kosovo (1999), d’Irak (2003) et de Libye (2010) et ont pour but de justifier une intervention militaire afin de renverser un régime laïque, jugé hostile par les Etats-Unis - car allié de l’Iran et ennemi d’Israël - et impie par les monarchies wahhabites d’Arabie saoudite et du Qatar. Il est particulièrement affligeant de voir la France participer à une telle mascarade.

La falsification des faits

Depuis deux ans, des informations très contradictoires et souvent fausses parviennent en Europe sur ce qui se passe actuellement en Syrie. Il est ainsi difficile de comprendre quelle est la situation exacte dans ce pays. Certes, le régime syrien n’est pas un modèle démocratique, mais tout est mis en œuvre par ses adversaires afin de noircir le tableau, dans le but d’assurer le soutien de l’opinion internationale à l’opposition extérieure et de justifier les mesures prises à son encontre, dans l’espoir d’accélérer sa chute.

1 - Ce texte reprend, pour partie, des analyses produites par Alain Chouet, Alain Corvez et Alain Rodier, tous trois anciens officiers du renseignement français.

2 - Cette falsification des faits dissimule systématiquement à l’opinion mondiale les éléments favorables au régime : - le soutien qu’une grande partie de la population syrienne - principalement les sunnites modérés et les minorités (chrétiens, druzes, chiites, kurdes)- continue d’apporter à Bachar El-Assad, car elle préfère de loin le régime actuel – parfois par défaut - au chaos et à l’instauration de l’islam radical; - le fait que l’opposition intérieure, historique et démocratique, a clairement fait le choix d’une transition négociée et qu’elle est, de ce fait, ignorée par les pays occidentaux ; - la solidité militaire du régime : aucune défection majeure n’a été observée dans l’armée, les services de sécurité, l’administration et le corps diplomatique et Damas est toujours capable d’organiser des manœuvres militaires majeures; - son large soutien international. L’alliance avec la Russie, la Chine, l’Iran et le Hezbollah libanais ne s’est pas fissurée et la majorité des Etats du monde s’est déclarée opposée à des frappes militaires, apportant son soutien total aux deux membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU; - Russie et Chine - qui ont clairement indiqué qu’ils n’autoriseraient pas une action armée contre la Syrie. Rappelons également que le régime syrien n’a été à ce jour l’objet d’aucune condamnation internationale formelle et demeure à la tête d’un Etat membre à part entière de la communauté internationale; - le refus délibéré des Occidentaux, de leurs alliés et de la rébellion de parvenir à une solution négociée. En effet, tout a été fait pour radicaliser les positions des ultras de Damas en posant comme préalable le départ sans condition du président Bachar.

Au contraire, l’opposition extérieure, dont on cherche à nous faire croire qu’elle est LA solution, ne dispose d’aucune légitimité et demeure très éloignée des idéaux démocratiques qu’elle prétend promouvoir, en raison de ses options idéologiques très influencées par l’islam radical.

De plus, la rébellion syrienne est fragmentée entre: - une opposition politique extérieure groupée autour des Frères musulmans, essentiellement contrôlée par le Qatar et la Turquie; - une «Armée syrienne libre» (ASL), composée d'officiers et d'hommes de troupe qui ont déserté vers la Turquie et qui se trouvent, pour la plupart, consignés dans des camps militaires faute d’avoir donné des gages d'islamisme suffisants au parti islamiste turc AKP. Son action militaire est insignifiante ; - des combattants étrangers, salafistes, qui constituent sa frange la plus active et la plus violente, financés et soutenus par les Occidentaux, la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite.

Ainsi, la Syrie connaît, depuis deux ans, une situation de guerre civile et des affrontements sans merci. Comme dans tous les conflits, les victimes collatérales des combats sont nombreuses, ainsi que les atrocités. Toutefois, les grands médias internationaux qui donnent le ton – qui appartiennent tous aux pays hostiles à la Syrie - cherchent à donner l’impression que les exactions, massacres et meurtres sont exclusivement le fait du régime et de son armée.

Si certaines milices fidèles au régime ont commis des exactions, cela ne saurait en aucun cas dissimuler les innombrables crimes de guerre qui sont chaque jour, depuis deux ans, l’œuvre de la rébellion, et dont sont victimes la population syrienne fidèle au régime, les minorités religieuses et les forces de sécurité. Ce fait est systématiquement passé sous silence. Pire, les nombreux actes de barbarie des djihadistes soutenus par l’Occident, la Turquie et les monarchies wahhabites sont même souvent attribués au régime lui-même, pour le décrédibiliser davantage.

3 - L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), principale source des médias sur les victimes de la «répression», est une structure totalement inféodée à la rébellion, crée par les Frères musulmans à Londres. Les informations qu’il diffuse relèvent de la pure propagande et n’ont donc aucune valeur ni objectivité. S’y référer est erroné et illustre l’ignorance crasse ou de la désinformation délibérée des médias. Enfin, face à ce Mainstream médiatique tentant de faire croire que le Bien est du côté de la rébellion et de ses alliés afin d’emporter l’adhésion de l’opinion, toute tentative de vouloir rétablir un minimum d’objectivité au sujet de ce conflit est immédiatement assimilée à la défense du régime.

4 - Les objectifs véritables d’une intervention en Syrie

Dès lors, on est en droit de s’interroger sur les raisons réelles de cet acharnement contre Bachar Al-Assad et d’en rechercher les enjeux inavoués.

Il en existe au moins trois: - casser l’alliance de la Syrie avec l’Iran; le dossier iranien conditionne largement la gestion internationale de la crise syrienne. En effet, depuis trois décennies, Damas est l’allié de l’Iran, pays phare de «l’axe du mal» décrété par Washington, que les Américains cherchent à affaiblir par tous les moyens, tant en raison de son programme nucléaire, de son soutien au Hezbollah libanais, que de son influence régionale grandissante; - rompre «l’axe chiite» qui relie Damas, Bagdad, Téhéran et le Hezbollah, qui est une source de profonde inquiétude pour les monarchies du Golfe qui sont, ne l’oublions pas, des régimes autocratiques et qui abritent d’importantes minorités chiites. Ainsi, Ryad et Doha ont désigné le régime iranien comme l’ennemi à abattre. Elles veulent la chute du régime syrien anti-wahhabite et pro-russe, afin de transformer la Syrie en base arrière pour reconquérir l’Irak - majoritairement chiite - et déstabiliser l’Iran. Elles cherchent aussi à liquider le Hezbollah libanais. En cela, leur agenda se confond avec celui de Washington ; - détruire les fondements de l’Etat-nation laïc syrien pour le remplacer par un régime islamiste. Cela signifie livrer Damas aux forces wahhabites et salafistes favorables aux pétromonarchies du Golfe, ce qui signifie l’éclatement du pays en plusieurs entités en guerre entre elles ou, pire, l’asservissement voire le massacre des minorités non sunnites. Ces objectifs non avoués n’ont pas été jusqu’ici atteints et ne le seront pas tant qu’existera le soutien sino-russe et tant que l’axe Damas-Téhéran ne se disloquera pas.

Le faux prétexte des armes chimiques

Face à la résistance de l’Etat syrien et de ses soutiens, la coalition américano-wahhabite a décidé d’employer les grands moyens afin de faire basculer l’opinion et de justifier une intervention militaire: accuser Damas de recourir aux armes chimiques contre sa propre population. Une première tentative a été entreprise en avril dernier. Malheureusement, l’enquête des inspecteurs de l’ONU a révélé que l’usage d’armes chimiques était le fait de la rébellion. Ce rapport n’allant pas dans le sens que souhaitait la coalition américano-wahhabite, il a été immédiatement enterré. Seul le courage de Carla del Ponte a permis de révéler le pot aux roses. Notons cependant que les «médias qui donnent le ton» se sont empressés de ne pas lui accorder l’accès à leur antenne et que cette enquête a été largement passée sous silence. Les événements du 21 août dernier semblent clairement relever de la même logique.

Une nouvelle fois, de nombreux éléments conduisent à penser qu'il s'agit d'un montage total, d’une nouvelle campagne de grande envergure pour déstabiliser le régime: - le bombardement a eu lieu dans la banlieue de Damas, à quelques kilomètres du palais présidentiel. Or, nous savons tous que les gaz sont volatiles et auraient pu atteindre celui-ci. L'armée syrienne n'aurait jamais fait cela sauf à vouloir liquider son président! - les vecteurs utilisés, présentés par la presse, ne ressemblent à aucun missile en service dans l’armée syrienne, ni même à aucun modèle connu. Cela pourrait confirmer leur origine artisanale, donc terroriste; - de plus, des inspecteurs de l'ONU étaient alors présents à Damas et disposaient des moyens d’enquête adéquats pour confondre immédiatement le régime; - les vidéos présentées ne prouvent rien, certaines sont même de grossières mises en scène; - enfin, le régime, qui reconquiert peu à peu les zones tenues par la rébellion, savait pertinemment que l’emploi d’armes chimiques était une «ligne rouge» à ne pas franchir, car cela déclencherait immédiatement une intervention militaire occidentale.

