Débats sur l'intégration des Turcs en Allemagne les Echos 20 04 17

En tant que citoyen germano-turc, Cengiza choisi son camp très tôt lors du référendum gagné dimanche par le président turc, Recep Tayyip Erdogan. Conscient de l’enjeu, il a créé un groupe Whats app avec des amis qui partagent son destin, celui d’enfants de « Gastarbeiter », ces immigrés venus travailler en Allemagne dans les années 1980. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est le tour qu’a pris la discussion. Lorsque l’ingénieur a dit qu’il rendrait son passeport turc si le « oui » au changement de Constitution l’emportait, un de ses amis, favorable au renforcement des pouvoirs du président turc, lui a répondu : « Alors tu es aussi un terroriste. » « L’ambiance entre Turcs n’a jamais été aussi mauvaise », regrette-t-il. Mais le résultat du référendum en Allemagne, où 63% des électeurs turcs ont voté pour le « oui » (contre 51,4% en Turquie), ne suscite pas seulement des tensions au sein de la communauté turque. Il a déclenché un débat sur l’intégration de près de3millions de personnes d’origine turque qui vivent outre-Rhin. « Le score d’Erdogan montre à quel point il est difficile d’intégrer des migrants juge le quotidien « Frankfurter Allgemeine Zeitung ».. Après la victoire du « oui » au référendum turc chez les électeurs d’Allemagne, la double nationalité est discutée outre-Rhin.

Pour les commentateurs, c’est un peu comme si les immigrés turcs avaient, dans leur majorité, opté pour un régime autoritaire en Turquie alorsqu’ils profitent des avantages de la démocratie en Allemagne, dont une presse libre. « Chacun pouvait savoir que ce référendum était un choix entre la démocratie et le despotisme », juge la « FAZ ».

De quoi raviver un débat sensible à cinq mois des élections. Les résultats du scrutin outre-Rhin « renforcent le scepticisme existant à l’égard des exemptions permettant la double nationalité », juge Günter Krings, secrétaired’Etat chrétien-démocrate (CDU). En décembre,les délégués du parti conservateur avaient adopté une motion prévoyant de revenir sur ce dispositif cher aux sociaux-démocrates (SPD) contre l’avis de leur présidente, Angela Merkel. Serhat Karakayali se garde de tirer des leçons en matière d’intégration. « Bien sûr, certains Turcs qui se sentent comme des citoyens de deuxième classe ici ont voulu donner une claque à l’Allemagne en votant pour la réforme constitutionnelle »,estime ce spécialiste des questions migratoires à l ’université Humboldt de Berlin. Recep Tayyip Erdogan a d’ailleurs utilisé cet argument. « Mais la participation de près de 50%(contre 80% en Turquie) ne permet pas de tirer de conclusions sur la minorité turque », juge le chercheur.

Thibaut Madelin@ThibautMadelin — Correspondant à Berlin

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