Dès lors, pourquoi aurait-il pris un tel risque? Aucune preuve sérieuse n’a été présentée à l’appui de la «culpabilité» de l’armée syrienne. Au contraire, tout conduit à penser que ce sont les rebelles qui ont utilisé ces armes, car contrairement à ce qui est avancé par la note déclassifiée publiée par le gouvernement français, les capacités chimiques des terroristes sont avérées: - en Irak (d’où proviennent une partie des djihadistes de la rébellion syrienne), les autorités ont démantelé début juin 2013 une cellule d’Al-Qaida qui préparait des armes chimiques. Trois laboratoires ont été trouvés à Bagdad et dans ses environs avec des produits précurseurs et des modes opératoires de fabrication de gaz sarin et moutarde; - en Syrie, le Front Al-Nosra est suspecté avoir lancé des attaques au chlore en mars 2013 qui auraient causé la mort de 26 Syriens dont 16 militaires; - pour sa part, Al-Qaida a procédé en 2007 une douzaine d’attaques du même type à Bagdad et dans les provinces d’Anbar et de Diyala, ce qui a causé la mort de 32 Irakiens et en a blessé 600 autres. En 2002, des vidéos montrant des expérimentations d’armes chimiques sur des chiens ont été trouvées dans le camp de Darunta, près de la ville de Jalalabad, en Afghanistan.

Les errements de la politique étrangère française

A l’occasion cet imbroglio politico-médiatique dans lequel ses intérêts stratégiques ne sont pas en jeu, le gouvernement français mène une politique incompréhensible pour nos concitoyens comme pour l’étranger. Depuis deux ans, la France, par le biais de ses services spéciaux, – comme d’ailleurs les Américains, les Britanniques et les Turcs – entraîne les rebelles syriens et leur fournit une assistance logistique et technique, laissant l’Arabie saoudite et le Qatar les approvisionner en armes et en munitions.

5 - Ainsi, la situation syrienne place la France devant ses contradictions. Nous luttons contre les djihadistes au Mali, après les avoir aidés à prendre le pouvoir à Tripoli - en raison de l’intervention inconsidérée de l’OTAN en Libye, en 2011, dans laquelle Paris a joué un rôle clé - et continuons de les soutenir en Syrie, en dépit du bon sens.

Certes le régime de Bachar Al-Assad n’est pas un modèle de démocratie et il servait clairement les intérêts de la minorité alaouite, mais il est infiniment plus «libéral» que les monarchies wahhabites: la Syrie est un Etat laïque où la liberté religieuse existe et où le statut de la femme est respecté. De plus, il convient de rappeler que Damas a participé activement à la lutte contre Al-Qaïda depuis 2002. Pourtant, nous continuons d’être alliés à l’Arabie saoudite et au Qatar, deux Etats parmi les plus réactionnaires du monde arabo-musulman, qui, après avoir engendré et appuyé Ben Laden, soutiennent les groupes salafistes partout dans le monde, y compris dans nos banlieues. Certes, notre soutien aux agendas saoudien et qatari se nourrit sans nul doute de l’espoir de quelques contrats d’armement ou pétroliers, ou de prêts financiers pour résoudre une crise que nos gouvernants semblent incapables de juguler.

Une question mérite donc d’être posée: la France a-t-elle encore une politique étrangère ou fait-elle celle du Qatar,de l’Arabie saoudite et des Etats-Unis? Depuis la présidence de Nicolas Sarkozy la France aligne ses positions internationales sur celles des Etats-Unis et a perdu, de ce fait, l’énorme capital de sympathie que la politique du général de Gaulle -non ingérence dans les affaires intérieures des Etats et défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes - lui avait constitué.

Si les élections de mai 2012 ont amené un nouveau président, la politique étrangère n’a pas changé. En fait, nous observons depuis plusieurs années la conversion progressive d’une partie des élites françaises - de droite comme de gauche - aux thèses néoconservatrices américaines: supériorité de l’Occident, néocolonialisme, ordre moral, apologie de l’emploi de la force … Surtout, un fait nouveau doit être mis en lumière: la tentative maladroite des plus hautes autorités de l’Etat de manipuler la production des services de renseignement afin d’influer sur l’opinion publique et de provoquer un vote favorable des parlementaires. Ce type de manœuvre avait été conduit par Washington et Londres afin de justifier l’invasion de l’Irak en 2003, avant d’être dénoncé. Onze ans plus tard, le gouvernement recourt au même artifice grossier et éculé pour justifier ses choix diplomatiques et militaires. Compte tenu de la faiblesse des arguments présentés dans la note gouvernementale – qui n’est pas, rappelons-le, une note des services –, celle-ci ne sera d’aucune influence sur la presse et l’opinion. En revanche, par sa présentation, elle contribue à décrédibiliser le travail des services de renseignement, manipulés à leur insu dans cette affaire.

Le mépris des politiques français à l’égard des services est connu. Est-ce un hasard si cette affaire survient alors que l’actuel ministre des Affaires étrangères est celui-là même qui, en 1985, alors qu’il était chef du gouvernement, a fort élégamment «ouvert le parapluie» de son irresponsabilité à l’occasion de l’affaire du Rainbow Warrior ?

Une chose au moins est sûre: une remise à plat de notre position à l’égard de la Syrie et de notre politique étrangère s’impose, car «errare humanum est, perseverare diabolicum». Eric Denécé Septembre 2013

dimanche, 11 août 2013

Transport Aérien: A bas le low cost à tout prix ; Sydsvenska Dagbladet Malmö et Courrier International 09 08 13

Sous la houlette de son fantasque dirigeant, Ryanair multiplie les coups bas pour devancer ses concurrents. Or ce modèle commercial nous ramène au capitalisme sauvage du XIXe siècle, s’insurge le journaliste Per Svensson, qui déplore le peu de mobilisation contre ces pratiques.

Sydsvenskan

Qu’ont en commun Michael O’Leary le patron de Ryanair et l’Oncle Picsou ? Tous deux sont riches à millions. Qu’est-ce qui les distingue ? Picsou a bâti sa fortune sur sa propre pingrerie, Michael O’Leary sur celle des autres.

Bien que Michael O’Leary ait déclaré vouloir créer des places debout dans ses avions et y rendre les séjours aux toilettes payants, Ryanair est aujourd’hui la première compagnie aérienne d’Europe en termes de fréquentation, avec 80 millions de passagers par an. C’est aussi, en dépit d’un léger repli au dernier trimestre, une entreprise particulièrement rentable.

Sur le dernier exercice (2012-2013), Ryanair a réalisé un chiffre d’affaires de 4,9 milliards d’euros, avec un bénéfice en hausse d’un peu plus de 11 %, soit 569 millions d’euros. Des chiffres que l’on peut mettre en parallèle avec ceux de Lufthansa, par exemple, qui a annoncé un peu plus de 3 % de bénéfices sur l’exercice 2012, soit 990 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires net de 30 milliards. Lufthansa doit donc embarquer six fois plus de passagers que Ryanair pour gagner à peine le double. Autrement dit, deux euros Ryanair valent plus que six euros Lufthansa.

Ryanair devient la norme

Comment cela s’explique-t-il ? “Lowest cost always wins” les coûts les moins élevés l’e..., répondait Michael O’Leary lors d’une conférence de presse donnée à Göteborg à l’automne dernier. C’est la doctrine constitutive du capitalisme mondial, fondée sur l’idée que, sur un marché devenu planétaire, le prix passe toujours avant la qualité. Et que, pour être moins cher que la concurrence, il faut avoir des coûts inférieurs.

Le modèle commercial de Ryanair se fonde sur le principe du “bad enough”

Cet objectif peut être atteint de plusieurs manières. Le modèle commercial de Ryanair se fonde sur le principe du “bad enough” : le traitement réservé aux employés et aux passagers doit être suffisamment mauvais pour que le prix du billet soit suffisamment bas pour que les clients acceptent non seulement d’être traités comme de vieilles chaussettes, mais se fichent également éperdument de savoir que les employés de la société sont encore plus mal traités qu’eux. Le fait que Ryanair soit une entreprise qui malmène à la fois son personnel et ses passagers n’est pas un scoop.

Michael O’Leary est également le parfait reflet de son époque à un autre point de vue : il semble taillé pour un univers médiatique qui aime les méchants charismatiques et “tweetables”. Il “fait le buzz” en permanence et aime à poser au milieu de demoiselles en bikini.

Ryanair n’est ni une jeune entreprise prodige, ni une brebis galeuse, ni une exception qui viendrait confirmer la règle. Ryanair est, ou est en passe de devenir, la norme ; une des illustrations les plus frappantes d’un vaste changement de paradigme.

Le modèle social européen dans lequel j’ai grandi, où le marché de l’emploi et la vie économique sont caractérisés par la concertation, l’équilibre des pouvoirs et la répartition des richesses, est en net recul. Le 20e siècle est définitivement derrière nous. A la place, nous allons bientôt revenir au 19e siècle : le capitalisme sauvage, le rejet du syndicalisme, le dumping salarial, l’exploitation des travailleurs. Et Ryanair ouvre la voie.

Je n’ai jamais pris de vol Ryanair. Et je ne le ferai jamais, sous aucun prétexte. Non seulement parce que je préfère voyager comme un être civilisé, mais aussi parce que, étant libéral, je considère que l’on doit essayer, autant que faire se peut, d’être politiquement et moralement responsable de son mode de consommation, d’exercer son pouvoir de consommateur, tout simplement.

Contre la néandertalisation de l’Economie

Quatre-vingts millions de passagers peuvent-ils avoir tort ? Oui

Quatre-vingts millions de passagers peuvent-ils avoir tort ? Oui. Et je m’étonne qu’ils ne soient pas plus nombreux à en prendre conscience. Autant que je sache, bon nombre de passagers Ryanair sont des jeunes gens instruits et sensibles aux thématiques sociales. Certains d’entre eux renoncent à consommer des produits carnés pour protester contre l’industrie de la viande.

D’autres, assez nombreux j’imagine, boycottent les artistes qui ne respectent pas les femmes ou tiennent des propos racistes. Pourtant, ils voyagent sur Ryanair – alors que Ryanair n’est pas seulement une honte en soi. Du fait même de son existence, elle oblige les compagnies sérieuses à s’adapter à ce que l’on appelle "une situation de concurrence inédite", autrement dit les oblige à devenir brutales à leur tour ou à disparaître.

Il est donc difficile de comprendre comment quelqu’un qui se dit “de gauche” peut faire la queue devant un guichet Ryanair sans rougir. Dans l’histoire récente, aucune autre entreprise n’a, à la fois directement et indirectement – par la force de l’exemple – autant contribué à saper les fondements sociaux que la “gauche” prétend vouloir défendre et qui constituent le socle sur lequel les sociétés prospères d’Europe de l’Ouest se sont érigées après-guerre : la sécurité au travail, la décence des salaires, la solidarité mutuelle entre les employés et leur entreprise, et ainsi de suite…

Pourquoi la question n’est-elle pas soulevée plus souvent par les intellectuels ? Pourquoi le cas Ryanair ne fait-il l’objet d’aucun débat de fond ? Pourquoi la gauche suédoise contemporaine se préoccupe-t-elle si peu de l’économie et de la violence de certains rapports de force ?

Comment se fait-il, pour parler concrètement, que Lilla Hjärtat personnage de la littérature jeune... et le changement d’une voyelle dans les pronoms personnels le pronom neutre “hen” a été ... soient des thèmes de débat plus mobilisateurs en Suède que Michael O’Leary et la néandertalisation de la vie économique ?

Traduction : Jean-Baptiste Bor

Sur le web Article original – Sydsvenskan sv

mardi, 7 mai 2013

Moi Président de la République (Nicolas Baverez Le Figaro 06 04 13)

Opinions

Moi, président de la République Nicolas Baverez Le 2 mai 2012, François Hollande exposait face à Nicolas Sarkozy le projet qu’il se fixait comme président de la République. Qu’en est-il un an après son élection ?



Moi, président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité, je ne recevrai pas les parlementaires à l’Élysée, je ne traiterai pas mon premier ministre de collaborateur.



Moi, président de la République, j’ai transformé l’État en bateau ivre. L’indécision et le double langage servent de cap au sommet de l’État, acceptant la rigueur à Bruxelles et la fustigeant à Paris, déclarant la guerre à la finance et flattant les marchés qui financent les deux tiers de la dette publique, taxant le capital et le travail de manière confiscatoire avant de chercher à me réconcilier avec l’entreprise, relançant tout à la fois la dépense publique et les économies. Je n’ai pas de collaborateurs car j’ai dissous les fonctions de premier ministre et de premier secrétaire du Parti socialiste en les confiant à des personnalités transparentes. J’ai ravalé le gouvernement en congrès du Parti socialiste où les factions s’affrontent ouvertement et où chacun a pour règle de servir ses seuls intérêts au mépris de ceux de la nation. Au sein des institutions, seul subsiste le groupe parlementaire socialiste dont la rébellion anarchique tient lieu de guide à l’action des pouvoirs publics et justifie la réception régulière de ses membres au Palais de l’Élysée.

Moi, président de la République, il y aura un code de déontologie pour les ministres qui ne pourraient pas rentrer dans un conflit d’intérêts.



Moi, président de la République, j’ai nommé un fraudeur patenté et reconnu à la tête du Budget pour mettre en œuvre un choc fiscal qui a conduit l’économie française à la récession et poussé à l’exil des milliers d’entrepreneurs et de talents. Puis j’ai mis en œuvre un principe démagogique d’interdiction d’activités et de publicité des patrimoines qui crée un monopole de fait des fonctionnaires pour exercer les fonctions électives.



Moi, je ne nommerai personne sans que les commissions parlementaires en décident à la majorité des deux tiers, ce qui veut dire que l’opposition sera directement associée.



Moi, président de la République, j’ai recouru à un spoil system systématique et nommé mes camarades de la promotion Voltaire à tous les postes clés de l’État et des entreprises publiques.



Moi, je serai le président du redressement de la production, de l’emploi et de la croissance.



Moi, président de la République, j’ai fait basculer l’économie française du déclin relatif au déclin absolu en m’enfermant dans le déni de la crise. La croissance qui devait être comprise entre 1,7 % et 2,5 % par an s’est transformée en récession sous l’impact du choc fiscal de 2 % du PIB. Tous les moteurs de l’activité sont inversés avec le recul simultané de la consommation sous l’effet de la baisse historique du pouvoir d’achat (0,4 %), de l’investissement (- 3 %) et des exportations. Le taux de marge des entreprises est au plus bas (28 %) tandis que les faillites explosent. Loin de s’inverser, la courbe du chômage ne cesse d’accélérer, battant le record de 1997 avec 3,22 millions de chômeurs de catégorie A et 5,35 demandeurs d’emploi. Le déficit public atteindra 4 % du PIB en 2013 au lieu de 3 % et la dette qui devait être contenue à 90 % du PIB s’envolera jusqu’à 95 % à fin 2014. En bref, j’ai durablement installé l’économie française dans la déflation en raison de la hausse démesurée des recettes publiques pour garantir la fuite en avant des dépenses sociales.

Moi, j’ai proposé un programme en quatre points pour la relance de la croissance dans la zone euro. Moi, président de la République, j’ai accepté de ratifier le traité budgétaire européen que je n’avais cessé de dénoncer en échange d’un pacte de croissance virtuel, avant de me rallier au projet de budget négocié entre l’Allemagne et le Royaume-Uni qui prévoit une baisse de 3 % des dépenses de l’Union concentrée sur les infrastructures, l’investissement et l’innovation. Cette alliance germano-britannique est la conséquence directe de la rupture du couple franco-allemand provoquée par la dénonciation de l’hégémonie de Berlin comme bouc émissaire de la débâcle française et du repositionnement de la France comme tête de file d’une improbable ligue de l’Europe du Sud contre l’austérité. Avec pour résultat la relance de la crise de l’euro ainsi que la divergence vertigineuse entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud, l’activité, les investissements, les jeunes et les emplois, les excédents budgétaires et commerciaux s’amoncelant au nord, la récession, la désindustrialisation et le chômage, le double déficit commercial et public s’emballant au Sud.



Moi, je veux aussi être le président du rassemblement.

Moi, président de la République, je n’ai cessé de cultiver la haine et le ressentiment contre les riches, la finance ou l’Allemagne, réhabilitant la lutte des classes et la germanophobie. J’ai profondément divisé la nation en déstabilisant la famille et contraint à l’exil des milliers de jeunes condamnés au chômage et à l’exclusion. J’ai divisé l’Europe et marginalisé la France dans le monde du fait de son déclin économique et social. À l’exception de la guerre du Mali qui constitue le seul succès de cette première année de mandat, ce qui n’a pas empêché une précarisation historique des effectifs, de l’appareil industriel et des ressources financières de la défense nationale (179 milliards de 2014 à 2019 dont 6,2 milliards de recettes exceptionnelles qui restent indéterminées à ce jour).



Moi, président de la République, c’est finalement le seul véritable objectif et tout le programme de mon quinquennat.

mardi, 19 février 2013

Un point de vue sur le "mariage pour tous" ; A propos de....

A propos de.…

Le «  mariage pour tous » déchaîne les passions. Il y a certes un droit fondamental pour toute personne d’être reconnue et de jouir des mêmes droits que les autres. Et je comprends les souffrances de ceux et de celles qui restent marginalisés à cause de leur orientation sexuelle. Il faut remédier à cette anomalie. Mais était-ce nécessaire de reprendre un slogan de campagne de François Hollande et d’en faire «  tout de suite » une Loi de la République.? L’expérience nous dira si cette mesure sera bonne ou mauvaise. L’Histoire nous apprend que des motions votées dans la passion d’un moment se révèlent mauvaises, médiocres ou «  sans objet ».plus tard. Bien sûr ! »Mais « Il est bon, de raison garder » et les hommes politiques, de quelques bords qu’ils soient, d’ailleurs, essaient de se maintenir au pouvoir par n’importe quel moyen. La démagogie a encore de beaux jours devant elle. Ce droit fait donc partie des «  promesses de campagne » de monsieur Hollande. Il faut donc voter cette loi même si cela semble précipité… Monsieur Hollande promettait aussi beaucoup de choses encore …Maïs il voulait tellement être élu qu’il n’est pas à un mensonge près.  Ce qui m’énerve dans ce nouveau règne (et ce n’est pas nouveau) c’est de faire de la pensée du jour la règle de la morale qui s’impose à tous. (Donc normative) Si vous n’êtes pas pour le mariage pour tous, vous êtes obligatoirement homophobe et bien sûr, d’extrême droite. Si vous racontez une histoire juive, vous êtes antisémite, si vous lisez Bécassine, vous injuriez les bretons.  Le temps n’est pas si loin ou certains ministres avaient des propos modérés sur la manière d’éduquer les petits garçons.. Maintenant la pédophilie est le plus gros péché qui soit au monde et si vous offrez publiquement un bonbon à un enfant…gare au lynchage ! Le temps vient (et cela m’évoque le temps de la Terreur) ou il faudra pour être «  dans la ligne du parti »  ‘(socialiste bien entendu) et pour être un bon citoyen au-delà de tout soupçon, adopter avec enthousiasme, les motions que tel ou tel haut fonctionnaire (proche du pouvoir naturellement) lancera sur le marché… On est sur le bon chemin. : Rejoignez les loups et hurlez avec eux, bonnes gens… C’est ça la nouvelle société qui vient.

B.Vignot. 24/12/12

mercredi, 2 janvier 2013

Michel Serres JDD du 30 12 2012 Quelle vision!

Interview Economie | 30 décembre 2012



Serres : "Ce n'est pas une crise, c'est un changement de monde" INTERVIEW - Michel Serres, philosophe, historien des sciences et homme de lettres français, décrypte le monde de demain pour le JDD.

Michel Serres est une vigie plantée en haut du mât de notre époque. Du haut de son gréement, de ses 82 ans, de sa culture encyclopédique, de son temps partagé entre les cultures française et américaine qu'il enseigne, ce philosophe académicien nous décrit les changements qu'il observe sur l'équipage humanité que nous sommes. En curieux de tout qu'il est, il guette avec impatience et gourmandise les évolutions qui nous arrivent, comme un des matelots de Colomb aurait scruté l'horizon dans l'espoir de nouvelles terres. Son constat sur notre époque est simple : le monde, depuis cinquante ans, traverse une révolution comme l'humanité n'en a connu jusque-là que deux d'une telle ampleur. Avec un constat pareil, un autre que lui serait grognon et inquiet. Serres est un optimiste impénitent. L'avenir du nouveau monde appartient à Petite Poucette *, ainsi qu'il a baptisé l'archétype du "nouvel humain" encore en devenir, en référence à son usage du téléphone et de l'ordinateur. Et cette Petite Poucette-là, qui est sur le point de "prendre les commandes", n'a pas fini de nous surprendre…

La crise est-elle bientôt finie? La crise financière, c'est probable. Je ne suis pas un économiste, ni un spécialiste de la finance, mais ce que je vois, c'est le tableau global. On ne parle que d'économie! Une campagne électorale, ce n'est que ça : l'emploi, la dette, le budget ! Elle a envahi la totalité de la discussion publique. Or notre monde traverse une phase de changements gigantesques. Comme on est obnubilé par l'économie, on ne pense la crise qu'en termes économiques, mais il y a tellement de choses plus importantes qui nous mettent en crise! Cette crise d'ailleurs, c'est principalement le malaise dans nos têtes devant les immenses changements qui sont à l'œuvre.

Par exemple… Nous étions 50% d'agriculteurs à la fin de la guerre et ils ne sont plus que 1%. Pendant ma vie humaine, et c'est unique dans l'histoire, la population mondiale a doublé deux fois! Quand je suis né, on était 2 milliards, on est 7 milliards aujourd'hui. Dans la même période, l'espérance de vie a triplé. C'est tout cela que l'on ne voit pas.

Pourquoi? On sait qu'un tremblement de terre se passe en surface. Or la théorie des mouvements de plaques l'explique par des mouvements profonds. Ce que j'essaie d'expliquer, ce sont les mouvements profonds. La fin de l'agriculture, la victoire sur la douleur en médecine, l'allongement de l'espérance de vie. Tout cela a des conséquences énormes : quand mon arrière-grand-père se mariait, statistiquement, il jurait à sa compagne fidélité pour cinq à dix ans, maintenant c'est pour soixante ans. On dit toujours "mariage", mais un engagement pour dix ans et un engagement pour soixante ans, ce n'est plus pareil! Il y a beaucoup de choses qui ont secrètement changé, qu'on ne voit pas changer, mais qui ont complètement bouleversé le monde. On est passé, en moins de cinquante ans, dans un nouveau monde.

«Il y a eu trois secousses dans les années 1960 qui ont précédé le tremblement de terre des années 1980.»

Quand situez-vous cette bascule? Précisément au milieu des années 1960. En 1965, 1966, on ne se souvient plus de cela aujourd'hui, mais il y a eu des révolutions agricoles dans beaucoup de villes françaises. Il y a eu des morts à Rodez, à Quimper, à Millau. La paysannerie s'apercevait tout d'un coup qu'elle changeait de monde. Au même moment, l'Église catholique a fait son aggiornamento, avec le Concile. Et puis il y a eu la révolution étudiante, en 1968, mais c'est la dernière des trois secousses. Il y a donc eu un premier tremblement de terre à cette période-là. Il a précédé le vrai tremblement de terre, celui des années 1980, avec l'arrivée des nouvelles technologies.

Celle que vous appelez "Petite Poucette", parce qu'elle a toujours en main le clavier de son téléphone, est née à ce moment-là… Comment la définissez-vous? Oui, Petite Poucette est née au début des années 1980. Elle a une trentaine d'années aujourd'hui. Les gens comme moi, nés d'avant l'ordinateur, nous travaillons AVEC lui. Nous sommes en dehors de l'ordinateur. Petite Poucette, elle, vit DANS l'ordinateur. Pour elle, l'ordinateur n'est pas un outil, mais fait partie de ses conditions de vie. Elle est sur Facebook, les réseaux sociaux, son téléphone est branché avec elle…

C'est-à-dire "dans" l'ordinateur? Je vous donne des exemples. L'autre jour, un de mes petits-fils vient chez moi en deux-roues, et il était en panne. Il démonte son engin et me dit : "Regarde…" Il avait une pièce qu'il ne savait pas où remettre. Il m'a demandé mon téléphone portable et, hop, il a trouvé la solution à son problème… Il vit dedans. C'est vrai aussi de mes étudiants à Stanford, à qui j'ai fait corriger mon livre, c'est vrai aussi des patients à l'hôpital… Regardez les conséquences : quand j'étais jeune, par exemple, on n'aurait jamais demandé à un chirurgien après une opération ce qu'il avait fait dans votre ventre. Aujourd'hui, n'importe quel patient, s'il a "un pet de travers", tape "pet de travers" sur son ordinateur avant d'aller voir le toubib. Et il va pouvoir en parler avec son médecin. Cela change tout. Dans Petite Poucette, j'appelle ça "la présomption de compétence" qui s'est renversée. Avant, le toubib, l'avocat, l'enseignant, avaient une "présomption d'incompétence" à l'égard de ceux auxquels ils s'adressaient. Aujourd'hui, si j'entre dans un amphi pour faire un cours sur la cacahuète , je sais qu'il y a certains étudiants qui ont tapé "cacahuète" sur Wikipédia la veille, et donc je dois faire cours en fonction de ça. Petite Poucette arrive à présent sur le marché du travail. Il y a des instits, des profs, Petites Poucettes d'aujourd'hui, et cette vague est en train de construire le nouveau monde.

Petite Poucette a commencé par devenir trader… Oui, si on veut! Les traders, c'est le numérique depuis longtemps… Les échanges instantanés à l'échelle de la planète et ce numérique-là sont en grande partie responsables de la crise financière. On a vu ce qui s'est passé pour la musique. Cela a foutu en l'air le marché du disque… Parce qu'aujourd'hui le rapport numérique/financier est très difficile à maîtriser. Comment faire un droit dans cet espace de non-droit qu'est la Toile? Pour l'instant, on ne voit pas comment on pourrait faire entrer le commerce là-dedans… On ne sait pas encore très bien comment le rapport marchand va évoluer. Mais cela devrait se régler dans les dix ans qui viennent. Les journaux aussi sont en crise, mais ce n'est pas une crise de l'information. Petite Poucette est surinformée, elle sait beaucoup plus de choses que lorsque les journaux étaient florissants. L'université aussi est en crise. Comment enseigner aujourd'hui? À quoi servent les bibliothèques alors que j'ai tous les livres du monde chez moi? Voyez tout ce qui change!

Et cela nous inquiète… Nous sommes, en France, dans le pays le plus inquiet concernant les sujets scientifiques. Pourtant, on était un des pays les plus optimistes à cet égard au début du XX e siècle. Il y avait Jules Verne, le palais de la Découverte. La science était un sujet d'enthousiasme. Or, cela a complètement changé. Je ne sais pas l'expliquer. Il y a une inquiétude presque idéologique. L'idéologie de la science s'est transformée en idéologie de l'inquiétude. Regardez la manière dont on utilise le mot "chimie". En mal. Or notre cerveau, notre genou, ce bout de papier, c'est de la chimie. Sans chimie, il n'y aurait pas de bio. On oppose "bio" à "chimie", comme si "bio" voulait dire "sans chimie". Or le bio, c'est de la chimie! Cette méfiance est une particularité française. En Allemagne, en Amérique, il y a des littératures de l'inquiétude, mais elles n'ont pas cette résonance populaire qui existe en France. Peut-être est-ce aussi le signe que la bascule du nouveau monde est en train d'arriver ici, alors forcément les gens sont un peu plus inquiets qu'ailleurs…

«Petite Poucette a trouvé le sens réel du mot 'maintenant'. Elle peut dire : 'main-tenant, tenant en main le monde'.»

Y a-t-il eu auparavant des moments d'inquiétude aussi forte qu'aujourd'hui? Oui, bien sûr. Dans Petite Poucette , j'en décris deux autres, qui correspondent aux deux précédentes révolutions de l'humanité. La première se situe quand on est passé du stade oral au stade écrit. La deuxième, quand on est passé du stade écrit au stade imprimé. Maintenant, dans la troisième révolution, on bascule du stade imprimé au stade numérique. À chacune de ces trois révolutions correspondent les mêmes inquiétudes… À la première, Socrate fulminait contre l'écrit en disant que seul l'oral était vivant! Au moment de l'imprimerie, il y a des gens qui disaient que cette horrible masse de livres allait ramener la barbarie. Ils affirmaient d'ailleurs que personne ne pourrait jamais lire tous les livres, ce en quoi ils avaient raison. Il est donc naturel de retrouver les mêmes angoisses au moment d'une révolution qui est encore plus forte que les deux précédentes.

Pourquoi plus forte? Un de mes amis a fait un livre sur les "neurones de la lecture". On a repéré les neurones exacts qui sont excités quand on lit quelque chose. On s'aperçoit aujourd'hui que les neurones excités par le numérique, devant un ordinateur, ne sont pas les mêmes! Ce n'est pas seulement le monde, ce sont aussi nos têtes qui changent…

Jusqu'où ira le changement? Je ne parle pas souvent politique, mais là, pour une fois, je vais le faire. Petite Poucette a trouvé le sens réel du mot "maintenant". Qu'est-ce que veut dire ce mot-là? Cela veut dire : "tenant en main". Petite Poucette, avec son téléphone portable, tient en main tous les hommes du monde, tous les enseignements du monde, et tous les lieux du monde par GPS. Donc elle peut dire : "main-tenant, tenant en main le monde". Mais qui pouvait en dire autant avant elle? Auguste, empereur de Rome, des grands savants? Aujourd'hui, il y a 3,75 milliards de personnes qui ont un portable avec Internet dedans et qui "tiennent en main le monde". Cela ne fait pas une nouvelle démocratie? Voilà le nouveau monde. C'est vertigineux, c'est ce qui m'impressionne le plus. Que nos institutions sont vieilles face à cela! Il y a tout à reconstruire.

Dans quel ordre? Une nouvelle université. Il faut aussi construire une nouvelle chambre des députés, une nouvelle représentation politique, un nouveau droit. Le droit tel qu'il est – il n'y a qu'à voir l'échec d'Hadopi – ne correspond plus à la réalité… Le plus grand effort qu'il faudra faire, demain matin, c'est même assez urgent, est de repenser l'ensemble de ces institutions.

Mais où serait le centre de décision? Voyez, vous vous mettez à avoir peur vous aussi! Un jour, lors d'une conférence en Allemagne où il y avait 1.000 personnes dans un amphi, je leur ai dit : "Je vous propose une idée : on fusionne la France et l'Allemagne." La discussion s'est engagée aussitôt, sur le thème "mais alors on aura deux présidents?". Je leur ai dit qu'il n'était pas question de cela. J'ai parlé des Bretons et des Rhénans, des Picards et des Prussiens, et j'ai dit : "On va demander à toutes les Petites Poucettes si elles sont d'accord pour fusionner, et après on verra!" Ils étaient enthousiastes! Non, il n'y a pas de centre de décision. Mais quand on a inventé la démocratie, il n'y en avait pas non plus! On a simplement dit : on va donner un droit de vote à tout le monde. Aujourd'hui, avec le numérique, on pourrait décider de beaucoup de choses en commun et en temps réel, ce ne serait pas difficile à mettre en œuvre. Le monde est une Suisse ! Tôt ou tard, une nouvelle politique se mettra en place. Laquelle? Je ne suis pas assez bon pour le dire, mais je la vois arriver.

Vous êtes à la frontière du philosophe et de l'oracle… Presque du prophète! Non, je ne suis pas Madame Soleil… Petite Poucette a 30 ans, et dans dix ans, elle prend le pouvoir. Dans dix ans, elle l'aura, et elle changera tout cela… Regardez le printemps arabe, le rôle des nouvelles technologies, le rôle des femmes alphabétisées dans ces pays, tout cela est déjà à l'œuvre. Et puis, reprenons l'histoire. En Grèce, avec l'écriture, arrivent la géométrie, la démocratie et les religions du Livre, monothéistes. Avec l'imprimerie arrivent l'humanisme, les banques, le protestantisme, Galilée, la physique mathématique… Il suffit de voir tout ce qui a changé lors du passage à l'écriture et à l'imprimerie. Ce sont des changements colossaux à chaque fois. On vit une période historique. Petite Poucette n'est pas générationnelle. Ce n'est pas l'héroïne de la rentrée, elle est historique. D'ailleurs, une part de la "crise" d'aujourd'hui vient aussi de cela, de la coexistence actuelle de deux types d'humains… Petite Poucette et ceux de l'ancien monde. Son temps à elle arrive.

Petite Poucette, de Michel Serres, Éditions Le Pommier, 84 p., 9,50 euros.

Plus d'actu finance/économie avec Boursier.com

Laurent Valdiguié - Le Journal du Dimanche dimanche 30 décembre 2012

samedi, 1 décembre 2012

La situation à l'UMP, Article de Guillaume Bernard - Direct Matin du 20/11/12 - Un point de vue intéressant et différent

"Après ving-quatre heures d'attente, Jean-François Copé a été élu président de l'UMP avec une très faible avance sur son rival François Fillon. L'impact de ce scrutin sur l'UMP s'annonce profond. L'analyse de Guillaume Bernard, politologue, maître de conférence (HDR) à l'ICES (Institut catholique d'études supérieures).



Quel était finalement l’objet de la consultation des adhérents de l’UMP ?

Ils étaient invités à désigner « un ticket » (président, vice-président, secrétaire général) pour un mandat de trois ans. Parallèlement, ils devaient se prononcer sur différentes « motions » qui, si elles obtenaient au moins 10 % des suffrages, pouvaient devenir des « mouvements » internes au parti, ce qui est une nouveauté à l’UMP (même si ce principe était inscrit dans les statuts depuis 2002).



La compétition était donc double : d’une part, une querelle de personnes, de l’autre une lutte pour la représentativité dans le domaine des idées (d’ailleurs plus ou moins précises). Au final, sur les 300 000 adhérents revendiqués, un peu plus de 176 000 se sont déplacés pour aller voter.



Jean-François Copé a été élu Président de l’UMP avec 50, 03 % des voix. Comment analyser ce résultat ?

Si l’écart entre les deux candidats est plus que minime (98 voix), ce résultat est cependant très instructif. La victoire de Jean-François Copé est courte, mais la défaite de François Fillon, elle, est nettement plus profonde, non pas en terme de résultat mais de symbole. Il était, en effet, donné, dans toutes les enquêtes d’opinion, comme l’inéluctable vainqueur avec plus de 65 % des voix.



Il s’agit donc plus d’un échec de l’ancien Premier ministre que d’une authentique victoire de l’ex-secrétaire général. La campagne plus tranchée de Jean-François Copé lui a sans doute permis de rattraper le retard sur son concurrent. Mais, ce résultat manifeste aussi une nette division du parti, du moins quant au style préconisé en matière de discours.



Y avait-il des différences profondes entre les deux candidats ?

Les soutiens des deux candidats ont cherché à mettre en valeur des personnalités et des sensibilités distinctes : un homme ayant l’expérience du pouvoir au plus haut niveau d’un côté, un homme dévoué au mouvement de l’autre, un gaulliste social contre un partisan d’une « droite décomplexée ».



Mais, quant à leurs programmes, les différences étaient et restent assez ténues. Ils n’ont pas de divergences idéologiques d’envergure : ainsi, l’un comme l’autre sont-ils favorables à une économie de type libéral ou la poursuite de l’intégration européenne…



L’imbroglio des dépouillements va-t-il laisser des traces ?

Il est certain que lorsque les deux candidats annoncent, à quelques minutes d’intervalle, leur victoire respective ou que les deux camps s’invectivent en s’accusant mutuellement de fraude, cela ne favorise pas la réconciliation et ne contribue pas à donner l’image d’un parti serein et prêt à reconquérir le pouvoir (local et national).



Cependant, si les egos personnels ont été froissés, il n’y a pas de fracture idéologique (entre les ténors). En outre, les personnalités ont un intérêt commun de carrière : répartir entre les membres de leurs clans les investitures pour les prochaines élections. Il y a donc fort à parier que les esprits se calmeront. Les possibles irrégularités n’ont-elles pas déjà été requalifiées en de simples irrégularités dues à de l’incompétence ou de l’impréparation ?



En fait, ceux qui ont le plus de raisons de regretter ce spectacle tragi-comique, ce sont les militants de l’UMP, ceux qui ne tireront jamais profit, en terme de mandat, de leur engagement. Ils peuvent en ressentir un immense désarroi. Quant aux autres partis, étant donné leurs propres expériences, ils ne peuvent guère donner de leçons…



L’avenir de l’UMP est-il hypothéqué ? Y a-t-il, en particulier, un risque d’implosion de ce parti ?

La crédibilité est, pour l’heure, entamée. Mais, le temps favorise l’oubli et, ce, d’autant plus qu’en politique un sujet en chasse très rapidement un autre. L’unité de cette organisation n’est pas vraiment en danger : s’agissant d’un parti de gouvernement, les échéances électorales joueront un rôle fédérateur.



Si l’UMP devait, un jour, imploser, ce ne serait pas à cause d’une querelle interne pour le leadership, mais en raison d’une distorsion devenue intenable entre sa direction et sa base électorale. Les prochaines élections municipales seront l’occasion de la (re)naissance d’une tension de ce type en particulier quant à la tentation d’alliances locales avec le Front national.



Quelle sera la marge de manœuvre de la direction de l’UMP ?

Assurément, elle sera assez faible. La position du vainqueur est friable. Des compromis (avec les « non-alignés » voire des partisans de l’autre camp) devront sûrement être trouvés pour essayer de fédérer au mieux le parti et éviter la paralysie. Sinon, il pourrait y avoir un retournement de situation lors des prochaines élections internes, en 2015, et à l’occasion des primaires qui devraient être organisées pour désigner le candidat de l’UMP à l’élection présidentielle de 2017.



Etant donné les rapports de force internes, la solidité de la position de la nouvelle direction de l’UMP dépendra de sa capacité à gagner les prochaines élections : les municipales et les européennes.



Que penser du recours à un homme « providentiel », Nicolas Sarkozy pour ne pas le citer ?

Effectivement, après un tel déchirement, Nicolas Sarkozy peut apparaître comme l’homme du rassemblement et, ce, d’autant plus que les « Sarkozystes » s’étaient habilement répartis entre les deux candidats : Claude Guéant pour Fillon, Brice Hortefeux pour Copé, par exemple. Une grande partie des sympathisants de l’UMP voient d’ailleurs cette idée avec sympathie.



Cependant, il ne faudrait pas se leurrer. Malgré toutes les déclarations qui ont pu être faites, il est plus que probable que personne, parmi les personnalités nationales de l’UMP, ne souhaite vraiment un tel retour car il obèrerait leurs ambitions personnelles.



Quels sont les points saillants du vote sur les motions ?

Les résultats de motions ont été éclipsés par l’imbroglio autour du décompte des voix pour l’élection du président de l’UMP. Or, ce sont, là, les résultats les plus significatifs même si, pour l’instant, ils ne sont que partiels. Deux grandes lignes semblent se dégager : d’une part, ce sont les motions portées par des personnes ou des clans ayant une influence jugée marginale qui sont arrivées en tête (la « Droite forte » et la « Droite sociale ») ; d’autre part, le courant le plus représentatif est celui qui assume un positionnement droitier.



En effet, en additionnant la « Droite forte » et la « Droite populaire », les positions droitistes recueillent plus de 35 % des votes des adhérents. Il semble donc que, d’un côté, les adhérents souhaitent un renouvellement des cadres de leur parti et que, de l’autre, la « stratégie Buisson » (pour simplifier) s’implante durablement au sein de l’UMP.



Est-ce, là, un épiphénomène ou un mouvement plus profond ?

La vie politique française est désormais marquée par ce que j’appelle un mouvement « dextrogyre » (qui n’est pas une « simple » droitisation) et auquel l’UMP paraît ne pas échapper. Pendant deux siècles, jusqu’à la chute du mur de Berlin, la vie politique a connu un mouvement « sinistrogyre », selon l’expression d’Albert Thibaudet, c’est-à-dire que les nouvelles forces apparaissaient par la gauche de l’échiquier politique.



Désormais, le mouvement s’est inversé : l’offensive intellectuelle vient par la droite. Les organisations populistes en Europe ou le « Tea party » aux Etats-Unis en sont des manifestations explicites. Il ne s’agit pas d’une simple radicalisation des idées de droite ou d’une crispation du personnel politique classé à droite, mais d’un renouvellement des argumentaires et de l’articulation des concepts. A côté de valeurs « classiques » comme celle de la sociabilité naturelle (les corps sociaux, comme la famille, sont un donné auquel les personnes adhèrent et non une construction dépendant uniquement de la volonté individuelle, d’où l’opposition au « mariage » homosexuel), des idées modernes connaissent des mutations. C’est ainsi que, par exemple, la laïcité, qui avait été conçue comme une arme de combat contre le catholicisme, se révèle un moyen de lutte contre le multiculturalisme.



Pour ce qui concerne l’UMP, il est encore trop tôt pour dire si ceux qui adoptent un positionnement droitiste le font parce qu’ils accompagnent ce mouvement dextrogyre ou s’ils cherchent à l’endiguer. L’avenir le dira…"



Guillaume Bernard est Maître de conférences (HDR) à l’ICES (Institut Catholique d’Etudes Supérieures). Il a, notamment, codirigé l’ouvrage suivant : Dictionnaire de la politique et de l’administration, Paris, PUF,

dimanche, 5 février 2012

Afghanistan, reconnaître l'impasse Serge Michailof le Monde 31 01 2012

Ce point de vue semble être assez réaliste et objectif; il es inquiétant pour la suite des évênements et surtout pour le monde libre. Comment les occidentaux peuvent ils réagir pour éviter que ces 10 ans de guerre n'aient pas été inutiles?

Vendredi 20 janvier, quatre de nos soldats ont été abattus par un militaire de l'armée afghane. Cette attaque s'inscrit dans un contexte d'enlisement sur le terrain aggravé par une inquiétante détérioration des relations entre les Etats-Unis et le Pakistan, un pays qui brillait par son absence en décembre 2011 lors de la conférence de Bonn sur l'avenir de l'Afghanistan. Si l'on ne peut vaincre les talibans militairement faute de pouvoir leur interdire l'accès à leurs sanctuaires au Pakistan et si les négociations sont dans l'impasse, où allons-nous ?



Remarquons tout d'abord qu'à la politique erratique du gouvernement de George W. Bush, qui a cumulé en Afghanistan les erreurs comme il l'a fait en Irak, a succédé, depuis l'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche, une stratégie globale assez cohérente. Celle-ci vise à affaiblir les talibans par une vigoureuse offensive militaire ; elle remplace l'absurde chasse aux terroristes de l'époque Bush par une doctrine classique de guerre de contre-insurrection reformulée par le général David Petraeus, qui eut l'habileté d'extirper les Etats-Unis du bourbier irakien. Enfin, l'objectif est de créer à marche forcée un appareil sécuritaire afghan crédible, pour permettre aux forces occidentales de se désengager en 2014, c'est-à-dire selon un calendrier compatible avec les contraintes politiques.

Sur le plan militaire, l'action est conduite avec vigueur depuis 2009. Les effectifs américains prenant part à la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF), déployée en Afghanistan sous le commandement de l'OTAN, sont passés d'environ 19 950 hommes en 2008 à près de 90 000 en 2010. Ces chiffres ne tiennent pas compte des troupes américaines hors ISAF. Sur la seule année 2011, les dépenses militaires américaines en Afghanistan ont été de 117 milliards de dollars (88,9 milliards d'euros). La doctrine d'emploi des forces américaines a été modifiée, et l'unité de commandement restaurée.



Les Provincial Reconstruction Teams, qui conduisent des actions de développement, ont vu leur budget dépasser 750 millions de dollars dès 2009, soit un montant correspondant aux recettes budgétaires totales du pays ! Les paysans jusqu'ici oubliés voient pousser partout écoles, routes, centres de santé, etc.



De son côté, la construction des forces de sécurité afghane a progressé de façon spectaculaire : leurs effectifs dépassent 300 000 hommes et atteindront 400 000 en novembre 2013, soit un ratio rapporté à la population proche de ce qui est considéré comme indispensable au maintien de la sécurité dans un tel contexte. L'effort de formation et d'encadrement est colossal. Ainsi, le nombre des sous-officiers est passé de moins de 2 000 en novembre 2009 à plus de 16 000 en mars 2011.



L'encadrement intermédiaire taliban est ciblé par un programme qui ressemble beaucoup au programme Phoenix mis en oeuvre au Vietnam à la fin des années 1960. Bref, d'ici à 2014, le pari de la construction d'une armée afghane crédible peut sans doute être gagné. Les Américains sont-ils donc en passe de mettre en échec les talibans pour ainsi les forcer à négocier, comme ils avaient finalement cassé le Vietcong en 1971 ? Déjà certains responsables militaires américains font part de leur optimisme. Est-il justifié ? Il semble au contraire que les alliés soient dans une grave impasse pour cinq raisons principales.



Premier élément, les succès militaires sont peu probants. Certes, le Sud-Est est un peu plus calme, mais les responsables américains reconnaissent que la situation n'est pas contrôlée dans l'Est et que l'insécurité s'étend au Nord et dans l'Ouest, jusqu'ici relativement calmes, ainsi que dans toute la région du Grand Kaboul. Les Américains ont-ils présumé de leurs forces en concentrant leur offensive dans le Sud au lieu de consolider les régions plus calmes, en particulier le coeur politique du pays correspondant à la région de Kaboul-Jalalabad ?



Deuxième point, si la construction de l'armée progresse, assainir la police est une tout autre affaire. Celle-ci constitue un réseau très corrompu si étroitement mêlé aux trafics dans lesquels trempent les pouvoirs locaux qu'il est douteux que sa remise en ordre soit possible dans le cadre du régime actuel. Le président Hamid Karzaï s'est d'ailleurs débarrassé en 2010 d'Hanif Atmar, le ministre chargé depuis 2008 de cette tâche, qui était sans doute le seul capable de nettoyer ces écuries d'Augias.



Troisième élément, l'appareil d'Etat est toujours aussi déliquescent, malgré l'arrivée récente de plus de 1 300 techniciens civils américains. C'est là le produit de sept ans de refus du gouvernement Bush de s'intéresser au State building que réclamait toute une génération de jeunes technocrates afghans de talent.



C'est aussi le produit de la pagaille de l'aide internationale qui a privilégié des structures parallèles éphémères pour mettre en oeuvre les projets qu'elle finance, au détriment de la construction d'institutions nationales pérennes. C'est enfin la conséquence de l'"approche Karzaï", qui confond construction de l'Etat avec établissement de réseaux d'allégeances personnelles. L'appareil d'Etat est donc un château de cartes qui s'écroulera dès que les financements extérieurs cesseront.



Un quatrième point est la paranoïa croissante de l'armée pakistanaise face à ce qu'elle perçoit comme une volonté d'encerclement de l'Inde. La chute du régime taliban, en 2001, a constitué une catastrophe pour l'armée pakistanaise et ses puissants services de sécurité. Les Etats-Unis ont alors contraint l'armée pakistanaise à soutenir une politique contraire à ses ambitions historiques. Mettant du sel sur la plaie, le président Hamid Karzaï a signé en octobre 2011 un accord stratégique avec New Delhi pour la formation des forces de sécurité ! On comprend le double langage pakistanais.



Cinquième point, l'économie afghane connaît certes une croissance soutenue de l'ordre de 10 % par an. Mais il s'agit d'une bulle liée aux activités induites par la guerre (transports, constructions, services de sécurité) et à l'aide internationale qui a dépassé, en 2011, 15 milliards de dollars, soit l'équivalent du PIB ! La majorité de ses dépenses sont cependant effectuées hors du pays. Notons par ailleurs que la narco-économie représente environ le tiers du PIB officiel. Comparativement, en Colombie, même à son plus fort, elle n'a jamais dépassé 2 % du PIB... Or le départ des forces occidentales va provoquer une contraction sévère de l'économie afghane, qui est déjà dans l'impossibilité de prendre en charge une part même minime des dépenses de sécurité.



Dans ces conditions, la survie du régime impliquera un soutien budgétaire annuel que la Banque mondiale estime être de l'ordre de 7 milliards de dollars, mais qui sera certainement supérieur, car le seul fonctionnement des services de sécurité afghans est estimé par les Britanniques entre 6 et 8 milliards de dollars pour 2014. C'est donc au minimum d'une aide budgétaire d'une dizaine de milliards de dollars annuels qu'on aura besoin sur une durée indéterminée le gouvernement afghan.



Rappelons que ce montant correspond à ce que verse chaque année la Banque mondiale aux 48 pays (îles comprises) de l'Afrique subsaharienne et au volume cumulé d'aide versée à l'Afghanistan de 2002 à 2007 par l'ensemble de la communauté internationale (sur des promesses de 25 milliards de dollars...). A cela bien sûr devront s'ajouter les dépenses liées au maintien des forces occidentales indispensables pour assurer logistique, soutien aérien et sécurisation du régime.



Combien de temps les pays occidentaux, dont on connaît la situation budgétaire, accepteront-ils de payer de telles sommes pour un régime qui n'a plus de légitimité démocratique depuis les calamiteuses élections de 2009, qui, faute de pouvoir contrôler son territoire, ne pourra pas organiser d'élections crédibles en 2014, qui est encore incapable d'offrir les services de base (sécurité, justice, santé) à sa population et enfin dont le niveau de corruption dépasse des sommets ? Le pays se classe à la 180e place sur 183 dans l'édition 2011 du baromètre de la corruption établi par l'ONG Transparency International, un indicateur qui consternera les opinions publiques étrangères. Il semble bien que l'Afghanistan soit en fait confronté aujourd'hui à trois scénarios.



Le premier verrait les talibans reprendre le pouvoir à Kaboul. Un tel résultat constituerait un échec éclatant pour l'Occident. Le deuxième envisage l'éclatement d'une guerre civile de grande ampleur entre, d'un côté, les talibans et le monde pachtoun soutenus par le Pakistan et, de l'autre, une coalition des chefs de guerre tadjiks, ouzbeks et hazaras de l'ancienne Alliance du Nord soutenus par l'Inde, la Russie et sans doute l'Iran.



Déjà des rumeurs abondent concernant le réarmement de chefs de guerre tadjiks. L'Afghanistan se scinderait en deux narco-territoires opposés, laissant se répandre dans la région leurs métastases (drogue et infiltrations de combattants), et projetant au-delà des activités terroristes internationales. La troisième hypothèse est la plus probable à court terme. Le régime se maintiendrait tant que dureront les soutiens financiers et militaires occidentaux.



Mais il perdrait le contrôle du territoire et se trouverait toujours confronté, même dans les meilleures hypothèses, à une vaste et inexpugnable narco-zone qui s'étend de l'est de l'Afghanistan aux territoires du Nord-Ouest pakistanais. Dans l'hypothèse probable d'une réduction ou d'un arrêt de la perfusion occidentale, on voit mal cette dernière option se prolonger ; après un "intervalle décent", nous reviendrions certainement aux scénarios 1 ou 2. Quel beau résultat pour 450 milliards de dollars !




Ancien directeur des opérations à la Banque mondiale, ancien directeur exécutif chargé des opérations de l'Agence française de développement et ancien vice-président de Proparco, Serge Michailof est l'auteur des "Apprentis sorciers du développement" (Economica, 1987) et de "Notre maison brûle au Sud" (Fayard

dimanche, 25 décembre 2011

Sacré Noël! Père Michel Zanotti Sorkine Le Figaro 24 25 décembre 2011

TRIBUNE - Le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, curé de la paroisse Saint-Vincent-de-Paul à Marseille, célèbre le miracle de la grâce qui touche tous les hommes, en ce jour de cette fête chrétienne.

Qu'on ait la foi ou qu'on ne l'ait pas, qu'on l'ait égarée ou qu'elle nous tienne, Noël, chaque fois, réussit son retour… Même jour, même mois, mêmes secrets, mêmes artifices!

De ses incontournables lumières chutant sur les villes et les villages, et jusqu'au moindre trou, le voici qui rayonne -sacré Noël!- avec ses ors et son art poétique admis de tous malgré les goûts et le possible dédain pour ce qui est commun, soulevant à coup de bougies, de guirlandes et d'étoiles, l'immobile et le mouvant, maisons, commerces, tables, sapins, réverbères, hommes et bêtes, au fond, tout le réel. Noël, que tu es fort et doué, influent jusqu'à l'intime!

Personne n'échappe à ton emprise, et chacun, quoi qu'il en dise, se laisse attraper par le fond du cœur. En ce jour qui d'ailleurs prendra corps cette nuit-là, l'humain, quelles que soient son origine et sa couleur d'idée, semble avoir entendu le coup de grâce assené par Nietzsche aux tenants de la vie: «C'est celui qui aura la plus longue mémoire qui survivra», ce qui reviendrait à dire que la foi en l'humanité de Dieu expliquerait l'inexplicable douceur en forme de trêve que l'on voit poindre aux visages des plus fermés. Je le crois. Et c'est la valse de l'amour qui, en ces heures protégées par je ne sais quel ordre, étreint l'humanité, certes, pour la durée d'un seul jour, mais sans effort ni vertus, ce qui dit sa beauté foncière, et la fait danser à vous faire tourner la tête hors de soi!

L' avare attendri ouvre ses mains et glisse un billet dans la main du plus pauvre -et je l'ai vu comme vous, ce n'est pas du roman!-, le grand nerveux se calme, le mari le plus distant risque un élan aux lèvres de sa femme, le père le plus sévère caresse enfin de son estime le sensible de ses enfants, le vieillard aigri lâche un sourire, le malade en oublie le mal qui le détruit, et le gosse sans parents ouvre ses grands yeux déçus vers un espoir sans nom. C'est fou ce que le monde peut être bon ce jour-là, et sans le faire exprès, s'il vous plaît! C'est le miracle de Noël…

En vérité, en vérité, je vous le dis, et ne m'en veuillez point si vos idées ne courent pas dans ce sens: je soupçonne l'enfant qui dort dans sa mangeoire -car c'est tout de même Lui, le vieil instrument de cette clarté nouvelle- de reprendre pour quelques heures le gouvernail de la vie, de cette vie lourde, pardonnez-moi ce pléonasme, aussi lourde en joie qu'elle l'est en peine, et dont la balance parfois ne penche pas toujours du bon côté. À ceux qui au milieu des combats, sur le front de la vie et sous l'évidence des horreurs qui s'élargissent, souvent déçus par la reculade de l'humain, veulent garder intacts sur leur drapeau les mots sacrés de confiance et de joie -et j'espère que nous sommes légion-, j'ose, en homme et en prêtre, et avant minuit, remettre sous nos yeux la trilogie sans pouvoir -Marie, Joseph et le Fils- qui, ce soir, à Bethléem, plus pauvre que Job, réussit le tour de force de livrer poings et mains liés à l'amour l'humanité décevante. Les faits sont là. Le Christ opère, bien au-delà des convictions les plus ancrées, à l'intérieur des esprits, et les contraint, crèche à l'appui, et sous les flocons de neige, si Dieu poète le veut bien, à sortir de l'adoration de soi pour, au moins, si ce n'est vers Lui, jeter leur bonne volonté dans le désir du don.

C'est le miracle de Noël qui pourrait bien se prolonger jusqu'au soleil de l'été et même jusqu'à l'automne et ses grisailles, si les hommes en chemin, conscients du refroidissement que la planète encourt en matière d'amour, s'approchaient de l'enfant, aussi humblement qu'il vient, et le contemplaient endormi, démuni comme la tendresse quand elle attend un cœur et deux bras pour combler. «Sans moi, vous ne pouvez rien faire!», dira-t-il plus tard comme un grand. En tout cas, pour ma part, je continue de croire qu'il faut une force surhumaine pour résister à la vie…




Par Michel-Marie Zanotti-Sorkine

jeudi, 21 juillet 2011

Point de vue: Afghanistan, journalistes, otages et soldats morts au combat

Suite aux polémiques engendrées par la suppression du défilé du 14 juillet et les divergences sur le retrait des troupes françaices en Afghanistan, nous pensons utile de publier ce témoignage qui s'il émane d'un millitaire reflète tout à fait ce que beaucoup de français pensent "tout bas".

Point de vue d'un militaire dans la presse:

"Que vaut la mort d’un soldat français face aux journalistes" ?

Pendant que les otages libérés faisaient leur cirque à France Télévision et que Mr. Pfimlin annonçait « Je suis heureux de nous voir enfin au complet »… Sur les Champs Elysées, passait le corps de notre Camarade du 1° RCP Cyrille Hugodot, tué au combat en Afghanistan. C'est la première fois que cette marque de respect était rendue à un soldat tué au combat.

Avez-vous vu cette retransmission sur FR 3 ? Sur A2 ? TF1 ?...

Bien sûr que non ils étaient bien trop occupés à faire la fête... Et puis, ça ne les intéressait pas vraiment....

Quand donnera-t-on un grand coup de balai dans cette termitière ou l'honnêteté intellectuelle est un concept ignoré ?

Il est malheureusement clair -c'est un journaliste qui l'écrit- que le poids médiatique d'un journaliste est bien supérieur à celui d'un simple parachutiste. Il n'y a pas de quoi être fier !....

Mais quand les journalistes sauront-ils ce qu'est la décence?

- D'un côté, un individu ment devant tout le monde....

Ghesquière fera avec son acolyte, qui lui sert de nounou, un bouquin qui expliquera pourquoi les talibans ne sont pas de si mauvais bougres et qui se vendra très bien parce que la télévision fera un gros battage et que beaucoup de français seront assez bêtes pour l'acheter...

- De l'autre, une famille pleure pour l’un des siens qui a donné sa vie pour la patrie et qu’une petite fille est devenue pupille de la nation…

Voici un message de circonstance qui reflète notre pensée de soldat, rédigé par le Général (2°S) Allamand :

Ce texte m’a été transmis par l’un de mes contacts parachutistes.

Bonsoir,



Maintenant que les deux otages français sont libérés (je veux parler vous l'avez compris, des deux seuls dont la presse parle), on peut enfin poser certaines questions... Notamment celle de savoir si les autorités militaires les avaient incités à ne pas se rendre là où ils ont voulu aller...

Je fais partie de ceux qui souhaiteraient que la presse fasse, pour nos soldats qui tombent "pour la France", ne serait-ce que le dixième de ce qu'elle a fait pour GHESQUIERE et TAPONIER... D'autant plus que certains d'entre eux sont probablement tombés en "travaillant" pour la libération des deux journalistes de FR3, et qued'autres vont peut-être tomber sous les coups de terroristes relâchés en contre partie de leur libération...

Dans ce registre je vous transmets ci-dessous, avec l'accord de l'auteur, le message adressé par mon camarade le Général Marc ALLAMAND au journaliste Dominique MERCHET, dont le Blog "Secret Défense" fait référence, depuis quelque temps... Philippe Chatenoud



Monsieur Merchet,




Moi même, général en 2eme section, j'ai ressenti comme beaucoup de mes camarades ce sentiment du "deux poids deux mesures". Je me réjouis, comme tout le monde, de la libération de nos deux compatriotes, mais avouez que la profession en a fait beaucoup, beaucoup trop et que nous aimerions qu'elle en fasse, ne serait-ce que le dixième, chaque fois qu'un de nos soldats rentre dans un cercueil. Je vous félicite de votre prise de position courageuse pour déplorer cette différence detraitement et constate que vous êtes un des rares journalistes à honorer nos morts sur votre site. De la même façon, je vous félicite d'avoir contredit l'affirmation d'Hervé Ghesquière selon laquelle personne ne leur aurait rien dit.

Hervé Ghesquière menteur ? Voilà qui ternit l'image de héros qu'il a su se forger dès son arrivée aux yeux des français et bien sûr des journalistes présents sur le plateau de FR3 ou sur le tarmac de Villacoublay. J'ai même entendu l'un d'entre eux dire qu'ils avaient redonné leur fierté aux journalistes. Bien sûr, ceux-ci doivent prendre des risques, comme tous ceux qui exercent leur métier dans des contrées difficiles. Mais aucun journaliste n'a relevé ce qui m'a frappé, moi, dans les paroles des deux ex otages. « Dès le départ, nous savions que nous ne risquions pas nos vies ». S'ils avaient cette certitude, c'est qu'ils savaient que tout serait fait pour les libérer et que leur vie valait de l'argent aux yeux des ravisseurs. Cela donne une autre perception du courage et de la prise de risque, même s'ils ont passé un an et demi entre quatre murs, ce qui n'est pas rien, mais pourra leur rapporter gros. Vous abordez cette question de la rançon. J'espère simplement que s'il y a eu versement d'argent, celui-ci ne sera pas transformé en IED ou autre munition semant la mort dans nos rangs. Je serais curieux de savoir si cette idée a seulement effleuré l'esprit de nos deux héros.

Oui, nous sommes dans un cercle vicieux: la France fait tout pour libérer ses otages et cette assurance, pousse les gens à prendre le risque d'être otage.Finalement, les vrais héros ne sont sans doute pas ceux qui sont le plus médiatisés. Général (2S) Marc Allamand

vendredi, 24 juin 2011

Le mariage homosexuel; Anne Marie Le Pourhiet

“Une abolition du discernement” Valeurs actuelles 23/06/2011 dans Politique Pour le professeur de droit public, la question du mariage homosexuel est un non-sens.

La gauche et une partie de la droite se sont déclarées pour le “mariage homosexuel” : qu’en pensez-vous ? Leur position n’a tout simplement pas de sens : un jugement rationnel ne peut pas être “pour” une contradiction logique. Le mariage se définit comme l’union d’un homme et d’une femme, et la finalité de son institution juridique est de garantir la stabilité du couple et la protection de sa descendance. C’est ce que consacre l’article 12 de la Convention européenne des droits de l’homme : « À partir de l’âge nubile, l’homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille selon les lois nationales régissant l’exercice de ce droit. » La revendication du lobby gay tend donc à dénaturer la définition du mariage pour lui faire perdre son sens et sa fonction. C’est comme si l’on disait que la marche est discriminatoire parce qu’elle consiste à se déplacer en mettant un pied devant l’autre et que ceci n’est pas accessible aux unijambistes ni aux nourrissons. Pour le coup, on marche vraiment sur la tête et le code civil va devenir “folle”.

Que répond la juriste à ceux qui justifient ce “mariage” par une sorte de “droit à l’amour” ? L’amour n’a rien à faire dans le code civil. Bien au contraire, l’institution du mariage tend à stabiliser une union et les obligations qui en découlent au-delà du sentiment amoureux, toujours plus ou moins éphémère. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la génération actuelle de “zappeurs” boude le mariage au profit des unions “jetables” comme le Pacs.

Cet argument de l’amour est stupide mais aussi dangereux car il peut être opposé à toutes les normes qui régissent le mariage. Si un homme aime trois femmes qui l’aiment aussi, on va arguer que l’interdiction de la polygamie est discriminatoire ; si un frère et une sœur s’aiment, il faudra lever l’interdiction des mariages entre parents ; si des adolescents de 14 ans s’aiment, il faudra supprimer la condition d’âge nubile…

Tous les grands totems et tabous qui structurent nos sociétés sont susceptibles d’être torpillés au nom de l’amour et par l’idéologie du gender qui prône l’indifférenciation généralisée et le relativisme absolu. On le voit avec le mouvement de l’écologie profonde (deep ecology) qui prône l’indistinction entre l’homme et l’animal et qualifie de “spécisme” (discrimination à raison de l’espèce) le fait de refuser des droits aux animaux. Le Conseil constitutionnel rappelle régulièrement que le principe d’égalité n’impose pas de traiter de la même façon des situations différentes, mais la rhétorique du gender consiste à alléguer qu’il n’y a pas de différence entre hétérosexualité et homosexualité puisqu’il n’y a pas de différence entre hommes et femmes… CQFD.

Y a-t-il un fondement idéologique commun derrière ces revendications multiples ? Une partie de la droite ne semble pas du tout apercevoir le caractère néomarxiste de ces doctrines où l’on a remplacé la dictature du prolétariat par celle des minorités ethniques, sexuelles ou autres et où l’on propose de réaliser au forceps une égalité de fait en employant les mêmes procédés liberticides que dans les régimes totalitaires.

Philippe Muray avait bien perçu qu’entre le communisme et le communautarisme, il n’y a que quelques lettres de différence : les méthodes des “Khmers roses” n’ont rien à envier à celles de leurs cousins rouges, à commencer par le fait d’interdire toute expression d’une dissidence intellectuelle, immédiatement qualifiée de “phobie”, c’est-à-dire de maladie mentale à éradiquer par un traitement psychiatrique adéquat. Il convient aussi d’inculquer la doxa à la jeunesse en rendant son enseignement obligatoire dans les écoles : d’où l’introduction à l’école des cours d’“identité de genre”… Tout un programme que la droite serait cependant bien inspirée d’abandonner à la gauche.

Comment expliquer qu’il y ait à droite une perméabilité intellectuelle à ces dérives ? Il y a une part de clientélisme électoral, une part aussi de sensiblerie victimaire ; il y a aussi une grande faiblesse intellectuelle, qui transforme certains élus en perroquets des lobbies. D’autant que ceux-ci savent provoquer la trouille, par des tactiques terroristes maccarthystes. Ce qui fait qu’aujourd’hui le Parlement devient de plus en plus une Chambre d’enregistrement des souhaits des minorités. Or celles-ci veulent nous faire prendre des vessies pour des lanternes. L’impératif de non-discrimination est en train de devenir une abolition du discernement.

Propos recueillis par Laurent Dandrieu

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